AVANT LA COMMUNION
Notre-Seigneur traversait un jour les rues de Jérusalem : sur son passage se trouvaient de nombreuses mères, qui venaient lui présenter leurs petits enfants avec une sollicitude empressée ; mais, par un zèle indiscret, ses disciples cherchaient à les écarter en les rebutant par de rudes paroles. C'est alors que, dans sa douceur admirable, le bon Maître leur adressa ces touchantes paroles : « Laissez venir à moi les enfants, ne les éloignez pas » ; et, leur imposant les mains, il les couvrait de ses bénédictions et de ses caresses. Vous le dirai-je ? chers enfants, en vous voyant tous réunis en habits de fête autour du sanctuaire, il me semble entendre le Sauveur nous adresser à nous aussi ces paroles : Laissez, laissez venir à moi ces enfants, ne les éloignez point : c'est moimême qui les ai conviés aux pieds de mon autel. Si toutes les âmes me sont chères, j'éprouve pour les leurs un amour de choix et de prédilection : leur
donner dans mon sacrement les marques de la tendresse la plus intime, tel est le désir le plus ardent de mon cœur... Ah ! mes chers enfants, nous nous garderons bien de vous repousser, quand Jésus vous appelle ; mais, avant de vous rendre à une invitation si douce, laissez-nous verser notre âme dans la vôtre, en vous disant, en quelques mots bien simples, avec quels sentiments vous devez vous présenter à la table Eucharistique.
Elle vous est déjà connue, cette table sacrée, et votre cœur est encore ému au souvenir du bonheur ineffable que vous éprouvâtes, il y a quelques semaines, en y recevant votre Dieu pour la première fois. Eh bien! chers enfants, voici qu'il va descendre de nouveau dans votre âme, cet adorable Maître, voici que vous allez le recevoir pour la seconde fois. Mais comment le recevrez-vous ?
Vous le recevrez avec une foi vive, vous le recevrez avec la foi de l'auguste Marie écoutant les paroles de l'Ange au jour de l'Incarnation, avec la foi des bergers et des Mages qui vinrent le reconnaître et l'adorer dans sa crèche, avec la foi du chef des Apôtres , saint Pierre , dont nous célébrons aujourd'hui la solennité, vous écriant, comme lui : «Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant». Oui, mes chers enfants, c'est bien Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, fils unique de Marie, que vous allez recevoir ; il est caché sous les voiles du sacrement, mais notre foi perce ces voiles et le découvre tel que Dieu son Père l'a engendré avant tous les siècles, tel qu'il a été conçu dans le sein très pur de Marie, tel que, sur la croix, il a donné sa vie pour notre
salut. Vous allez recevoir Jésus-Christ avec son corps, avec cette chair pure, innocente, virginale et cependant cruellement meurtrie, déchirée de plaies, mais de plaies désormais glorieuses et brillantes ; Jésus- Christ avec son sang, avec ce sang qui a coulé tout entier pour nous au Calvaire, et dont une seule goutte eût suffi pour laver le monde ; Jésus-Christ avec son âme, avec cette âme bien choisie, la plus belle, la plus grande, la plus sainte qu'ait animée le souffle du Créateur ; Jésus-Christ avec sa divinité, c'est-à-dire avec cette grandeur, cette puissance, cette majesté, cette variété si riche de perfections adorables qui forment la couronne du « Roi immortel des siècles».
Venez donc à la sainte Table avec foi, mes chers enfants, mais avec une foi humble, avec un cœur contrit, avec le sentiment de votre indignité. Oh ! chers enfants, si notre Dieu découvre des taches jusque dans la pureté des anges, si le plus pur des hommes, si le précurseur de Jésus-Christ, si le pénitent du désert, si Jean-Baptiste a reconnu qu'il était indigne de dénouer les cordons de la chaussure du divin Maître, comment nous, avec nos faiblesses et nos chutes, pourrions-nous nous trouver dignes de recevoir Jésus-Christ dans notre cœur ? Qu'avons-nous donc à faire, sinon à nous écrier avec le Roi-Prophète: «Que sommes-nous, Seigneur, pour que vous daigniez vous souvenir de nous?» Que sont de pauvres petits enfants comme nous pour que vous daigniez venir les visiter? Qu'avons-nous à faire, sinon à répéter, en nous frappant la poitrine, les paroles que le prêtre prononçait tout à l'heure et qu'il va redire : « Seigneur, je ne suis pas digne que
vous entriez dans mon cœur, mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie » ? Oui, une seule parole ! Le monde dit beaucoup de paroles pour guérir et consoler, toutefois il ne guérit, il ne console guère; mais à Jésus il suffit d'une seule parole. S'il veut rendre la vue à un aveugle, s'il veut guérir un lépreux, s'il veut rappeler un mort du tombeau, il n'a besoin que d'un mot ; adressez-lui donc cette prière du fond du cœur, demandez-lui avec confiance qu'il dise une seule parole et votre âme sera guérie. Avec l'humilité, avec la contrition, apportez la confiance, une confiance inébranlable, une confiance sans réserve et sans mesure. Ne vous semble-t-il pas entendre le divin Maître vous dire du haut de son autel ce mot qu'il adressait autrefois à ses disciples : « N'ayez pas peur, c'est moi ? » Non, n'ayez pas peur, chers enfants : c'est lui, cet adorable Sauveur, lui qui bénissait avec tendresse les petits enfants, lui qui a pardonné à la femme coupable de l'Évangile, lui qui ne brise pas, mais rallume le flambeau qui fume encore, lui dont le cœur renferme un remède pour tous les maux, un baume pour toutes les blessures, une consolation pour toutes les douleurs, lui qui court après la brebis perdue et la ramène sur ses épaules au bercail, lui qui a relevé Madeleine en lui pardonnant ses égarements, lui qui a ouvert le Ciel au bon larron. N'ayez donc pas peur, mes chers enfants, venez avec confiance à ce festin des anges : vous êtes faibles, Jésus est le Dieu de la force ; votre cœur est froid, Jésus est un foyer toujours ardent ; vous êtes malades, Jésus est le suprême médecin. Bien que vous ne soyez pas dignes de le recevoir, j'aime à vous assurer que sa miséricorde vous réserve
le plus tendre, le plus paternel accueil. Tous hier, nous en avons la confiance, vous avez porté la lumière dans les ténèbres et les replis de votre âme; vous avez confessé vos fautes dans la simplicité de votre cœur, vous les avez pleurées, ces fautes, et vos larmes, mêlées avec le sang de Jésus-Christ, coulant sur vous par l'absolution, ont été le bain salutaire qui a guéri toutes vos plaies et lavé toutes vos souillures. L'Esprit divin, nous aimons à le croire, vous rend à tous témoignage au fond du cœur que vous êtes les amis de Dieu. Approchez donc avec confiance.
Mais venez aussi, venez surtout avec amour. Il fut donné, un jour, mes chers enfants, à un grand saint, saint Bernard, de contempler d'une manière sensible, dans une vision, l'Enfant Jésus couché dans sa crèche, et ce grand saint ne put s'empêcher de s'écrier dans un transport d'enthousiasme: «Seigneur, Seigneur, le roi David proclamait que vous êtes grand, mais moi je vous dis que vous êtes petit et, comme tel, aimable à l'excès, Parvus Dominns et amabilis nimis». Oh! chers enfants, si ce grand Docteur a pu dire avec raison que Notre-Seigneur a voulu naître sur la paille de l'étable, parce qu'il a voulu être aimé, laissez-moi emprunter ses paroles et vous redire que si ce bon Maître est là sur l'autel, s'il demeure dans le tabernacle, s'il se donne dans la sainte communion, c'est pour être aimé. Venez donc à lui avec amour, offrez-lui votre tendresse, donnezlui tous les trésors d'affection que renferme votre cœur. Comment ne pas aimer un Dieu qui vous a aimés le premier, qui vous aime jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière limite en se donnant à vous ?
Mais je ne veux pas, chers enfants, retarder plus
longtemps votre bonheur: approchez, il en est temps,
c'est votre Maître qui le veut; «il est ici, il vous
appelle, magister adest et vocatte». Venez avec foi,
avec humilité et repentir, avec confiance et avec
amour. Unissons-nous tous, M. F., d'esprit et de
cœur pour accompagner ces jeunes enfants aux pieds
de l'autel, et vous, anges gardiens, anges invisibles
de ces enfants, amenez-les à cette table, où ils vont
se nourrir de Celui qu'il ne vous est donné que de
contempler...