Epist. XXXV
prêtres Numidicus, qu'il a élevé au sacerdoce, a Quand je serai présent, ajoute-t-il, il sera encore élevé à une plus grande fonction, »c'e?i-àdireà celle de l'épiscopat. Vous voyez gue le peuple n'est pas seulement consulté. Ainsi, lorsque saint C^'p^ien assure qu'il ne veut rien faire que par l'avis du clergé, et même du peuple, c'est qu'il veut profiter des avis de tous; c'est qu'il veut, par cette condescendance paternelle, faire aimer son autorité : mais il se réserve, comme il paroît par ces exemples, de décider seul quand il le juge convenable. Enfin l'assurance qu'il donne de n'agir point d'ordinaire sans consulter, montre qu'il veut bien suivre une règle à laquelle il n'étoit pas assujetti en rigueur; et au contraire les cas où il décide seul font assez voir qu'il avoit le droit de le faire.
M. Jurieu n'a rien dit de l'épître lxviii du même Père ; mais comme il pourroit s'en servir dans la suite, il n'est pas inutile de lui montrer combien elle est contraire à ses sentiments. Elle est écrite au clergé et au peuple fidèle d'Espagne, sur Basilide et Martial, qui, étant tombés pendant la persécution, avoient été déposés. On avoit ordonné Sabin et Félix en leur place. Voici les paroles dont il semble d'abord que les protestants pourroient tirer quelque avantage : a Le peuple obéissant aux préceptes divins, et craignant Dieu, peut se séparer de son pasteur qui pèche, et ne doit pas prendre de part aux sacrifices d'un prêtre sacrilège ; principalement puisqu'il a le pouvoir ou de choisir de dignes pasteurs ou d'en refuser d'indignes : ce que nous voyons qui vient de l'autorité divine.... » Jusque-là qui ne croiroit que saint Cyprien a jugé, comme les protestants, que les élections des pasteurs dépendent absolument du peuple? Mais cet exemple doit montrer combien il est facile de se tromper sur les sentiments des auteurs, quand on s'arrête à des passages qui semblent formels, et cpi'ils sont détachés de la suite. Il faut se souvenir qu'il n'est question dans cette épître que de montrer, non au peuple seul, mais au clergé et au peuple ensemble , qu'ils peuvent abandonner un pasteur légitimement déposé pour sa chute, et en la place duquel un autre aura été mis par une ordination canonique. La suite lève toute équivoque.... « principalement, dit saint Cyprien, puisque le peuple a le pouvoir de choisir de dignes pasteurs ou d'en refuser d'indignes : ce que nous voyons qui vient de l'autorité divine , qui a voulu que le pasteur fût choisi en présence du peuple , aux yeux de tout le monde, et qu'il fût reconnu digne et capable par le jugement et par le témoignage public, comme le Seigneur, dans les Nombres, commanda à Moïse, disant : a Prenez Aaron votre frère, et Éléazar ce son fils.... » Dieu commande d'établir le prêtre devant toute la synagogue, c'est-à-dire qu'il fait entendre que les ordinations de pasteurs ne doivent se faire qu'avec la connoissance du peuple assistant, afin que, le peuple étant présent, on découvre les crimes des méchants, et on publie les vertus des bons, et que l'ordination soit juste et légitime, étant examinée parle suffrage et le jugement de tous. » Il ajoute : « Ce qui se faisoit avec tant de soin et de précaution, le peuple étant assemblé, de peur que quelque indigne ne se glissât dans le ministère de l'autel ou dans la place épiscopale.... C'est pourquoi il faut obsen'er,
selon la tradition divine et l'usage apostolique, ce qui s'observe chez nous et presque dans toutes les provinces, que, pour bien faire une ordination, les évêques de la province qui sont voisins s'assemblent devant le peuple à qui on doit ordonner un pasteur ; et que l'évêque soit élu en présence du peuple, qui connolt parfaitement la vie d'un chacun, et qui a observé leur conduite. C'est ce que nous voyons qui a été fait chez vous daus l'ordination de notre collègue Sabin, etc. »
Il est manifeste que ce Père ne représente cette convocation du peuple que comme une coutume de la part des Églises, et non pas comme une loi essentielle, suivie partout sans exception : l'exemple qu'il apporte de l'ordination d'Éléazar montre combien il étoit éloigné de penser que la présence du peuple lui donnât le droit d'élire, puisque les Israélites ne furent que les simples spectateurs de la transmission du père au fils, d'un ministère que Dieu avoit rendu successif et indépendant de toute élection. Il dit sans cesse qu'il faut appeler le peuple par précaution pour s'assurer par son témoignage des mœurs de ceux qu'on élit
Enfin il montre que toutes ces précautions ont été observées pour Sabin, afin de donner plus d'autorité à son ordination, et d'engager plus fortement le peuple, ébranlé par les artifices du pasteur dépesé, à reconnoître toujours le nouveau pasteur dont il avoit approuvé luimême l'élection.
En voilà assez pour montrer que le droit d'élection réside, selon saint Cyprien, dans le corps des pasteurs, et que les peuples n'y sont admis que comme témoins que l'on consulte en esprit de paix et d'union. C'est pourquoi, quand même l'élection feroit l'essence de l'établisse-: ment des pasteurs, ils ne tiendroient point leur ministère du peuple; et ainsi l'autorité que M. Jurieu emploie contre nous se tourneroit encore contre lui.
Chap. XV. — Suite sur l'élection des pasteurs.
M, Jurieu nous cite quatre chapitres tirés de la dist. lxiii du Décret de Gratien, sans en rapporter aucune parole. Mais nous avons autant d'intérêt à les examiner en détail, qu'il en avoit de ne le faire pas. Le premier est de saint Grégoire, pape'. Laurent, évêque de Milan, étant mort, on avoit élu Constance diacre. La relation qu'on en avoit envoyée au pape marquoit que l'élection s'étoit faite unanimement : mais comme elle n'étoit pas souscrite, et qu'il y avoit à Gênes beaucoup de citoyens de Milan qui s'y étoient réfugiés à cause des violences des barbares, le pape ordonna à Jean, son sous-diacre, d'y passer, a pour n'omettre aucune précaution; afin que s'il n'y a point de division entre eux sur cette élection, et qu'il reconnoisse que tous persévèrent à consentir, etc.» Je crois n'avoir pas besoin de montrer que tout cela se réduit manifestement aux règles que nous avons tirées de saint Cyprien pour la coutume d'appeler le peuple, de le consulter, et de s'accommoder au-