‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 110 sur 139 · Syst., page · texte numérisé non relu

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avoient reçu l'imposition des mains des évêques : mais comme ils osoient élever leurs chaires hors de l'unité, et diviser le troupeau en deax bergeries, l'Église ne pouvoit les regarder qu'avec horreur, ni les nommer sans exécration. Ainsi, quoique les schismatiques eussent un peuple qui les suivoit, et que l'imposition des mains leur eût été faite par des évêques , saint Cyprien ne laisse pas de s'écrier qu'ils sontde a faux prophètes, puisque sans aucune commission divine il s'érigent en pasteurs des âmes. » Il dit après Tertuilien, a qu'il n'est pas question d'examiner ce qu'ils enseignent, puisqu'ils enseignent hors de rÊglise. » Que (liroient maintenant ces grands docteurs? que penseroit toute cette sainte antiquité, si o» lui opposoit, non plus les novatiens, lesluclfériens et les donatistes ordonnés par des évêques, mais des pasteurs protestants, qui prétendent que l'ordination même n'est pas nécessaire, et qui l'ont livrée aux laïques?

M. Jurieu peut dire, tant qu'il lui plaira, que saint Cyprien et saint Augustin étoient outrés sur l'unité. Quand est-ce que Dieu lui ouvrira les yeux pour reconnottre ses propres excès, au lieu d'en imputer sans fondement à ces sa. nts docteurs? Saint Cyprien s'est trompé, il est vrai, sur la validité des sacrements qui sont administrés hors de l'unité, mais non pas sur le fond de l'unité même. C'est ce que j'offre de démontrer- Pour saint Augustin, c'est lui qui a réprimé tous les excès, bien loin de les suivre; et ce qui déplaît à M. Jurieu. c'est qu'il a par avance réfuté les siens. Mais enfin toute l'Église de son temps a parlé par la bouche de saint Augustin contre les donatistes. Jamais il n'a été contredit par aucun catholique pendant tant de siècles. Il parle sur l'unité et sur l'ordination comme saint Cyprien, excepté qu'il croit l'ordination valide, quoiqu'elle soit faite dans le schisme; et l'Eglise a cru par cette doctrine remporter une pleine victoire sur les schismatiques. II faut que M. Jurieu soutienne que c'est aux schismatiques que la victoire est demeurée. Voici comment. Selon lui . le ministère appartient au peuple par un droit naturel. Chaque société peut choisir ses pasteurs comme ses magistrats. Le schisme n'est, selon lui, qa' un péché véniel. Encore même, à proprement parler, le schisme sans erreur fondamentale n'est pas un péché, car il n'y a point d'autre schisme que l'erreur sur les points fondamentaux. Les assemblées ne sont que des confédérations arbitraires. L'unité d'une Église n'est qu'une simple police. Comme le peuple d'une grande ville pourroit se partager en plusieurs quartiers, dont chacun seroit libre d'avoir à part ses magistrats qu'il choisiroit à son gré; de même chaque portion du peuple fidèle, en faisant cesser sa confédération avec le reste du peuple, peut dresser un nouveau ministère, et avoir ses pasteurs à part. Toute société qui croit les points fondamentaux et qui se fait des pasteurs, ne peut être accusée de schisme. Tout ce que les Pères ont dit, tout ce que l'Église entière a prononcé par leur bouche contre les novatiens, les donatistes et les lucifériens, ne renferme que de violentes, absurdes et calomnieuses déclamations. Après tout, ces gens-là avoient droit, selon M. Jurieu, de finir leurs anciennes confédérations avec le gros du peuple. Ces confédérations étant libres, ils étoient libres de les finir. Ce n'est point un lien

indissoluble et étemel de sa nature. M. Jurieu ne sauroit trouver aucun endroit de l'Écriture qui marque que le peuple ne peut reprendre les clefs quand il les a confiées à des pasteurs, à moins que ces pasteur* ne poussent leurs erreurs jusqu'à un certain point. Ainsi les clefs appartenant de droit au peuple, les chrétiens de chaque province, de chaqu ville, de chaque quartier, de chaque famille, peuvent sans restrictioi. user de leur droit, c'est-à-dire continuer ou révoquer le ministère, seloi qu'il convient à leur édification et à leur commodité. En confiant le^ clefs à un homme , ils n'ont pas perdu leur liberté et leur droit naturel. Les schismatiques dont nous parlons étoieat dans cet état. Donc ils pouvoient, sans aucun mal, finir leurs anciennes confédérations et en former de nouvelles avec une partie moins nombreuse du peuple. En cela il n'y avoit ni scandale ni défaut de charité. Il n'y avoit point de défaut de charité, puisque, selon M. Jurieu, on ne laisse pas encore de composer le corps de Jésus-Christ avec les chrétiens, quoiqu'ils soient dans d'autres confédérations. Passer d'une confédération à une autre, ou en former une nouvelle, est une chose aussi innocente et aussi conforme à la charité, qu'il est permis parmi nous de sortir d'une communauté ecclésiastique pour entrer dans une autre, ou d'établir soi-même une nouvelle communauté. Les novatiens, les donatistes et les lucifériens ont donc usé paisiblement d'un droit naturel et inviolable. Ils ont fait de nouvelles confédérations pour conserver une discipline plus pure et plus exacte. Ils ont confié les clefs à des ministres que des évêques avoient ordonnés. Bien loin d'avoir trop fait en cela, ils sont demeurés beaucoup au deçà de ce qu'ils étoient en droit de faire. Le ministère appartenant au peuple, le peuple auroit pu ou imposer les mains à des pasteurs nouveaux, ou les faire pasteurs sans imposition des mains pour leur confédération nouvelle. On ne peut que louer la modération et la modestie de ces sociétés. On ne peut que détester l'emportement et la fureur tyrannique de toute l'Eglise et de tous les Pères qui ont voulu les opprimer et leur arracher ce droit naturel , confirmé par Jésus- Christ, qui a donné, en la personne de saint Pierre, les clefs à tout le peuple.

Voilà sans exagération ce qu'il faut penser et ce qu'il faut dire de bonne foi, dès qu'on raisonne selon toute l'étendue du principe de M. Jurieu. Il n'est plus question des prétendus excès de Tertullien, de saint Cyprien et de saint Augustin sur l'unité ; il s'agit de l'ÉgUse entière, qui abhorre avec tous les Pères le ministère schismatique des novatiens, des donatistes et des lucifériens. M. Jurieu ne sauroit montrer aucun auteur hors de ces sectes qui les ait défendues. Cependant tous ceux qui auroient cru que les clefs appartiennent au peuple, et que les sociétés chrétiennes ne sont que des confédérations libres, auroient dû nécessairement regarder ces sectes comme de simples confédérations qui usoient régulièrement de leur droit, et toute l'Église catholique comme la plus tyrannique et la plus calomnieuse des sociétés. Que M. Jurieu trouve un seul homme dans l'antiquité catholique qui ait paru dans ces sentiments. Il seroit inutile à M. Jurieu d'alléguer contre nous les novatiens. les donatistes et les lucifériens

même. Il sait trop bien que ces sociétés se sont évanouies, et que la doctrine contraire à celle de leurs schismes a universellement prévalu. Quoiqu'on trouve encore des restes de donatistes du temps de saint Grégoire', il faut néanmoins convenir qu'on ne les trouve plus dans la suite. Il est donc vrai qu'après leur anéantissement, tous les chrétiens, sans exception, ont cru que les confédérations nouvelles ne sont point permises. Déplus, ces schismatiques eux-mêmes n'ont jamais enseigné, dans leurs plus horribles excès, que le peuple eût le droit de transporter les clefs et de faire de nouveaux pasteurs. Ils avoient tous la succession de l'ancien ministère, à remonter jusqu'à l'origine. Il est constant que tous les pasteurs avoient été ordonnés par des évêques. Ils n'ont jamais paru soupçonner seulement qu'un homme pût devenir pasteur sans être ordonné, ou ne l'étant que par des laïques. Ce ne peut donc pas être par leur autorité que M. Jurieu s'opposera à la tradition universelle, qui rejette comme un monstre un ministère dressé par une nouvelle confédération de laïques.

Si M. Jurieu demande une preuve de ce que j'avance, en voici une tirée de saint Jérôme, dans son Dialogue contre les Lucifériens. a Hilaire, dit-iP, s'étant retiré de l'Église avec le diaconat, et croyant faire lui seul la foule du monde entier, ne peut ni faire l'eucharistie, n'ayant ni évêques ni prêtres, ni donner le baptême sans eucharistie. Et comme cet homme est déjà mort, avec l'homme est pareillement éteinte sa secte, puisque, n'étant que diacre, il n'a pu ordonner aucun clerc après lui. Or l'ÉgUse qui n'a point de pontife, n'est point Église. Mais, excepté un petit nombre d'hommes peu considérables qui sont laïques et qui sont eux-mêmes leurs propres évêques, etc. » Remarquez qu'il s'agit du cas extrême où les protestants veulent que le peuple doit faire des pasteurs ; car il s'agit ici d'une secte qui se croit la vraie Église, et qui périt néanmoins tout entière faute de pasteurs ordonnés par d'autres pasteurs. Pour en éviter l'extinction, un diacre ne peut ordonner, il ne peut faire l'eucharistie, et toute la secte demeure sans cène. Le baptême solennel, qui ne s'administroit alors qu'avec l'eucharistie, n'est point administré avec cette solennité, parce que l'eucharistie manque , et qu'il n'y a aucun pasteur ordonné pour la consacrer. Le diacre lui-même meurt sans pouvoir laisser aucun pasteur ordonné pour le gouvernement du troupeau. Ce qui reste des laïques est réduit à se conduire soi-même et à se tenir lieu d'évêque, sans sortir néanmoins de cet état laïque et sans avoir ni pasteurs ni sacrements. Voilà le fait que saint Jérôme atteste. Si ces lucifériens eussent jugé du ministère comme M. Jurieu, ils se seroient facilement tirés d'un grand embarras en faisant de nouveaux pasteurs.

Pour toutes les autres sociétés chrétiennes, comme les ariens, les nestoriens, les eutychiens, qui ont fait chacune un corps en Orient, elles avoient la succession du ministère épiscopal. On n'en trouvera aucune qui ait jamais enseigné que les clefs appartiennent au peuple,

i. Epist., lib. IV, eo. xsiv, ei al.

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