‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 120 sur 139 · Rufin. fiist., lib. I, cap. n, édit. Basil., nei · texte numérisé non relu

Rufin. fiist., lib. I, cap. n, édit. Basil., nei

2. Théoa., Hist. eccles., lib. I, cap. xini. 8. Hist., lib. I, cap. xxiv.

tive chez les Ibériens, obtint de Dieu, par sa pénitence, les dons apostoliques ; c'est-à-dire en ce lieu, le don des miracles. Par ces miracles elle engagea le roi de cette nation à faire bâtir un temple au vrai Dieu. Le temple étant bâti, il manquoit de prêtres. Cette femme persuada au roi d'en envoyer demander à l'empereur romain. C'étoit Constantin, qui lui envoya un prédicateur de la foi revêtu de la dignité pontificale. Vous voyez que ce nouveau peuple ne se croit point en droit de faire lui-même des pasteurs; il attend que le ministère lui vienne de la source divine, par le canal de la succession. Cette femme même, qui étoit manifestement inspirée comme les prophètes, et qui avoit les dons apostoliques, bien loin de fonder cette Église sur son ministère extraordinaire et miraculeux, a recours au ministère successif. Si on eût cru et s'il eût été libre de penser que le peuple peut faire des pasteurs dans les besoins pressants, sans doute on auroit cru que ce cas étoit arrivé alors. La distance des lieux, l'incertitude d'obtenir des prêtres de l'empereur; l'inconvénient de retarder l'œuvre, et de priver des sacrements dans cette attente tous ceux qui étoient disposés au christianisme; le péril de voir les esprits du peuple, et celui du roi même, changer avant que les prêtres de l'empire arrivassent, tout cela devoit presser cette femme et l'engager à faire des pasteurs du pays. Cependant rien ne l'ébranlé; elle envoie demander des prêtres, et il paroît qu'on ne pensoit seulement pas qu'on en pût avoir autrement que par l'imposition des mains des anciens pasteurs.

Tout le monde comprendra facilement quïl faut entendre de même ce que firent l'armurier Maturien et l'esclave Saturnien \ qui annoncèrent l'Evangile aux Maures pendant leur captivité. Du Moulin avoue a qu'après avoir avancé l'ouvrage, ils firent venir à leur secours des prêtres du territoire de l'empire romain. » Tout cela montre seulement qu'ils parlèrent de Jésus-Christ aux barbares, qu'ils leur inspirèrent la foi par leurs conversations et par leurs exemples . <:hose que nos laïques doivent toujours s'efforcer de faire dans les occasions. Mais je prie tous les protestants équitables de comparer ces deux artisans que du Moulin nous objecte, avec les deux laïques qui fondèrent, au siècle passé, leurs deux Églises de Paris et de Meaux '. Les uns font connoître Jésus-Christ au peuple barbare qui les tient captifs, et il ne paroît point qu'ils aient prêché solennellement ni administré les sacrements; au contraire, quand les Maures sont disposés à croire , ces deux laïques appellent des prêtres pour dresser l'Église et pour exercer le ministère : au lieu que les deux laïques de la réforme protestante, non-seulement instruisent et préparent les esprits, mais encore prêchent, administrent les sacrements, s'érigent ouvertement en pasteurs et dressent leurs Églises.

N'est-il pas étonnant que parmi tant d'exemples de l'antiquité que la réforme emploie, il ne s'en trouve aucun qui attribue aux laïques,

1. Vict. Vitens. Ep. De persec. VandaL, lib. I, n. lo. — Ces deux confesseurs sont nommés Martinianus et Saturnianus dans les éditions les plus correctes de l'ouvrage de Victor de Vite. (Edit. de. Vers.)

Page 1