Adv. Luoiff.y t." IV, p
qu'il peut faire de nouveaux pasteurs et se partager eu diverses confédérations. Ces sociétés croyoient toutes qu'ilne pouvoity avoir de vraie Eglise que dans une seule société qui avoit la succession du ministère, et chacune d'elles prétendoit être celte société unique. Voilà donc toute l'Église catholique qui soutient unanimement qu'il ne peut y avoir de vrai ministère sans la succession, et par conséquent que le peuple n'a aucun droit de transporter les clefs ailleurs. Voilà toutes les anciennes sociétés hérétiques de l'Orient qui croyoient la même chose. Voilà les novatiens, les donatistes et les lucifériens, que M. Jurieu ne peut pas avoir la triste consolation d'appeler à son secours. Les schismatiques si ardents, si excessifs, si téméraires, lors même qu'on les a le plus vivement pressés, n'ont jamais osé dire que les clefs appartiennent au peuple, et qu'il peut les transporter en formant de nouvelles confédérations. Cette réponse si facile et si naturelle, selon M. Jurieu, auroit confondu à jamais toute l'Église catholique. Saint Augustin, qui, selon M. Jurieu, enseignoit que les clefs sont au peuple, auroit été tout d'un coup accablé sans ressource par cette réponse si simple et tirée de sa doctrine même. Cependant jamais ni Parménien, ni Cresconius, ni Pétilien, n'ont osé parler ainsi. Nous voyons même une de ces sectes qui se laisse éteindre plutôt que de faire consacrer l'eucharistie et de faire ordonner des pasteurs par un diacre. En cette extrémité , ces schismatiques n'osent penser ce que les protestants soutiennent. Ce prodige d'erreur étoit réservé à la fin des siècles. Mais enfin d'où vient donc cette indignation de toute l'Église ancienne contre les confédérations nouvelles qui n'érigeoient pas même un nouveau ministère, et qui se contentoient de perpétuer, par l'imposition des mains de leurs évoques, l'ancien ministère dans leurs sociétés'? D'où vient ce profond et universel silence, cet aveu tacite de toutes les sociétés schismatiques, qui n'avoient qu'un seul mot à dire pour mettre en poudre toute l'autorité de l'Église catholique, s'il eut été vrai, comme M. Jurieu le prétend, que le peuple, dans les élections, exerçoit actuellement le droit naturel par lequel les clefs lui appartiennent, et qu'il pût se partager en diverses confédérations?
Ici M. Jurieu ne peut avoir pour lui un seul témoin de toute cette sainte antiquité; et les sociétés même schismatiques, qui auroient eu un si pressant intérêt de parler comme lui, l'abandonnent par leur silence. Cette tradition de l'antiquité est décisive contre lui, selon ses principes. Les voici, tirés de ses paroles : a Je regarde, dit-il', cette maxime comme si certaine, que si le papisme avoit bien prouvé que depuis les apôtres, constamment jusqu'à nous, toutes les communions ont cru et enseigné la transsubstantiation, je ne crois pas que nous fussions en droit d'y rien opposer. » Il parle encore plus fortement dans un autre endroit. Il est, dit-il 2, obligé de croire non-seulement à cause que l'Écriture est claire et évidente là-dessus, mais aussi à cause du consentement unanime de tous les chrétiens à recevoir ces vérités fondamentales; car, après l'Écriture, ce consentement unanime