‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 127 sur 139 · Epist. Lxvi. Sirm. op., t. II · texte numérisé non relu

Epist. Lxvi. Sirm. op., t. II

DU MINSiàrui DES PASTEURS. 4()|

ChAP. XVI. — CONCLUSION.

Les protestants ne peuvent donc avoir recours ni au droit naturel du peuple de disposer des clefs, ni à l'ordination qui leur est venue par les vaudois, ni à celle qu'ils ont reçue par les prêtres catholiques. C'est en vain que M. Claude dit : a Quand même il y auroit eu de l'irrér^ularité, cette irrégularité auroit été suffisamment réparée par la main d'association et par le consentement que tout le corps de la société a donné à leurs vocations '. » Il sent le foible de sa cause, et il ne peut s'abstenir de nous le laisser voir. Voilà une irrégularité qui le blesse et qu'il tâche de réparer. Comment le fait-il ? par la main d'association. Mais qui a jamais ouï dire que l'Écriture ou l'antiquité eussent enseigné aux chrétiens à suppléer ainsi l'ordination des pasteurs^ Oii est-elle, cette mam d'association? Saint Paul nous apprend 2 qu'elle lui fut donnée par plusieurs apôtres : mais ce n'étoit pas pour rectifier son apostolat et pour suppléer ce qui manquoit à sa mission, il la tenoit de Jésus-Christ seul : il y avoit déjà un grand nombre d'années qu'il 1 exerçoit sur les Eglises , et qu'il avoit demeuré avec saint Pierre quinze jours à Jérusalem. Cette main d'association ne regardoit donc pas la vocation et la validité du ministère de cet apôtre, elle n'étoit qu'un signe de concorde entre les apôtres sur les questions légales qu'ils avoient agitées, et sur la discipline uniforme qu'ils dévoient garder en prêchant l'Évangile aux Juifs et aux gentils. Quels rapports y a-t-il de ce fait avec celui des protestants qui croient réparer une irrégularité aussi essentielle que le défaut de mission divine, en tendant la mai» à ceux qui usurpent ainsi le ministère? Mais la trouvera-t-on ailleurs cette mam d'association qui est si puissante pour faire pasteurs «ans ordination csux qui ne le sont pas? ici l'Écriture les abandonne Trouveront-ils quelque asile dans l'antiquité? y a-t-il un seul auteur ancien qui nous prouve par quelque exemple, ou qui nous insinue par son propre sentiment, que cette main d'association vaut l'ordination que les apôtres ont pratiquée? Encore si cette main d'association étoit une action réelle, en sorte qu'on eût imposé les mains à ces ministres mal établis, il ne resteroit plus qu'à savoir si ceux qui leur auroient imposé les mams étoient eux-mêmes bien ordonnés. Par là nous retomberions encore dans toutes nos difficultés. Mais, de plus, cette main d association n est qu'une manière de parler, c'est-à-dire, pour parler sans figure, que sans aucune cérémonie religieuse ni imposition réeUe des mains les premiers pasteurs de la réforme furent reçus pour pas- : teurs par le troupeau même lorsqu'ils entrèrent en fonction; et que ceux d entre eux qui avoient l'ancienne ordination reconnurent les au^ très pour vrais ministres. Ainsi ces manières de parler , qui éblouissent

t .T^l f ' T. \ '^"^"'^ ^ ^'"' J"'*' ^^^^^^' signifient ce qui a été dif et ré uté tant de fois, savoir : que le peuple ayant le droit de disposer des clefs, son consentement sans ordination donne une parfaite mis-

:.' Réponse aux Préjugés, p. 372. — 2. Gai., n, 9.

FÉNfiLON. — m

sion aux usurpateurs du ministère. Dès lors îl n'y aura plus d'intrus ni de faux pasteurs à punir, pourvu qu'ils sachent séduire quelque partie d'un peuple grossier et inconstant, et se faire donner la main d'association. Sans doute nos frères auroient horreur d'un tel principe, si l'habitude ne les empêchoit d'en découvrir les pernicieuses conséquences.

Mais il faut qu'ils avouent qu'ils n'ont point parmi eux le ministère selon l'institution divine. J'ai montré que cette institution l'attache au sacrement de l'ordination , qui est l'imposition des mains des pasteurs. Leurs premiers ministres, comme nous l'avons vu, n'avoient point reçu cette ordination de la main des pasteurs qui avoient été ordonnés par d'autres: donc ils n'étoient point pasteurs. Ceux qu'ils ont ordonnés pour leur succéder n'ont pu avoir une mission et une ordination plus valide que la leur même : il n'y a donc point eu jusqu'ici de vrais ministres dans leur réforme. Q\ie peuvent-ils répondre? S'ils n'ontpoint reçu le ministère par la voie qui nous est donnée dans l'institution, comment ont-ils pu l'avoir? il ne leur reste à alléguer qu'une voie extraordinaire et miraculeuse qui est au-dessus des lois de l'institution. Mais quand on leur demande des miracles, ils se récrient que c'est une injustice, œ Si les miracles étoient nécessaires, dit du Moulin, ce seroit pour ceux qui n'ont nulle vocation ordinaire. » Nous avons prouvé qu'il ne l'avoient point, cette vocation ordinaire. Point de vocation sans l'imposition des mains des pasteurs; point d'imposition des mains ni des catholiques ni des vaudois. Il n'y a plus de ressource pour eux que par des miracles. Les prophètes en faisoient sans cesse. A leur seule parole , ils ouvroient et fermoient le ciel Ce n'étoit pourtant pas pour transporter le ministère de la synagogue et pour changer la foi de leur temps: il ne s'agissoit que de redresser les particuliers, et d'annoncer la colère prête à éclater. Les apôtres marchoient sur les traces de Jésus-Christ; il les avoit conduits par la main dans la moisson qu'il leur destinoit; il sembloit avoir assez fait de miracles pour les dispenser d'en faire; ses œuvres parloient pour eux; leur ministère étoit immédiatement fondé sur la puissance de celui qui les envoyoit avec tant de signes et de prodiges : cependant ils font eux-mêmes, selon sa prédiction, des miracles encore plus grands que les siens. Voilà quel a été le ministère extraordinaire des prophètes et des apôtres. C'est ainsi que Dieu autorise ceux qu'il conduit hors de la voie commune, et par lesquels il veut changer ce qui se trouve établi.

Que pouvons-nous donc croire de ces hommes qui viennent dans les derniers temps «entasser docteurs sur docteurs, » suivant la prédiction de saint Paul? Ils disent que l'Église est tombée et qu'il sont suscités pour la redresser. Ils veulent faire une seconde fois ce que les apôtres avoient fait la première. Ils entreprennent enfin bien plus que les prophètes : car les prophètes n'ont jamais ébranlé l'ancien ministère; et ceux-ci transportent le nouveau, dont l'ancien n'était que la figure.

Les croirons-nous sur leur parole, quand ils parlent contre la mère qui les a enfantés? Non, sans doute. Consultons l'Écriture, qu'ils nous

objectent sans cesse et qui ne leur doit pas être suspecte : nous avertit-elle que cet édifice « tom]?era en ruine et en désolation ; que son état sera interrompu; que toutes sortes de superstitions et d'idolâtries y auront vogue; que ses sacrements seront abâtardis, falsifiés et anéantis du tout?» «Montrez-nous, disoit saint Augustin parlant aux donatistes' montrez-nous par des textes clairs et formels cette affreuse ruine dé l'Église; » montrez-nous-Ia, disons-nous de même encore aux protestants. Ainsi saint Augustin a répondu par avance pour nous : et les protestants, comme les donatistes, accusent en vain l'Église d'une corruption que l'Écriture n'a jamais prédite.

La synagogue, qui n'étoit établie que pour un temps, et qui n'étoit que l'ombre de l'Église, tombe; et les prophètes, de siècle en siècle annoncent sa chute pour y préparer de loin le peuple de Dieu. L'Église' faite pour remplir tous les temps et pour être éternelle comme son époux, tomberoit sans que les prophètes ni de l'ancienne ni de la nouvelle alliance l'eussent jamais prévu, pour préparer les enfants de Dieu contre la séduction! Qui pourroit le penser?

Qu'on ne nous dise point que l'Apocalypse a prédit la chute de l'Église. Nous demandons aux protestants, comme saint Augustin aux donatistes, des passages clairs et formels; en un mot, une autorité qui ne souffre aucune équivoque. Les protestants, qui ne peuvent s'accorder entre eux sur le sens de l'Apocalypse, montrent assez combien elle est obscure. M. Jurieu lui-même avoue, au commencement de l'explication qu'il en a donnée, que tous ceux qui ont marché devant lui, jusqu'à Joseph Medde même, son célèbre guide, se sont égarés 'qu'il marchoit lui-même d'abord sans savoir où il alloit, et que ce' n'est qu'après de longs désirs et par une espèce d'inspiration qu'il a compris les mystères. Ainsi les protestants sincères qui liront son ouvrage doivept en conclure qu'il faut cesser de chercher dans l'Apocalypse cette claire prédiction de la chute de l'Église que nous demandons avec saint Augustin.

Il ne faut pas s'étonner si les protestants cherchent dans l'Apocalypse cette ruine, comme les donatistes la cherchoient dans le Cantique des Cantiques. C'est que quand on est pressé par la vérité, on cherche à éluder les endroits les plus clairs par les plus obscurs. Mais en vain cherchera-t-on cette chute dont Jésus-Christ a promis de nous garantir. L Ecriture ne peut se contredire elle-même. Une Église à laquelle le Sauveur a donné son . Esprit de vérité, afin qu'il y demeure éternellement^ ,, une Église « fondée sur la pierre', « que les vents ne peuvent ébranler; une Église contre laquelle a les conseils de l'enfer ne peuvent prévaloir; ■. une Rglise avec laquelle Jésus-Christ a baptisera et enseignera tous les jours jusqu'à la fin du siècle*; :. une Église à laquelle « Dieu donne des docteurs et des pasteurs pour la consommation du corps des élusS «jusqu'aujour où Jésus-Christ viendra juger le monde; une

i. De unit. Eccl., cap. xvii, n. 44, t. IX.

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«fflise mi'il faut que chaque fidèle puisse consulter à chaque moment' f^t^n doit sa'ns interruption « écouter les P^^^-^';/:^,^^;^^^ tant Jésus-Christ'-, ^ enfin dont on ne peut « mépriser " f s pasteurs ^Lns mépriser . celui qu'ils représentent, ne peut sans doute jamais tomW da'ns l'abtme de l'idolâtrie, ni se trouver avec un ministère î.n<iaTiti au'on ait besoin de ressusciter.

IcT^Jurieu, honteux des foibles réponses que tous les autres ministres nous ont faites avant lui, semble se déclarer pour nous contre eux et contre sa propre confession de foi, quoiqu'il ait juré de 1 enseï-

mêmes si pacittques n au grandes promesses pour l'unité

rnorrTpteTé de" a rdirns lïglise'ne consfstera-t-i. que dans une

jusqu'au mUieu de la dissension et dans un amas d erreurs ou Icn se

X^'i^itr^fon'dérsuTune liaison imaginaire entre tant de sectes ou?refusrn de s'unir et qui ne se donnent réciproquement que des rat^tïm^l otest^-elle cetl unité de foi. dans cet a-m a^e^^^^^^^^^^^ de sociétés dont chaque membre enseigne, comme ^^ P^'^ J^^^^^^^^^ de sa foi, ce qui est rejeté par tous les autres comme un blasphémer

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