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POUR LA FÊTE DU SAINT NOM DE JÉSUS

(19 janvier 1862)

C'est au jour de la Circoncision, M. F., vous le savez, c'est en préludant sous le couteau de la loi à l'effusion de son sang sur le Calvaire que l'Enfant- Dieu de Bethléem reçut le très saint nom de Jésus. Mais, comme le jour de l'octave de Noël jest déjà consacré à célébrer la divine majesté, et que le mystère du [nom de l'Agneau demandait à lui seul une solennité- spéciale, l'Église a institué la fête que nous célébrons aujourd'hui. Le premier promoteur de cette fête fut, au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, qui établit et propagea l'usage de représenter, entouré de rayons, le saint Nom de Jésus, réduit à ses trois premières lettres en forme de monogramme. Soutenue par l'illustre saint Jean de Capistran, cette dévotion se répandit rapidement en Italie. Comme bien vous le pensez, le Siège Apostolique approuva solennellement cet hommage au Nom du Sauveur des hommes, et, dans les premières années du XVIe siècle, le pape Clément VII accorda aux pieuses instances des enfants de saint François le privilège de célébrer dans toutes les maisons de l'Ordre une fête particulière en l'honneur du très saint

Nom de Jésus. Les souverains pontifes étendirent successivement cette faveur à diverses églises, mais le moment devait venir où le monde catholique en serait lui-même enrichi. Ce fut en 1721, sur la demande de Charles VI, empereur d'Allemagne, que le pape Innocent XIII décréta que la fête du très saint Nom de Jésus pouvait être célébrée dans l'Eglise entière, et la fixa au deuxième dimanche après l'Epiphanie. Pour entrer, M. F., dans l'esprit de cette fête touchante, qu'il nous est donné de célébrer pour la première fois, je crois n'avoir rien de mieux à faire que de vous montrer en quelques mots comment ce saint Nom, par sa grandeur et son excellence, a droit à nos respects, comment, par sa vertu et son efficacité salutaire, il mérite notre confiance.

Le Testament ancien avait environné le nom de Dieu d'une profonde épouvante : ce nom était pour le peuple juif aussi formidable que saint, et l'honneur de le proférer n'appartenait pas à tous les enfants d'Israël. Dieu n'avait pas encore été vu sur la terre « conversant avec les hommes », il n'avait pas encore revêtu les livrées de notre pauvre nature, il ne s'était pas fait encore « notre frère » ; c'était Jéhovah, le Très Haut, le Tout-Puissant, le Dieu des justices, le Dieu des foudres et des éclairs. Mais, « quand la plénitude des temps fut arrivée », quand Dieu voulut combler la distance infinie qui le séparait de l'homme, le chef-d'œuvre de ses mains, sa créature de prédilection, et faire succéder dans son cœur l'amour à la crainte, il chargea un de ses anges d'apporter à la terre un nom qui fût comme l'aurore de ces merveilles et l'avant-goût de la présence du Seigneur, qui

le devait porter. Ce fut le nom que prononça Gabriel en annonçant à Marie l'Incarnation du Verbe dans ses chastes entrailles : « Vocabis nomen ejus Jesum, vous l'appellerez Jésus », c'est-à-dire Sauveur.

Le nom de Jésus, je le sais, c'est d'abord, M. F., un nom de puissance et de majesté, c'est le nom d'un Dieu, c'est le nom de Celui « par qui tout a été fait», c'est le nom du Verbe que les prophètes nous dépeignent avec les accents d'une poésie divinement inspirée, posant l'univers sur le vide, étendant les cieux comme un pavillon, plaçant la pierre angulaire qui porte la terre, emmaillotant l'océan dans ses limites comme un enfant dans ses langes, et balançant le monde dans le creux de sa main avec plus de facilité que le pâtre ne balance sa fronde. C'est le nom du Roi des rois, du Seigneur des seigneurs, « Rex regiim et Dominus dominantium », de ce roi dont le royaume spirituel est de toutes les nations et de tous les âges. C'est le nom du dominateur du monde, entre les mains duquel puissants et faibles, grands et petits, rois et peuples sont bon gré malgré, le voulant ou ne le voulant pas, « comme l'argile entre les mains du potier ». C'est le nom du Juge suprême qui, en son jour, ébranlera la voûte céleste, fera tomber les étoiles, comme tombent les fruits de l'arbre quand il est secoué par l'orage, et « roulera les cieux comme un livre » et citera tous les hommes à son tribunal.

Le nom de Jésus, c'est donc, M. F., un nom de puissance et de majesté, mais c'est aussi un nom de paix, de dévouement et d'amour. C'est le nom d'un Dieu qui s'abaisse jusqu'à l'homme, pour élever l'homme jusqu'à lui ; c'est le nom d'un « Dieu qui s'est

fait homme, dit saint Augustin, pour que l'homme soit fait Dieu». Suivant l'énergique expression de ce grand Docteur, depuis le triste drame de la révolte du premier homme dans l'Eden, à partir de ce mystérieux et fatal événement qui est comme la préface du long livre de nos douleurs, le genre humain n'était plus qu'un grand malade, gisant sur la terre; blessé à mort par le péché, il portait gravé sur son front le sinistre stigmate d'une dégradation lamentable. Le Ciel, sa patrie primitive, était fermé sur sa tête, l'Enfer était ouvert sous ses pas; en vain, pendant de longs siècles, la sagesse humaine avait envoyé vers ce malade ses oracles et ses docteurs, tous avaient vu leurs efforts stériles, tous avaient été contraints d'avouer leur impuissance. « Mais, continue l'Évêque d'Hippone, un grand médecin est descendu sur la terre, et l'extrême misère se rencontra sur le chemin de la vie avec l'extrême miséricorde ». Médiateur désiré des nations, Messie envoyé d'en-haut, fils de Dieu, fils de l'homme, victime expiatoire, holocauste de propitiation, le Christ, fils de la Vierge, est venu guérir le genre humain, rajeunir le monde et replacer l'homme sur la voie du bonheur qu'il avait perdu. Disons le mot, M. F., il est venu nous sauver. Il est venu sauver l'homme, la famille, la société, le monde entier. L'homme, il l'a sauvé dans son esprit, en l'affranchissant des ténèbres de l'erreur et du joug des superstitions les plus humiliantes ; il l'a sauvé dans son cœur, en le délivrant de la tyrannie des passions ; il l'a sauvé dans son corps, en lui communiquant le germe de la glorieuse immortalité. La famille, il l'a sauvée dans chacun de ses membres : c'est l'enfant dont il a inspiré le respect, c'est la

femme qu'il a relevée de ses abaissements, en lui rendant sa place et sa dignité sous le toit conjugal, c'est l'époux qu'il a ennobli en le rendant dépositaire d'une autorité mêlée de douceur et d'affection. Il a sauvé la société, en détruisant tous les germes de décomposition qui la minaient sourdement, purifiant les mœurs, sanctifiant les lois et répandant partout la sainte contagion de la charité. Il a sauvé le monde physique en le préservant de l'abîme, où allaient l'engloutir les crimes de ses habitants ; il a sauvé le monde intellectuel, en dissipant les ombres de l'ignorance et les ténèbres de l'erreur; il a sauvé le monde moral, en l'arrachant au vice et à la corruption. Et voilà pourquoi il se nomme Jésus, c'està-dire Sauveur. Si vous nous demandez maintenant, M. F., pourquoi le Fils unique du Père a voulu prendre naissance en terre, nous vous répondrons, avec saintBernard, que c'était « pour être Jésus ».Oui, M. F., s'il a choisi, en venant au monde, pour palais une étable, pour berceau une crèche avec un peu de paille, pour cortège d'honneur quelques vils animaux, c'est qu'il voulait être Jésus. Oui, si le Fils de Dieu a versé son sang comme un pécheur sous le couteau de la circoncision, s'il a été persécuté, chargé d'injures, bafoué, accablé de coups, crucifié comme un malfaiteur, c'est toujours parce qu'il voulait être Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Ce nom lui était si cher qu'il a tenu à le porter sur la croix comme un diadème de gloire, et qu'ayant souffert que les Juifs lui refusassent devant Pilate le nom de roi, il ne permit jamais qu'ils lui contestassent le nom de Jésus ; et c'est que ce nom est aussi un nom de conquête et de triomphe.

Dans l'ancienne Rome, M. F., on donnait aux

généraux un surnom tiré des pays qu'ils avaient conquis ou des peuples qu'ils avaient subjugués : flatterie puérile , M. F. , vaine pâture à leur orgueil, achetée souvent par la violence et la ruse, par des flots de sang, par le malheur de plusieurs milliers d'hommes. Jésus-Christ, lui, est le conquérant des âmes ; comme nous l'apprend le grand Apôtre, « il a effacé l'arrêt de leur condamnation en l'attachant à la croix »,il a désarmé, subjugué les principautés et les puissances de l'abîme, qui les tenaient asservies sous le plus dur esclavage, et leur a mérité à toutes une gloire immortelle dans une immortelle félicité. Il convenait donc qu'il prît un nom qui rappelât le bienfait de cette miséricordieuse conquête, de ce touchant rachat, et c'est ce que redit à tous le beau nom de Jésus. Aussi, M. F., tandis que les grands noms dont se parent avec fierté les héros du siècle, tandis que ces titres ambitionnés d'invincible, de conquérant, de vainqueur des nations, de maître de la terre ne nous annoncent pour l'ordinaire que deuil, que larmes et désastres, et sont écrits dans l'histoire en caractères de sang, l'aimable nom de Jésus nous inspire une douce joie et ne nous montre que d'innocents combats, que de paisibles triomphes, parce que ce nom sacré désigne la source de toutes les grâces et le principe du vrai bonheur.

Qu'on ne vienne plus maintenant nous parler des Jésus de l'ancienne alliance: ni de Jésus ou Josué qui introduisit le peuple choisi dans la terre des divines promesses, ni de Jésus, fils de Sirach, auteur inspiré des maximes de la Sagesse, ni de Jésus, fils de Josédech, qui rebâtit le temple de Jérusalem. Nous ne devons pas considérer notre Sauveur comme les

autres: « Notre Jésus à nous, s'écrie saint Bernard,, n'est pas semblable aux anciens sauveurs du peuple de Dieu : le nom glorieux qu'ils portaient n'était qu'une simple qualification extérieure exprimant une ombre sans réalité ; notre Jésus ne porte pas, comme eux, un nom vide de sens : « Non est in eo magni nominis umbra sed veritas ». Seul il en a rempli la consolante signification, seul il en a soutenu tout le poids, et il est vraiment et par excellence notre unique Sauveur. Ce glorieux et auguste nom de Jésus est « un nom au-dessus de tous les noms au ciel et sur la terre : Nomen super ouine nomen » , nom qui est celui de mon Dieu et qui, par conséquent, n'a d'égal ni dans celui des anges ni dans celui des saints.

Mais hélas ! en vous montrant dans cette imparfaite esquisse l'excellence et la grandeur du nom de Jésus, une pensée triste me navre le cœur : il y a eu malheureusement de tout temps, il y a surtout, hélas 1 dans cette calamiteuse époque que nous traversons, des hommes assez légers pour l'oublier, ce nom divin, assez orgueilleux pour l'attaquer, assez ingrats pour le blasphémer et le maudire. Il n'est que trop vrai, vous le savez, M. F., il y a des hommes rachetés par le sang de Jésus, baptisés au nom de Jésus et qui ne songent qu'à le couvrir, ce nom incomparable, de leurs sacrilèges imprécations. N'est-ce pas un devoir pour nous, M. F., qui avons le bonheur d'être du petit nombre des fidèles, de glorifier le nom de notre Sauveur par un culte d'adoration et de respect qui s'accroisse en raison de l'ingratitude de tant de frères non moins aveugles qu'ingrats? N'est-ce pas pour nous un devoir d'égaler les expiations aux outrages, et de multiplier les louanges dans la pro-

portion des offenses, et, non contents de glorifier cet auguste nom, de l'invoquer et de le réclamer, puisque, suivant le mot de l'Apôtre, « il n'y en a point d'autre sous le Ciel par qui nous puissions être sauvés » ?

Il y a en effet, M. F., un remède salutaire dans le saint nom de Jésus contre tous les germes de mort et de ruine, qui fermentent en nous. Ces germes, vous les connaissez, M. F., ce sont les suites du péché d'origine : l'ignorance, la concupiscence et les misères de la vie. Or le nom de Jésus est pour nous une lumière qui dissipe les ténèbres de l'esprit, une force qui triomphe des attaques de la convoitise, une consolation qui apaise nos souffrances et nos peines.

Je ne m'arrêterai pas, M. F., à vous peindre les ténèbres épaisses qui ont obscurci l'intelligence humaine pendant les siècles qui ont précédé la venue du Sauveur. Vous savez comme moi qu'il y a un jour quia sa date certaine dans l'histoire, un lieu qui a sa place marquée sur nos cartes de géographie ; que, dans ce jour, dans ce lieu, un homme est venu au monde, qui a vécu et qui est mort, et qu'à dater de ce jour, s'est réalisée la prophétie des anciens temps : « Le peuple qui marchait, qui languissait dans les ténèbres, a vu une grande lumière ; populus qui ambulabat in tenebris vidit lucem magnam ». Or cette lumière, c'est le nom béni de Jésus. « C'est la prédication de ce nom divin, dit saint Bernard, qui, semée dans le monde, l'a illuminé d'une clarté nouvelle, et qui, lui faisant voir en cette lumière une autre lumière, lui a procuré la consolation d'entendre saint Paul lui dire ajuste titre: « Vous avez été jadis ténèbres, mais vous êtes maintenant lumière

dans le Seigneur ». « Le nom de Jésus, dit saint Ambroise, c'est le flambeau » dont se sert le voyageur pendant la nuit pour se diriger avec sécurité à travers les ténèbres qui l'environnent :«Lucernaestnomen Jesu ». Dieu a posé, au milieu de l'immense troupe des intelligences, des âmes, un centre de lumière, comme au milieu des mondes il a mis le soleil: c'est le nom de Jésus, que nous aimons à invoquer sous le beau titre de Soleil de justice. C'est cet astre qui ramène en chaque monde le jour après la nuit, la clarté après les ténèbres. Or, M. F., il passe de temps en temps dans les âmes des nuages qui obscurcissent l'intelligence et la plongent dans une nuit profonde; c'est la nuit de l'erreur, ce sont les obscurités du doute. Oh! qu'elles se tournent alors, ces pauvres âmes, vers le soleil, qu'elles invoquent le nom si éclatant de Jésus, vrai Soleil de justice ; qu'elles crient, comme autrefois l'aveugle au bord du chemin : « Jésus, fils de David, ayez pitié de moi ! » et, si ballotées, si flottantes qu'elles soient à la merci des doutes, elles verront sur le champ reluire la certitude: « Lucerna est nomen Jesu ». Supposez, M. F., un voyageur égaré par une nuit profonde dans les steppes de la Sibérie. Un vent glacial souffle avec violence et pénètre son corps d'un froid mortel. Il va succomber, il ne peut presque plus avancer. Tout à coup, à travers quelques rares sapins couverts de neige, il aperçoit une lumière. Une cabane est là, à quelques pas de lui. L'espoir ranime son courage abattu, il fait un généreux effort, il frappe à la porte hospitalière qui s'ouvre devant lui. Voyageurs que

nous sommes au chemin de la vie, etc.: «Lucerna

est nomen Jesu ».

Ah! M. F., c'est que toute vérité, le Christianisme tout entier, le ciel et la terre, Dieu et l'homme, et le Médiateur qui les unit, tout se trouve dans le nom de Jésus. Le siècle que préoccupe péniblement le besoin de multiplier les livres populaires et ceux qui, pour satisfaire à ce besoin de l'humanité, se mettent à rêver de prétendus livres du peuple, peuvent, sans dommage pour l'humanité, s'épargner ce souci; le peuple n'a pas besoin de livre, dit saint Augustin, il peut apprendre, en invoquant le nom de Jésus, tout ce qu'il lui importe de savoir et de croire : « Pro libro est nomenjesu »...

Mais le nom de Jésus est aussi une force. « Je sens dans mes membres une loi qui répugne à la loi de l'esprit et me captive sous la loi du péché : le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je hais, je l'accomplis ». Ah ! M. F., si un homme qui avait apporté au Christianisme tout le feu d'une âme qui passe de la persécution à l'apostolat, si un homme vieilli déjà, « portant dans sa chair la mortification et les stigmates de Jésus-Christ », battu de verges pour la foi, épuisé de ses longues pérégrinations, et se hâtant au martyre qui doit « consommer sacourse » , si cet homme, si saint Paul « ne fait pas le bien qu'il veut, s'il fait le mal qu'il ne veut pas », s'il frémit de la domination mal étouffée des sens, que doit-il en être de nous ? Qui dira ce que nous sommes ? Pour moi, M. F., sous l'influence de ce penchant au mal que nous avons apporté en naissant, sous l'action de ce poison héréditaire que nous avons puisé dans le sein maternel, en face de ces orages à travers lesquels je contemple dans son histoire d'hier et dans son règne d'aujourd'hui la lutte des âmes, comme

vous, ayant reçu, en venant au monde, un cœur d'homme, comme vous, par conséquent, esprit, et chair, fils de la liberté et fils de la passion, un pied sur cet abîme qui pourrait m'engloutir tout à l'heure (si la grâce divine m'abandonnait), je me sens étourdi et chancelant, ma pensée succombe, mon regard se trouble et je ne puis comparer l'état de mon âme qu'à cette frêle barque agitée par la tempête sur les flots de Génézareth; je ne puis que trembler, comme autrefois les apôtres qui la montaient, qu'elle ne vienne à sombrer au fond de l'abîme ou se briser contre les écueils. Toutefois, M. F., une ressource nous est laissée au fort de ces périls : nous n'avons qu'à invoquer, comme autrefois les mêmes apôtres, le nom de Jésus; nous n'avons, dit saint Bernard, qu'à crier comme eux : « Seigneur Jésus , sauvez-nous , nous allons périr. Domine, salva nos , perimus ! » Et le Sauveur, dont « le bras n'est pas raccourci», dont le nom est un nom de salut, « commandera aux vents » des passions, aux orages du cœur, « et il se fera un grand calme ». A l'invocation de ce nom divin, qui est le nom du «Dieu fort», toute agitation s'apaise, la sérénité revient. Quel est l'homme qui, palpitant et s'alarmant au fort des périls, puis venant à invoquer ce nom de bon secours, n'a pas senti tout aussitôt naître en soi la confiance et le courage et fuir la crainte ? Armée du nom de Jésus, une âme peut défier avec sécurité toutes les légions infernales, toutes les séductions du monde, tous les entraînements des passions. « Ayez confiance, lui crie Celui qu'elle invoque, j'ai vaincu le monde »...

Mais je veux vous dire encore quelques mots des consolations que l'invocation de ce nom prodigue

aux âmes affligées, de la paix qu'il fait couler dans les cœurs blessés par l'infortune. « L'un de vous est-il triste, continue le grand abbé de Clairvaux, que le nom de Jésus vienne en son cœur, que de là il passe en sa bouche, et il se sentira soudain consolé ». « Invoque-moi, dit le Seigneur, au jour de la tribulation, et je te délivrerai ». Oui, M. F., il y a dans le nom de Jésus un appareil pour nos plaies, un allégement pour nos souffrances, un remède pour nos maux, un baume pour nos blessures : « Nomen Jesu medicina ». Qui que nous soyons donc, quelle que soit la part que nous ayons au trésor commun d'infirmités qui pèsent sur la pauvre humanité, à quelque classe de la grande famille des affligés que nous appartenions, que ce soit le présent qui nous tourmente ou l'avenir qui nous inquiète, que ce soit la pauvreté qui nous visite ou la maladie qui nous frappe, que nous souffrions dans notre corps ou que nous soyons en butte aux tortures mille fois plus cuisantes de l'âme, souffrants d'hier, affligés d'aujourd'hui, martyrs de demain, quand nous sentons notre pauvre cœur défaillir, appuyons-le sur le nom béni de Jésus. Comme autrefois saint Paul, portons-le dans notre cœur, en pensant continuellement à lui, sur notre front, sur nos lèvres, dans nos mains... Il sera vraiment pour nous ce bois mystérieux qui nous rendra douces et potables les eaux acres et amères qu'il nous faut boire, comme autrefois les Israélites, dans ce désert de passage. Oui, M. F., le nom de ce Dieu qui a souffert mille fois plus que nous, adoucira nos peines : telle est vous le savez la mystérieuse organisation de notre cœur que, s'il est souffrant et malheureux, il ne peut se distraire de

ses maux que par la compassion d'une plus grande misère, et, si cette misère est immense, si elle est notre ouvrage, si c'est par amour pour nous que l'innocent l'a subie, il nous reste à peine des larmes à donner à nos propres infortunes, et nos affections les plus sensibles vont se perdre et s'abîmer comme une goutte d'eau dans cet océan d'amertume.

{La fin manque) .

PRÔNE SUR l'emploi du temps

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