Concil. Trull. Can. lviii, Conc, t. VI, p. liG
d'ailleurs certain par saint Cyprien, qui est que les prêtres alloient célébrer les mystères dans les prisons pour les confesseurs.
Qu'il est cousolant pour l'Église catholique de voir un aussi savant homme que Grotius réduit à des preuves si foibles lorsqu'il veut combattre notre doctrinal
Ghap. XIV. — De l'élection des pasteurs.
Pour montrer que l'ordination n'est qu'une cérémonie , et que c'est l'élection qui fait les pasteurs, M. Jurieu dit : a Quand deux actions concourent dans un établissement, celle qui est fondée sur un droit naturel est proprement de l'essence ; et celle qui est de droit positif, et qui n'est qu'une cérémonie, ne peut être essentielle *. »D'où il conclut que l'élection, qui, selon le droit naturel, appartient au peuple, est la seule essentielle à l'établissement des pasteurs. Mais, outre que nous avons déjà montré que l'ordination fait seule les pasteurs, je vais lui montrer encore que sa preuve, quand même elle ne seroit point contredite, ne conclut rien pour lui. Laissons donc pour un moment l'ordination : attachons-nous à l'élection seule. Si M. Jurieu ne prou?«î que l'élection appartient au peuple, il n'aura rien prouvé. Cependaiil, au lieu de le prouver exactement, il le suppose comme une vérité manifeste dans saint Cj'prien, à cause qu'il y est parlé des suffrages du peuple dans les élections.
Mais M. Jurieu veut-il de bonne foi apprendre, de saint Cyprien même, ce que signifie le mot de suffrage : c'est dans l'épltre lv, à Corneille, que ce Père parle de sa propre élection; ses paroles serviront de réponse à M. Jurieu. a Les hérésies et les schismes ne naissant point d'ailleurs que de ce qu'on n'obéit pas au pontife de Dieu, et qu'on ne pense point qu'il ne peut y avoir en chaque temps dans iii-e Église qu'un seul évèque et un seul juge vicaire de Jésus-Christ. Si, selon les préceptes divins, tous les frères lui obéissoient, persor.i.e n'entreprendroit rien contre l'assemblée des pasteurs; personne, après le jugement de Dieu, après le suffrage du peuple, après le consente- Tnent des coévêques, ne voudroit se faire le juge, non pas de l'évêque, mais de Dieu même: personne, en rompant l'unité de Jésus-Christ, ne déchireroit l'Église; personne, par complaisance pour soi-même et par enflure de cœur, ne formeroit dehors et séparément une nouvelle hérésie, si ce n'est toutefois que quelqu'un ait assez de témérité sacri lége et d'égarement d'esprit pour penser que l'évêque soit étab' sans le jugement de Dieu. » Il ajoute, en parlant de lui-même « Quand un évêque a été substitué en la place du défunt, quand il , été choisi en paix par le suffrage de tout le peuple, quand il est protégé par le secours de Dieu dans la persécution, qu'il est fidèlement joint à tous ses coDègues, et que pendant quatre années d'épiscopat il a été connu de son peuple. » Vous voyez que saint Cyprien, pour montrer que son élection a été légitime, représente d'abord le jugement
i. Sy$t., p. 578.
de Dieu; puis il ajoute qu'elle a été paisible, agréée du peuple, approuvée par les évêques voisins; que sa constance dans la persécution et Tintégrité de ses mœurs reconnue de tout le peuple pendant quatre ans. ôtent tout prétexte aux schismatiques de le déposer pour élire un nouvel évêque. Ainsi le suffrage du peuple, qui ne signifie tout au plus que son consentement, est mis avec plusieurs autres circonstances que M. Jurieu ne regarde pas lui-même comme nécessaires à une élection.
Il faut encore montrer à M. Jurieu quelle idée saint Cyprien donne de ce suffrage du peuple dans les autres épîtres qu'il a citées contre nous. La trente -troisième est écrite aux prêtres, aux diacres de Carthage, et à tout le peuple, sur l'ordination d'Aurélius. L'évêque absent l'avoit ordonné lecteur sans les en avertir. « Mes très-chers frères, leur dit-il, nous avons accoutumé, dans les ordinations du clergé, de vous consulter auparavant; mais il ne faut point attendre le témoignage des hommes quand les suffrages divins le préviennent, etc. Sachez donc, mes très-chers frères, qu'il a été ordonné par moi, et par mes collègues qui étoient présents. » Qu'on ne nous dise point que ce n'étoit qu'une ordination de lecteur. A l'occasion d'un lecteur ordonné, saint Cyprien parle généralement et sans restriction de toutes les ordinations du clergé. Remarquez qu'il ne dit pas : nous sommes obligés de compter vos suffrages; mais seulement, a nous avons accoutumé de vous consulter. «Ce n'étoit donc qu'une coutume de l'Eglise, qui use toujours d'une conduite douce pour faire aimer son autorité. Et quand on demandoit le suffrage du peuple, on ne faisoit a que le consulter, j) Mais encore pourquoi le consultoit-on ? C'est, dit saint Cyprien, qu'on « attendoit les témoignages humains. » Vous voyez que cette consultation se réduisoit à s'assurer des mœurs de l'élu par le témoignage du peuple; et que saint Cyprien, après avoir appelé le suffrage du peuple les « témoignages humains, » ajoute qu'il n'a pas été nécessaire de les attendre, parce que les suffrages divins ont précédé : c'est-à-dire, ou que ce Père avoit eu une révélation particulière sur ce choix comme il en avoit souvent sur les affaires de l'Église , ou qu'il avoit assez reconnu la vocation divine sur Aurélius par sa constance dans le tourment et par l'intégrité de ses mœurs.
Dans l'épître xxxiv, ce Père parle avec la même autorité sur une semblable ordination de Célerin. Si M. Jurieu méprise ces élections de lecteurs, je le prie de remarquer que saint Cyprien choisit à la fin de cette épître ces deux lecteurs avec la même autorité pour les élever au sacerdoce. «Au reste, sachez, dit-il, que je les ai déjà désignés pour les honorer du sacerdoce. » Il ajoute qu'ils recevront dès ce jour-là les mêmes distributions que les prêtres; et qu'il a les fera asseoir avec lui lorsqu'ils auront atteint un âge plus miir. ■» Ainsi ce n'est point une désignation vague et incertaine; c'est un choix fixe et déterminé qui commence à s'exécuter sans attendre l'avis du peuple, et auquel il ne manque rien pour être une véritable élection. C'est encore ainsi que saint Cyprien mande au clergé de Carthage' de recevoir au rang des