‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 125 sur 139 · Décret., dist. Lxni, cap. m, 7. Ibid. cap, xxvHi · texte numérisé non relu

Décret., dist. Lxni, cap. m, 7. Ibid. cap, xxvHi

par des notaires mot à mot. Saint Augustin raconte d'abord > qu'il étoit allé à Milève pour consoler les peuples qui étoient affligés de ce que Sévère, leur évêque, avoit marqué avant sa mort son successeur sans les en avertir, croyant qu'il suffisoit de le désigner au clergé. Saint Augustin reconnoît qu'en cela Sévère avoit un peu manqué. En effet la règle, comme nous l'avons vu, étoit de consulter le peuple; mais il ne dit point que ce choix fût nul, et qu'on songeât à en faire un autre. Au contraire, il dit que le peuple étoit triste, c'est-à-dire fâché d'une chose faite sans lui, et qu'il ne pouvoit défaire; mais qu'enfin sa tristesse se changea en joie. Ensuite saint Augustin déclare que, pour lui, il veut agir plus régulièrement, « afin que personne ne se plaigne de lui. » Il observe toutes les formes communes des élections : a Je veux , dit-il, pour mon successeur, le prêtre Êradius.Les notaires' de l'Église, comme vous voyez, recueillent ce que j'ai dit; ils recueillent ce que TOUS dites. Mes paroles et vos acclamations ne tombent point à terre. Pour vous le dire plus ouvertement, nous faisons maintenant des actes ecclésiastiques : car je veux que ceci soit confirmé, autant qu'il dépend des hommes. » Saint Augustin prend ces précautions non pour faire élire son successeur par le peuple, mais pour consulter le peuple sur cette élection, selon les canons. Si saint Augustin, dans la suite, veut s'assurer de la promesse de son peuple, c'est pour une autre chose qui dépendoit des particuliers. Il demandoit qu on le laissât en paix vaquer uniquement à l'étude des livres sacrés, et que toutes les affaires allassent à Éradius.

Si après tant d'exemples, auxquels on en pourroit ajouter beaucoup d'autres, M. Jurieu demande encore pourquoi, le clergé ayant le droit de faire seul les élections, on y appeloit si soigneusement le peuple, saint Léon écrivant à Anastase, évêque de Thessalonique, lui répondra a qu'il ne faut pas ordonner un pasteur pour un peuple malgré lui et s'il ne l'a point demandé ; de peur que la ville ne méprise ou ne haïsse l'évêque qu'elle n'aura point désiré, et qu'elle ne se relâche dans la piété pour n'avoir pu obtenir celui qu'elle a voulu' : Cui non licuit hàbere quemvoluit. C'est donc manifestement l'édification publique , la consolation des peuples, et non pas leur droit rigoureux qui les a fait appeler pour assister aux élections. Il faut remarquer que saint Léon parle ainsi , immédiatement après avoir montré que le droit de l'élection de l'évêque, qu'il appelle le «souverain prêtre,» réside dans l'assemblée des évêques comprovinciaux, et que le consentement unanime du clergé et du peuple n'est qu'une demande : a lUe omnibus praepona- « tur quem cleri plebisque consensus concorditer postularit ; » et il ajoute que s'il y a un partage, le jugement du «x métropolitain doit le vider en faveur de celui qui sera le plus désiré et le plus digne. » Vous voyez donc toujours, d'un côté, le peuple qui est écouté, et qu'on tâche de satisfaire; de l'autre, l'ordre ecclésiastique qui décide. Ce témoignage du peuple, nécessaire selon les canons, est une circonstance que les électeurs doivent observer pour le bien des peuples, et non une partie es-

Page 1