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DU MINiSTÈRE DES PASTEUr;^. 385
le font tous les jours. On peut encore insinuer la religion dans aes conversations familières; mais ce qui demande, selon nous, l'imposition des mains, c'est la prédication solennelle de l'Évangile dans la célébration des mystères, comme les anciens pasteurs la pratiquoient : c'est le ministère de la parole joint à l'administration des sacrements. Ce ministère, composé de toutes ses fonctions, étoit-il exercé par les chrétiens dispersés dont parle M. Jurieu ? Demandons-le à M. Jurieu lui-même, a Nous ne savons, dit-il, s'ils administrèrent des sacrements. Peut-être ne le firent-ils pas. t> Puisqu'il n'en sait rien, pourquoi donc ose-t-il opposer des faits si vagues et si incertains, selon lui-même, è des preuves si précises et si convaincantes que nous donnons de notre doctrine? Après cela, M. Jurieu n'allègue plus contre nous que les exemples tirés du s-kième livre de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe. Voici le premier fait qui y est rapporté. C'est Origène dont il est question. aMais comme alors, dit l'historien % il demeuroit à Alexandrie , il vint un homme de la profession militaire qui rendit, de la part d'un prince arabe, des lettres à Démétrius, évêque de ce diocèse, et à celui qui étoit alors président de l'Egypte. Il demandoit qu'on lui envoyât Origène en grande diligence, pour lui communiquer sa doctrine. C'est pourquoi Origène, étant envoyé par eux, alla en Arabie. Peu de temps après, ayant aclievé ce qui faisoit le sujet de son voyage, il revint à Alexandrie. » Remarquez qu'Origène tenoit en ce temps-là une fameuse école pour le christianisme, où il ins^ruisoit les païens, et surtout les philosophes qui vouloient connoître nos mystères. Il se servoit des arts et des sciences des Grecs pour faire entendre les saintes lettres, et poui mieux attirer les païens. Il dit même, dans une épître rapportée par Eusèbe, que Pantœnus et Héraclas avoient pratiqué la même chose. Héraclas quitta l'habit ordinaire pour porter le manteau de philosophe, a II le porte encore maintenant, dit Origène dans cette épître, et il ne cesse de lire, selon ses forces, avec grand soin, les livres des gentils.» Quand Eusèbe veut exprimer la fonction d'Origène, il ne dit pas qu'il célébroit les mystères à l'autel ni qu'il paissoit le troupeau, expressions ordinaires en ces temps-là pour marquer les fonctions des pasteurs; mais il dit seulement qu'il faisoit les catéchèses, et il appelle le lieu où il faisoit ses instructions son école^. C'est ainsi que parlent l'original grec et la version même de Wolfang Musoulus, docteur protestant. Eusèbe ajoute que les auditeurs quiétoient dans cette école étoient divisés en deux espèces de classe. Origène choisit parmi ses amis Héraclas, qui, outre la connoissance des Écritures, étoit encore versé dans l'éloquence et dans la philosophie, et il le chargea de ceux qui commençoient à s'instruire. » Pour lui, il prit ceux qui étoient plus avancés. En tout cela, vous ne voyez qu'un catéchiste et un professeur de théologie. Avons-nous jamais dit qu'il fallût recevoir l'imposition des mains pour catéchiser, et pour tenir publiquement une école chrétienne? Alors Origène, dont la réputation voloit en tous lieux, est demandé par un prince arabe. C'est pour faire chez lui ce qu'il faisoit
1. Euseb., Hist. eccles., Mo. VI, cap. xi.v. — 2. Ibid., cap. xiv et xv.
dans son école d'Alexandrie. Il n'est question que de raisonner en philosophie pour persuader la philosophie chrétienne, comme on parloit alors. Eusèbe ne dit pas que l'Arabe demandoit Ongène pour être son pasteur et pour dresser chez lui une Ëghse; c'est seulement quelques conversations passagères qu'il cherche pour s'éclaircir. S'il eût été question de dresser une Eglise, on auroit envoyé avec Ongène des prêtres égypUens. Cela étoit facile; et M. Jurieu n'oseroit dire qu'on employât anciennement dans le ministère des hommes qui n'étoient pomt ordonnés, lorsqu'on en avoit qui l'étoient. Ce n'est donc qu'un voyage pour dés conversations particulières sur la religion, que 1 Arabe demande d'Origène; comme nous voyons d'aiUeurs daus Eusèbe que cet homme célèbre fut demandé par Mammée, mère de l'empereur Alexandre, quoiqu'il ne fût pas question de lui faire exercer les fonctions de pasteur dans Anthioche, où elle étoit. Ce qui cause l'illusion des pro^ testants en cette matière, c'est qu'ils regardent parmi eux mstruction presque comme étant l'unique fonction des pasteurs; doù ils concluent ^e ceux qui ont instruit sans ordination ont été pasteurs : mais ils devroient considérer que dans l'ancienne Église, aussi bien que dans la nôtre, ce qui marque le plus dans le caractère pastoral c est a célébration des mystères et l'administration des sacrements. Eux-mêmes, malgré leur prévention, sont encore dans cet usage; car, selon leur discipline , les sacrements ne sont administrés que par les pasteurs , au heu que l'instruction de leurs peuples est souvent confiée à des personnes qui n'oDt point le ministère sacré. Ils ont des maîtres etdes maîtresses d'école , des lecteurs, des professeurs de théologie, qui sans ordination enseignent la religion. Leurs proposants même , sans être pasteurs, font dans leurs temples des propositions pubUques qui sont de véritables sermons. ,x X 11' A nA nT.An
Il est vrai qu'Crigène sortant de l'Egypte et étant aile à a Césarée de Palestine, fut prié par les évêques de ce lieu de parler devant assemblée publique, et d'expliquer les divines Écritures quoiquil neût ooint encore reçu l'ordination de prêtre. Alexandre de Jérusalem et Théoctiste de Cesarée, écrivant à Démétrius d'Alexandrie, tâchent de justifier cette conduite en ces termes : «Il a ajouté aussi , dans sa lettre, a qu'on n'a jamais ouï dire , et qu'il n'est jamais arrive, que des laïques « aient parlé dans l'église en présence des évêques. Nous ne savons coma ment il a dit ce qui manifestement n'est pas véritable, puisquon en a trouve qui, ayant le talent d'édifier les frères, et étant exhortes par les « évêques à instruire le peuple, ont enseigné ainsi dans léghse C'est a ainsi qu'à Larande, Évelpis fut prié par Néon; à Icône, Paulm pf « Celse; à Synade, Théodore par Atticus : c'est-à-dire P^r nos bienbeu- « reux frères. Il est vraisemblable que cela s'est fait en d'autres lieux a que nous ne connoissons pas '. »
Quelle est cette action que les deux évêques veulent justifier à Démétrius? C'est qu'Origène avoit expliqué l'Écriture en pubhc, devant \es évêques, quoiqu'il ne fût point prêtre; c'est de quoi on se plai-