‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 114 sur 139 · Ep. V. ed Balui. IV, p · texte numérisé non relu

Ep. V. ed Balui. IV, p

Seigneur, et au temps du repas, et même dans nos assemblées de nuit, nous ne le prenons de la main d'aucun autre que dfi nos présidents ou pasteurs ». » „ j v • Si le laïque eût eu la puissance de consacrer, comme celle de baptiser il n'eût point été nécessaire de distribuer le pain sacré avec tant de 'précaution pour prévenir les cas de nécessité. Le cas de nécessité auroit été lui-même un titre à chaque particulier pour consacrer l'eucharistie. Ce cas seroit arrivé souvent pendant les fréquentes absences des pasteurs causées par les persécutions. Les laïques, dans les prisons, auroient usé de leur droit, plutôt que d'exposer inutilement la vie des pasteurs qui venoient célébrer pour eux les mystères avec tant d obstacles et de dangers. Toute l'antiquité auroit parlé souvent et clairement de cette puissance du laïque pour la consécration comme pour le baptême. Ce fait, que Grotius suppose, savoir, que partout où il n'y avoit point de séance de clergé, un laïque consacroit, est donc manifestement faux et impossible. Peut-on s'imaginer que TertuUien 1 ait cru lui qui voyoit nécessairement tous les jours le contraire? Peut-on penser qu'il l'ait soutenu en écrivant à des chrétiens, comme si c'eut été leur pratique ordinaire, quoiqu'ils ne le pratiquassent jamais? Ici nous parlons sans aucun intérêt; car l'autorité de Tertulben montaniste, bien loin d'appuyer une cause, ne pourroit que la déshonorer; mais c'est que dans le fond il est impossible qu'il ait pensé ce qu'on lui impute sur un fait de notoriété publique. Que faut-il donc croire de ce passage de Tertullien, puisque le sens des protestants est impossible? Voici ce qu'il y a, ce me semble, de plus apparent. Il est vrai que le mot d'o^rtr, dans le langage de ces premiers siècles, signifie souvent la célébration de l'eucharistie ; mais il a aussi un autre sens. Tertullien dans son traité De la monogamie, parle d'une femme qui offrait tous les ans, le jour de la mort de son mari ^Tous les savants conviennent que c'étoient des offrandes qu'elle présentoit. Mais, sans sortir du traité où est le passage que nous examinons, Tertullien n'y dit-il pas à un homme marié deux fois : Vous offrirez « pour deux femmes. » Et il s'explique aussitôt après : a Vous en ferez faire mention par le prêtre. T> Il est donc manifeste, par les endroits que nous venons de rapporter qu'o^nr, dans le langage de Tertullien, signifie souvent, nonseulement célébrer les mystères, mais encore faire des offrandes qui étoient présentées par le seul prêtre, et dont il faisoit mention a l autel. Ce qu'on présentoit étoit du miel, du lait, des oiseaux, d'autrea animaux et des légumes. Le troisième canon apostolique défend cet usage et permet seulement l'offrande des épis nouveaux, de l'huile et de l'encens. Voilà donc le terme d'offrir qui est très-équivoque. Qui décidera pour le cas dont il est question? ce doit être la vraisemblance tirée des circonstances du passage.

Ne sait-on pas que Tertullien, depuis ses égarements, supposoit du ton le plus affirmatif les choses les plus excessives? C'est amsi quil maintient oontre le pape Zéphyrin, dans son traité De la pudicité,

l. De corona, cap. m. — 2. De monogam., cap. x.

qu'on observoit alors à Rome une rigueur contre les pénitents, qui est clairement démentie par d'autres endroits de TertuUien même. C'est ainsi que dans son traité De la monogamie , il assure, contre la vérité certaine, que l'usage de l'Église avoit toujours été de condamner les secondes noces. Comment donc pourroit-on douter qu'un tel homme n'eût tourné les faits à son avantaQ:e? Le moins qu'on en peut croire, c'est qu'il a donné de grands noms aux faits dont il avoit besoin de se servir pour favoriser ses excès. Ce qu'il appelle donc offrir et se servir de prêtre à soi-même, c'est faire soi-même ses offrandes en l'absence des prêtres. En l'expliquant ainsi, nous ne le devinons pas. Nous l'expliquons naturellement lui-même par lui-même, puisqu'il a usé du terme d'offrir, en des endroits clairs, pour signifier faire des offrandes. Comme la fonction de présenter des offrandes et de les bénir solennellement appartenoit au pasteur, qui en faisoit mention à l'autel, il n'en falloit pas davantage à un esprit aussi ardent et aussi excessif que TertuUien, pour conclure que les laïques destinés à faire quelquefois certaines fonctions qui étoient ordinairement réservées aux prêtres, telles que le baptême et la présentation des offrandes, dévoient être exempts, comme les prêtres, de la souillure des secondes noces. Peut-être même comprenoit-il en général, dans cette expression, l'usage que les fidèles avoient alors, à cause des persécutions, de distribuer entre eux la communion domestique. En ce sens, ils étoient prêtres pour eux-mêmes. Les fidèles qui offrent conjointement avec le prêtre, dans la célébration solennelle de l'eucharistie, doivent sans doute continuer d'offrir lorsqu'ils communient; car Jésus-Christ n'est jamais dans le sacrement que pour nous y servir de victime. Comme cette communion domestique étoit donc sans doute une offrande, il pouvoit encore se faire que dans une famille le père ou le plus âgé distribuât le pain sacré aux autres, comme le P. Peteau l'insinue. Le père faisoit en ce cas la fonction de diacre, qui étoit, selon le langage de saint Cyprien, offrir; car ce saint docteur parle ainsi : « La solennité étant achevée, comme le diacre commença à offrir le calice à ceux qui étoient présents K » Mais le mot de sacrifier ou de consacrer, qui représenteroit ce que nous appelons messe, ne se trouve ici en aucun endroit. Cependant les mots mêmes de sacrifier et de consacrer, qui seroient bien plus décisifs que celui d'offrir, ne signifient pas toujours l'action réservée au prêtre. Saint Cyprien se sert du terme de sacrifice pour marquer les offrandes du peuple. «Vous venez, dit-iP, sans sacrifice à la fête du Seigneur.» Saint Ambroise^, faisant parler saint Laurent, diacre, à saint Sixte, le fait parler comme ayant consacré avec ce saint pape. Il est manifeste néanmoins que cette expression se réduit à dire qu'il l'avoit servi dans la célébration des mystères. A combien plus forte raison peut-on croire que TertuUien, bien plus exagérant que saint Cyprien et saint Ambroise, aura usé d'une manière équivoque du terme d'offrir, qui est beaucoup moins fort que ceux de sacrifier et de corisacrerJ

1. De lansts, p. 189. — 2. De opère et eleem., p. 242. 3. De officiis min., lib. I, cap. xli, n. 214. t. II,

Ou nous dira encore peut-être que ces deux termes, baptiser et offrir, étant mis ensemble, ont une force particulière; qu'il est vrai qa'offrir, étant seul, est équivoque, mais que joint à baptiser, il signifie toujours la consécration. Il suf6t de répondre que Tertullien, ayant besoin d'éblouir le lecteur par les termes les plus outrés, a mis tout exprès le terme d'offrir, qui est équivoque et qui, dans le fait particulier, ne signifioit point la consécration, avec celui de baptiser, pour donner en gros, par ces deux termes joints, l'idée des principales fonctions des prêtres, qu'ils signifioient ordinairement. Cet excès d'expression est bien plus facile à croire d'un homme si excessif, que le fait impossible et incroyable que les protestants veulent qu'il ait supposé comme manifeste.

Enfin no frères oseroient-ils opposer Tertullien qui, dans les endroits obsCufs, ne dit rien pour eux, si on se donne la patience de l'examiner de près, à Tertullien qui, dans les endroits clairs et dans des ouvrages entiers , a pour but de décider en notre faveur? Oserontils opposer Tertullien montaniste à Tertullien défenseur de l'Église dans son livre Des prescriptions? Que nous dit-il dans ce livre révéré de tout le christianisme, où son glaive, comme saint Augustin le dit de saint Cyprien, a tranché par avance les hérésies de tous les siècles? Il nous assure que c'est le propre des hérétiques de vouloir exciter la curiosité des fidèles, et de dire sans cesse : Cherchez dans les Écritures, et vous trouverez. « Nous devons croire, dit-il *, véritable et enseigné par le Seigneur ce qui est de l'ancienne tradition.... Si quelque hérésie se vante d'être apostolique, nous lui disons qu'elle aille chercher son origine, qu'elle examine l'ordre et la succession de ses évêques qui descendent de la source; qu'ils nous montrent des évêques établis par les apôtres dans l'épiscopat, et qui aient conservé chez eux cette semence apostolique. » Voilà la succession du ministère par laquelle Tertullien décide. Combien étoit-il éloigné de dire qu'il n'étoit pas question d'examiner la mission et la succession du ministère, puisque deux ou trois faisaient une Église, et que chacun étoit prêtre pour soimême ! Mais écoutons encore sa vraie doctrine, a Suivant la règle que l'Église a reçue des apôtres, les apôtres de Jésus-Christ, et Jésus-Christ de Dieu, il ne faut point admettre les hérétiques à disputer contre nous sur les Écritures, puisqu'ils n'ont point d'Écritures , et qu'elles ne leur appartiennent pas.... Ils n'ont aucun droit de se les approprier. Nous leur disons : « Qui êtes-vous? quand et d'où êtes-vous venus? que faitesa vous dans notre bien, vous qui n'êtes pas des nôtres? L'Écriture est a mon bien; j'en suis de temps immémorial en possession; je la possède « le premier; j'ai une origine assurée; je suis héritier des apôtres ^» C'est ce qui a fait dire à M. Jarieu que saint Cyprien tenoit de Tertullien son opinion crneUe sur l'unité de l'Église. Voilà donc, de son propre aveu, Tertullien qui, bien loin de donner les clefs aux laïques pour se conduire eux-mêmes dans les besoins, ne veut pas même écouter, sur la doctrine des Écritures, quiconque n'est pas dans la parfaite

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