‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 112 sur 139 · Syat., p. 236. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

Syat., p. 236. — 2. Ibid., p

est la plus forte preuve qu'un dogme est véritable et qu'il est fondamental. » Ces paroles marquent clairement qu'une tradition, quand elle est universelle, non-seulement doit être crue comme une doctrine de foi, mais encore doit être regardée comme un pomt fondamental. Si donc l'ordination a été regardée dans toute l'Église catholique comme un sacrement qui ne peut être réitéré, non plus que le baptême, à cause du caractère ineffaçable qu'elle imprime, en sorte q'ie personne n'en doutait, comme saint Augustin l'assure; s'il est vrai que l'Église a abhorré ceux qui ont voulu transporter le ministère des clefs dans des confédérations nouvelles; si aucune société schismatique n'a jamais osé dire, dans ses plus horribles excès, que les clefs appartiennent au peuple et qu'il peut, selon qu'il le juge- utile à sa police, les transporter en d'autres mains et se partager en diverses confédérations, que faudra-t-il croire de cet amas de dogmes inouïs aux schismatiques même les plus audacieux de toute l'antiquité? Ce consentement unanime de toute l'Église, ce silence unanime de tous ses ennemis, pendant tous les siècles qui ont précédé ces derniers temps, n'est-il pas, pour me servir des termes de M. Jurieu, la plus forte preuve que notre dogme sur les clefs, sur la succession du ministère et sur l'imposition des mains, est véritable, et qu'il est fondamental ?

Chap. X. — Réponse à une objection tirée de Tertullien.

Il s'agit d'un passage du livre de l'Exhortation à la chasteté. Pour en bien juger il faut savoir tout le dessein de cet ouvrage et l'état où étoit Tertullien quand il l'a composé. Montan condamnait les secondes noces; et Tertullien, tombé dans ses erreurs, exhorte un fidèle à ne se remarier pas. Il avoue que saint Paul a permis les secondes noces : mais il soutient que saint Paul les a permises par un sentiment humain, au lieu qu'en même temps il a conseillé par l'esprit de Dieu de les éviter. E dit encore que l'Apôtre, sentant l'excès de cette permission humaine qu'il venoit d'accorder, se donne aussitôt un frein et se rappelle lui-même. Vous croiriez peut-être qu'il veut seulemeat conclure que les secondes noces, permises par saint Paul, ne sont pas un état aussi parfait que l'entière continence conseillée par cet apôtre : non, il décide que c'est une espèce d'adultère. Cette décision étonne; mais la raison sur laquelle il la fonde est encore plus étonnante. « Celui, dit-il, qui regarde une femme pour la désirer, est déjà adultère dans son cœur. Un homme, ajoute-t-il, qui épouse une femme, ne le fait qu'après l'avoir désirée et l'avoir regardée pour la désirer, à moins qu'on n'épouse une femme sans l'avoir ni vue ni désirée. » TertuUien, ayant raisonné ainsi, s'aperçoit d'abord que son raisonnement condamne autant les premières noces que les secondes, « Vous me direz, poursuit-il, que par là je détruis les premières noces. Et ce n'est pas sans raison ; car elles consistent dans la môme action qui fait l'adultère. » Il conclut que si la virginité seule est exempte d'une souillure qui approche tant de l'adultère, et si les premières noces mêmes n'évitent point cette tache, à plus forte raisoL il faut rejeter les secondes. U

ajoute que l'oraison continuelle est commandée, et par conséquent la continence aussi. L'oraison, dit-il, vient de la conscience. Si la conscience est honteuse, l'oraison l'est de même. Enfin, dit-il, si vous êtes remarié, vous avez deux ou plusieurs femmes devant le Seigneur quand vous le priez, une en esprit, à qui vous réservez vos plus fidèles afi'ections, l'autre dans la chair. Voilà les raisons absurdes de Tertullien dans cet ouvrage : on n'y voit que raisonnements outrés, qu'expressions forcées, qu'égarements d'esprit. Il y a même, vers la fin de ce traité, un endroit où un très-ancien exemplaire contient une citation que Tertullien fait de l'Évangile de la sainte prophétesse Frisquet Ainsi je crois qu'il ne nous reste rien à désirer pour nous convaincre que Tertullien étoit alors au comble du fanatisme. Quelle est donc l'autorité de ce passage tant vanté? M. Claude, qui le cite, n'ose citer l'endroit d'où il le tire, sentant bien que les paroles d'un visionnaire qui court après un nouveau Saint-Esprit, sont un triste secours pour sa réforme. Ne laissons pas de rapporter le passage entier, puisque la charité, quand il s'agit de détromper nos frères, ne dédaigne pas d'examiner les objections même ies moins dignes d'être examinées. « Il est établi parmi nous, dit Tertullien*, que ceux qu'on choisit pour l'ordre sacerdotal ne doivent avoir été mariés qu'une fois, en sorte que je me souviens d'avoir vu des bigames qu'on a rejetés de leur ordre. Mais vous direz : il est donc permis aux autres, que cette loi ne regarde point, de se remarier, Nous nous tromperons beaucoup, si nous croyons que ce qui n'est pas permis aux prêtres le soit aux laïques. Est-ce qu'étant même laïques, nous ne sommes pas prêtres? Il est écrit : Il nous a faits rois et prêtres à Dieu son père. Ce qui établit la différence entre le clergé et le peuple, c'est l'autorité de l'Église et l'honneur consacré de Dieu pour la séance du clergé. Là où il n'y a point de séance de l'ordre ecclésiastique, là vous offrez et vous baptisez, et vous y êtes prêtre pour vous-même. Mais où sont trois, là est l'Eglise, quoiqu'ils soient laïques : car chacun vit de sa foi, et il n'y a point d'acception de personne en Dieu, parce que, selon l'Apôtre, ceux qui écoutent la loi ne seront pas justifiés, mais seulement ceux qui l'accomplissent. Donc, si vous avez le droit de prêtre pour vous-même dans la nécessité, il faut que vous gardiez aussi la discipline sacerdotale avec le droit sacerdotal. Vous baptisez étant bigame ; vous offrez étant bigame : combien est-il plus criminel à un laïque bigame de faire la fonction de prêtre , puisqu'on ôte au prêtre même bigame sa fonction sacerdotale! Maison pardonne, dites-vous, à la nécessité. Il n'y a point de nécessité pour une chose qu'on peut éviter. Ne soyez point bigame, et vous ne vous exposerez peint à la nécessité d'exercer une fonction défendue aux bigames. Dieu nous veut tous tellement disposés , que nous puissions partout être propres aux fonctions de ses sacrements. Si les laïques n'observent point ces choses sur lesquelles on doit élire ses prêtres, comment pourrat-on faire prêtres ceux qu'on choisit d'entre les laïques? »

Vous voyez que Tertullien est engagé par ses erreurs à soutenir que

1 A'ût. Rùj. in cap. xi, p. 523. — 2. De exhorL caslit., cajp. vu.

le laïque est prêtre en quelque manière, pour conclure que les secondes .noces sont défendues aux laïques aussi bien qu'aux prêtres. Il cite d'abord l'Écriture, qui dit : Il nous a faits tous rois et prêtres à Dieu. Je srois que les protestants ne voudroient pas prendre ce passage à la lettre, puisqu'il établiroit autant la royauté que le sacerdoce de chaque particulier. Dès lors chaque homme, et même chaque femme, auroit, sans attendre le cas de nécessité, que l'Écriture ne marque point, la puissance des rois et celle des pasteurs ensemble pour son propre gouvernement.

Continuons. « Ce qui établit la différence entre le clergé et le peuple, c'est l'autorité de l'Église et l'honneur consacré de Dieu pour la séance du clergé, jj II marque deux choses qui établissent les ministres audessus du peuple : l'autorité, c'est-à-dire l'élection du corps de l'Église par laquelle on commence, et ensuite l'honneur consacré de Dieu, c'est-à-dire la consécration ou ordination divinement instituée, qui établit la séance ou prééminence des prêtres. « Là où il n'y a point de séance, » c'est-à-dire d'assemblée solennelle de l'ordre ecclésiastique, a là vous offrez et vous baptisez , et vous y êtes prêtre pour vous-même. » Il est certain que le laïque n'est représenté là comme prêtre pour luimême qu'en trois manières : premièrement, parce qu'il offre: secondement, parce qu'il baptise; troisièmement, parce que chacun vit de sa foi. Pour la foi dont chacun se nourrit, elle ne peut faire ici aucune difficulté, puisque nous convenons tous également que le fidèle privé de pasteurs doit vivre de sa foi, et se nourrir de la doctrine qu'il a reçue dans la vraie Église. Le baptême ne peut aussi nous arrêter, puisque l'Église catholique a toujours cru que les laïques peuvent baptiser. Toute la question tombe donc sur cet unique mot, vous offrez. Les protestants soutiennent qu'il s'agit là de ce que nous appelons la messe ou la consécration du pain , et nous soutenons qu'il n'en est pas question. Voyons de quel côté est la vraisemblance.

Tertullien parle-t-il de certains cas extrêmes qui n'arrivent presque jamais, et dans lesquels seulement les protestants soutiennent que les laïques ont le droit du sacerdoce? Est-il question d'un peuple jeté par un naufrage dans une île déserte, sans aucun pasteur, ou de l'Église entière tombée en ruine et en désolation, qui ne peut être relevée que par des laïques extraordinairement suscités? Non : cet auteur parle, à la vérité, d'un cas de nécessité, mais d'un cas qui arrive journellement. a Là où il n'y a point, dit-il, une séance de l'ordre ecclésiastique, vous offrez et vous baptisez, et vous y êtes prêtre pour vous-même. Où sont trois, là est l'Église, quoiqu'ils soient laïques. » Les protestants voudroient-ils qu'on crût que dès qu'il n'y a point de clergé séant en un lieu, les laïques peuvent y baptiser, y distribuer la cène et se servir de pasteurs à eux-mêmes? voudroient-ils dire que partout où il y a trois laïques, là il y a une Église dressée, propre à administrer les sacrement.s? Ils sont autant intéressés que nous à rejeter cette licence. Quand 'lisTadmettroient par esprit de contradiction contre nous, ils ne feroient que donner gain de cause aux indépendants, aux sociniens et aux anabaptistes, qui emploieront ce raisonnement pour renverser la subordi-

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nation de la réforme. Selon les protestants, il n'y a jamais de nécessité extrême de baptiser ni de communier. Ce seroit donc sans aucuns nécessité extrême que det laïques auroient baptisé et donné la cène da temps de Tertulben. Il n'yauroit eu qu'à attendre, si les prêtres étoient absents. Après tout, en ces temps-là tous les prêtres n'avoient point abandonné les provinces de l'empire : lors même que la persécution les écartoit, ils ne s'éloignoient guère de leurs églises, ils yrevenoient souvent, ils y étoient presque toujours cachés, ils y mouroient enfin jiiesque tous. Ce n'étoit donc point par une entière privation de pasteurs que les laïques offroient, mais c'est parce que les pasteurs étoient quelquefois absents aux jours d'assemblée. En voilà plus que les docteurs protestants n'en veulent; et ce plus doit bien les embarrasser. Voilà ce que les anabaptistes prétendent, s'il est vrai que la simple absence des pasteurs suffise pour donner aux laïques tout le droit et toute la fonction du prêtre, sans avoir besoin de l'attendre.

Mais observons encore les paroles de TertuUien. « Vous baptisez étant bigame; vous offrez étant bigame.... Dieu nous veut tous tellement disposés, que nous puissions partout être propres aux fonctions de ses sacrements. -D II ne s'agit point d'un cas rare et extrême; il s'agit d'une pratique actuelle et d'une coutume : vous offrez., etc. Il s'agit de ce qui pouvoit arriver tous les jours et en tous lieux : que nous puissions partout être propres, etc. Aussi Grotius, dans sa dissertation sur ces paroles de TertuUien, remarque qu'il ne s'agit pas d'une opinion particulière de cet auteur, mais d'une coutume des chrétiens de son temps, a Vous baptisez, vous offrez, dit-il, c'est-à-dire vous avez coutume de le faire. «S'il n'étoit question que d'imputer à TertuUien montanisteune opinion singuUère et absurde, nous donnerions volontiers les mains; mais il s'agit d'une pratique de TÉglise, dont on prétend qu'il est témoin. En vérité, y a-t-il quelque apparence que l'Église, en l'absence des prêtres, fît célébrer souvent les mystères par des bigames, elle qui les excluoit même à jamais de l'ordination, et qui rabaissoit au rang des laïques ceux qui avoient été ordonnés contre cette règle? N'y auroit-U pas eu d'autres laïques à préférer à ces bigames pour la fonction sacerdotale? Faut-il croire des choses si incroyables, plutôt que d'expliquer TertuUien par son propre langage, comme nous le ferons dans la suite?

Remarquons enfin combien cette nécessité de faire consacrer l'eucharistie par des laïques est chimérique. Les fidèles l'emportoient chez eux pour la manger tous les matins. C'est TertuUien même qui nous l'apprend, écrivant à sa femme. Dans les temps de persécution, où les assemblées étoient quelquefois difficiles, on emportoit le pain sacré dans les maisons, à pleines corbeilles, pour communier souveftt. Saint Basile ', rapportant la coutume qu'on avoit prise pendant les persécutions d'emporter chacun chez soi l'eucharistie, la justifie en remar. quant qu'on la raettoit dans les mains des fidèles pour la mettre euxmêmes dans leurs bouches. Qu'on en donne, dit-il, à chaque tidèb

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