Article xxix
seulement des paroles si claires, mais encore l'intérêt de maintenir l'auTorité des pasteurs protestants, doit faire avouer à M. Jurieuque le ministère ordinaire, fondé sur l'élection et sur l'imposition des mains, est sacré et inviolable, excepté les cas extrêmes de ruine et de désolation où Dieu suscHe gens d'une façon extraordinaire pour dresser l'Église de nouveau. Ce n'est point cette extrémité qui fit parler Origène dans la Palestine, ni Évelpis à Larande, ni Paulin à Icône, ni Théodore à Synade. Ces Églises avoient leurs évêques qui faisoient parler ces catéchistes : elles fleurissoient en doctrine et en sainteté. Pourquoi donc supposer qu'on y auroit troublé le ministère ordinaire, qui est sacré et inviolable, hors des cas extrêmes selon la réforme? Ne voit-on pas que les protestants eux-mêmes, selon leurs principes, De peuvent éviter de dire, comme nous, que ces évêques avoient seulement, contre la coutume , fait faire ces catéchismes ou catéchèses par des laïques devant eux et dans l'église? Comme cette fonction ressembloit trop à celle des pasteurs, quoiqu'elle eût dans le fond des différences essentielles, on en fut scandalisé : la lettre d'accusation assura qu'on n'avoit jamais ouï dire et qu'il n'étoit jamais arrivé rien de semblable. Cette expression un peu trop générale signifie en gros que cette conduite étoit contraire au torrent de la discipline, et on en doit conclure tout au moins qu'il étoit extraordinairement rare qu'on prît cette liberté. Aussi voyons-nous qu'Alexandre et Théoctiste, qui cherchent à justifier leur propre conduite en justifiant celle d'Origène, se contentent de dire qu'ils ne sont pas sans exemples pour excuser ce fait. Ils disent qa'il est manifeste qu'on en trouve. Ils en citent trois. Puis ils finissent en disant : Il est vraisemblable que cela s'est fait en d'autres lieux que nous ne savons pas. Pourquoi donc M. Jurieu, qui sans doute a lu l'original, ose-t-il dire : a II prêcha en présence des évêques, et les évêques assurent que c'est la coutume de faire prêcher les laïques devant le peuple? » Il n'est point parlé là de prédication, mais seulement des catéchèses ou leçons sur l'Écriture que faisoit Origène, et qui étoient bien différentes des prédications solennelles des pasteurs au milieu des mystères. M. Jurieu dit que les évêques assurent que c'est la coutume; et Eusèbe écrit au contraire que les évêques ont dit seulement : Il est vraisemblable que cela s'est fait en d'autres lieux que nous ne savons pas. Ainsi un homme préoccupé tourne tout à son sens et croit voir dans les livres ce qui n'y est pas : il prend une vraisem- Wance pour une certitude; et la conjecture qu'une chose se fait peutêtre en quelques endroits inconnus, pour une coutume constante et manifeste des Eglises.
Nous pourrions nous arrêter ici, puisque les exemples cités par M. Jurieu ne vont pas plus loin. Mais comme du Moulin, dans son traité De la vocation des pasteurs, et ensuite M. Claude, en ont cité d'autres, il ne sera pas inutile de les parcourir : car rien ne montre mieux la force ds nos preuves, que la foiblesse de celles que nos adversaires ont ramassées avec tant de soin.
Théodoret, a: rôs Rufin, rapporte « qu'un Tyrien ayant pénétré jusqu'au fond des Indes pour connoltre la philosophie des nations étran-
gères, » périt par la cruauté des barbares. Ses deux neveux, quiétoient avec lui, nommés ^Edésius et Frumentius, furent menés au roi du pays. Ils gagnèrent sa confiance et gouvernèrent sa maison. «Après la mort du roi , son fils les aima encore plus qu'il n'avoit fait. Comme ils avoient été élevés dans la piété, ils exhortoient les marchands lorsque quelques-uns, selon la coutume romaine, étant arrivés, vouloient s'assembler et célébrer les cérémonies sacrées '. » Voilà les paroles da Théodoret, traduites sur le grec à la lettre. Mais celles de Rufin, qui est l'original de cette histoire, déterminent le sens de ces paroles qui pourroit être équivoque. Il dit : « qu'ils exhortoient les marchands à faire en chaque lieu des assemblées où ils se trouvassent pour prier selon la coutume romaine 2. » Enfin les deux frères demandent au roi, pour récompense de leurs services, de retourner en leur patrie. Ils l'obtiennent. ^Edésius revient à Tyr, où il demeure. Frumentius, plus détaché de sa famille, va trouver Athanase, évèque d'Alexandrie, et lui représente combien les Indes étoient disposées à voir la lumière spirituelle, a Et qui est plus propre que vous, lui répondit Athanase, à dissiper leurs ténèbres? Il lui communiqua la grâce pontificale, et l'envoya pour cultiver cette nation. » Voilà cette histoire si célèbre parmi les protestants. Qui ne s'attendroit d'y trouver que ces deux frères prêchoient et administroient les sacrements? Non; il est dit seulement qu'ils exhortoient les marchands romains à s'assembler pour faire les prières chrétiennes. Comment prouvera-t-on qu'ils administroient la cène et faisoient les autres fonctions réservées aux seuls pasteurs? De plus, qui a dit aux docteurs protestants que ces marchands romains n'avoient point avec eux quelque prêtre? Le zèle des deux frères pour les exhorter n'en est point une preuve, car les laïques parmi nous exhortent tous les jours fraternellement d'autres laïques qui ont leurs pasteurs. Il est vrai qu'il paroît que les Indiens n'avoient point de prêtres fixes parmi eux, jusqu'à ce que Frumentius fût renvoyé dans leur pays par saint Athanase avec la grâce pontificale. Mais les marchands romains qui passoient sur leurs côtes, pour le commerce, pou voient en avoir dans leurs vaisseaux. Remarquez que l'objection se tourne en preuve pour nous contre l'Église protestante. Frumentius, dit l'historien, quitte sa famille, et méprise tant de mers à traverser. Il retourne aux Indes; mais c'est Athanase qui l'envoie et qui lui communique avanî son départ la grâce pontificale. Voilà ce que c'est que l'ordination. Ce n'est pas une simple cérémonie; c'est cette même grâce que l'imposition des mains de l'Apôtre avoit répandue sur Timothée, qui passe encore d'Athanase sur Frumentius. Imposer les mains, et communiquer la grâce du ministère, c'est la même chose dans le langage chrétien.
Du Moulin n'avoit garde d'ajouter ce que Théodoret rapporte immédiatement après cette histoire ^ : c'est qu'une femme chrétienne, cap