ESQUISSE D'INSTRUCTION
SUR CETTE PROPOSITION : MARIE EST NOTRE MÈRE (Réunion du soir, décembre 1861)
Un homme qui a été et qui restera Tune des gloires les plus brillantes et les plus pures de notre siècle, tant par la noblesse sincère et constante de son caractère que par son incomparable éloquence, un saint religieux, dont la mort prématurée vient de laisser un vide immense parmi les amis delajeunesse> les apôtres de la vérité et les défenseurs de l'Eglise, le Père Lacordaire, a exprimé en termes d'une originalité frappante une pensée profondément vraie. « De même, dit-il, qu'il tombe du ciel chaque année une certaine quantité de pluie, de même il tombe du cœur de l'homme une certaine quantité de larmes ». Or, M. F., ai-je besoin de le dire? la source de ces larmes, c'est la souffrance, la douleur, et souvent les douleurs physiques, les maladies, les infirmités avec tout leur cortège inévitable de privations, d'inquiétudes, d'angoisses de toutes sortes ; les maladies, les infirmités, qui, depuis le péché d'Adam, semblent devenues l'apanage et le patrimoine de l'homme, qu'il soit riche ou qu'il soit pauvre, qu'il soit couché sur la pourpre dans un palais ou étendu sur un grabat dans une misérable mansarde, les maladies, les infir-
mités, qui nous reçoivent quelquefois aux portes mêmes de la vie, qui nous accompagnent souvent dans tout le cours du voyage, qui nous attendent infailliblement au terme de la carrière. Or, M. F., Dieu n'a pas voulu nous laisser sans appui, sans consolation au sein de nos misères. Le Sauveur Jésus, le Dieu qui « a passé sur la terre en faisant le bien », consolant toute affliction, guérissant toute infirmité, redressant toute langueur, le Dieu qui semblait, durant sa carrière mortelle, reporter sur les malades, sur tous ceux qui souffraient les préférences de sa miséricorde, ce bon Maître a mis dans le cœur de sa Mère les délicatesses de sa bonté pour tout ce qui souffre, pour tout ce qui a des peines. En sorte, M. F., que le dévouement à la souffrance est devenu pour Marie comme pour Jésus un besoin du cœur et une loi de tendresse. Que l'Église a bien raison de nous inviter dans nos souffrances, quelle que soit la nature de nos maux, à quelque peuple, à quelque famille que nous appartenions, à venir nous agenouiller en poussant ce cri de détresse et de confiance : « Salus infirmorum ! » En quelque lieu que nous appelions le concours de la bienveillance de Marie et la guérison de nos peines, elle nous obtient, avec autant d'empressement que de bonne grâce, les faveurs que nous sollicitons. Est- il étonnant, après cela, que nos pieuses mères nous apprennent à bégayer le nom de Marie dès le berceau et que nous entendions tous les jours les lèvres des mourants le balbutier avec amour ?
Ah ! c'est que ce nom ranime l'espérance dans les âmes les plus désespérées, et fait renaître la joie avec la santé dans les cœurs les plus ulcérés par la souf-
france. D'où vient à Marie tant de puissance et de bonté pour l'homme ? D'où vient à l'homme tant de confiance envers Marie? C'est que Marie, mère de Jésus-Christ, mère de Dieu, jouit d'un merveilleux pouvoir qui excite notre confiance; c'est que Marie, mère de l'homme, notre mère, a pour nous une prodigieuse tendresse qui excite notre amour. Tel est le
sujet et nous n'en choisissons qu'une face: nous
envisagerons Marie comme notre mère , comme la mère de toute la grande famille chrétienne, comme la mère admirable.
Qu'est-ce qu'une mère? Une mère ! est-il nom plus doux à la bouche et au cœur ? Est-il symbole plus touchant de la bonté, de la mansuétude, du dévouement? Une mère ! mais c'est ce qu'il y a de plus vénérable, de plus tendre, de plus généreux sur la terre. C'est cet être mystérieux qui règne, mais par sa faiblesse, qui charme, mais par sa timidité, qui impose, mais par sa modestie. C'est cette faible et sublime créature que Dieu s'est associée par un merveilleux privilège dans l'œuvre de la création, pour porter dans son sein et nourrir de son lait des êtres destinés à posséder un jour ce Dieu lui-même dans l'éternité. Une mère ! Ah ! M. F., quand l'homme s'éveille à la
vie, le premier objet {tableau du rôle de la mère
ange de paix) Tous ces mystères de tendresse,
toutes ces délicatesses de soins, tout cet admirable ministère de bonté, de douceur, de conciliation et de grâce, elle les puise dans son amour, dans ce cœur que Dieu semble lui avoir fait à part, tant il renferme de trésors de tendresse et de dévouement. Oh ! comment vous peindrai-je la force et la puissance de
l'amour maternel ? Je le dis sans hésitation : parmi les tendresses de la terre, c'est sans contredit la plus pure, la plus légitime, mais aussi la plus sincère et la plus désintéressée. O mères qui m'entendez, peutêtre vous êtes-vous reproché quelquefois de trop aimer vos enfants ? Ah ! ne craignez pas ; aimez vos
enfants l'amour d'une mère est si noble, si pur,
si vif que Dieu ne trouve pas dans la nature une plus simple, une plus vive image de son amour pour nous. Écoutez ce qu'il dit par la bouche d'Isaïe...., etc. Dieu a tant fait pour le cœur des mères qu'il a craint, si j'ose le dire, qu'on ne s'y trompât, et qu'il s'est cru obligé d'affirmer plusieurs fois qu'il est encore meilleur que la plus tendre des mères. « J'aurai pitié
de vous, nous dit-il, plus qu'une mère « Quomodo
potest » L'amour d'une mère trouve naturellement
tant d'écho L'Église, c'est une mère Mais c'est
surtout quand son enfant souffre J'ai vu la mère
auprès du lit de douleurs de son enfant malade ; je l'ai vue, cette mère, serrer contre son cœur son pauvre enfant agité des convulsions de la mort, suivre haletante et pâle sa respiration sifflante, la décomposition de ses traits : on eût dit que son âme tout entière
avait passé dans celle de son enfant Voilà l'amour
maternel avec son dévouement. Un jour, M. F., on
a trouvé cette malheureuse et sublime créature,
ah ! c'était une mère
Je ne vous aurais pas fait connaître le cœur d'une mère si je ne vous peignais ses douleurs. Quand la mort vient enlever à une mère l'enfant qu'elle a aimé, oh ! alors, il éclate un orage d'angoisses dans le cœur
de cette pauvre mère « Une voix » Vous l'avez
entendu quelquefois, M. F., ce cri de douleur des
mères, il a un éclat qui déchire, c'est un sanglot de l'âme qui pénètre et domine, qui saisit et qui brise... « Ecce qnomodo amabat eum ». Comme elle aimait son enfant cette pauvre mère, comme elle aimait son enfant !...
Je n'ai fait qu'esquisser à grands traits le rôle de la mère avec son amour profond et dévoué ; pourtant j'ai une excuse à offrir aux mères qui m'entendent : c'est d'avoir donné à ce tableau des couleurs trop imparfaites. Eh bien ! M. F., réunissez par la pensée accumulez et vous aurez à peine
Assistons d'abord àla scène déchirante dans laquelle Marie nous enfante tous au Calvaire. {Tableau des derniers moments du Sauveur en présence de Marie) : « Ecce filius tuns. Ecce mater tua ». « O commuta-
tionem », s'écrie saint Bernard Qu'eussiez-vous
dit, M. F., si vous eussiez vu Marie?.... Je vous en prends à témoin ; eussiez-vous pu retenir vos larmes ?. . . Voilà ce qu'a fait Marie Tel est le mystère de l'enfantement merveilleux de Marie sur le Calvaire .
Je savais bien que, par un arrêt...., mais, en vérité, les entrailles d'aucune mère furent-elles jamais plus
déchirées? « Magna est sicut mare contritiotua ».
Les douleurs de Marie surpassent toutes les douleurs,
c'est ce qu'elle nous dit elle-même : « O vos omnes
qui transitis per viam » Or, M. F., vous savez que
plus les enfants coûtent à une mère d'angoisses et de peines, plus elle les choie Si Marie a tant souffert « Mater matrum ». Marie est donc notre mère.
O monde, ne nous demande pas Elle est notre
mère, celle
Comme notre mère, et comme une mère qui nous a enfantés dans les plus grands déchirements, elle
nous aime. Oh! M. F., je renonce à vous peindre les mystérieuses dimensions de l'amour maternel de
Marie Et cette longueur (les siècles); et cette
largeur (le monde) ; et cette hauteur (le Ciel) ; et cette profondeur (nos ténèbres); oh! M. F., s'il se trouvait ici quelqu'un qui demandât encore après cela si Marie vous aime...., autant vaudrait vous demander, ô mères, si vous aimez vos enfants, si vous savez leur refuser quelque chose... . Si Marie nous aime ? Elle est notre mère, je n'ai pas d'autre réponse. Oh ! malheureux, bien malheureux serait celui qui ne le comprendrait pas. C'est qu'alors il n'a jamais connu sa mère, il n'a jamais été pressé contre son cœur, il n'a jamais senti les doux battements de ce cœur ; il n'a jamais tressailli sous le regard de sa
mère, sous le sourire de sa mère Je le répète
donc, M. F., Marie nous aime ; elle est notre mère.
O vous donc Clemens, pia, dulcis, mater
misericordiœ, mater matrum etc
(La fin manque).
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