‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 128 sur 139 · Matth., xvra, 17. — 2. Luc, x · texte numérisé non relu

Matth., xvra, 17. — 2. Luc, x

Qu'on n'espère plus éblouir les simples en disant que l'Église universelle conserve dans toutes les confédérations qui la composent les points fondamentaux. Il est facile à M. Jurieu de régler comme il lui plaira les points fondamentaux pour admettre et pour rejeter les sectet à son gré. Mais pour parler sérieusement, il faudroit marquer d'abord une règle précise et invariable qui fît discerner ces points qu'on regarde comme les fondements de la foi chrétienne. Jusque-là, que peut-on croire de cette unité de foi et d'Église, qui n'est appuyée que sur une distinction de points fondamentaux qu'on n'ose expliquer et qui est plus obscure que les questions mêmes qui divisent toutes les sectes? Cependant il faut que M. Jurieu avoue que l'épouse du Fils de Dieu, qui, selon saint Paul, est toujours a sans rides et sans tache', » est sslon lui, a la mère des impuretés et des abominations de la terre. » Elle 5uvre son sein à une infinité de sectes corrompues et adultères, elle les porte jusque dans ses entrailles; elle y reçoit l'impie arien, qui nie la divinité du Sauveur, et le papiste idolâtre, quoiqu'il soit plus excusable dans l'idolâtrie que le païen même. Enfin l'antechrist y est né, et s'y nourrit depuis tant de siècles. Faut-il qu'un chrétien soit capable de penser aiTjsi? Mais qu'il est beau de voir que c'est ainsi qu'on est contraint de penser dès qu'on abandonne la simplicité de l'ancienne foi !

En attendant que M. Jurieu, devenu doux et humble de cœur, rougisse d'avoir voulu couvrir de cet opprobre l'épouse bien-aimée du Fils de Dieu, profitons contre lui de ses égarements, ou plutôt souhaitons qu'il veuille en profiter lui-même, selon la réflexion que nous allons faire. S'il est vrai, comme il l'assure, que sa réforme en naissant a trouvé un corps de pasteurs répandus dans toute l'Église universeDe, qui enfantoient et qui nourrissoient les élus par leur ministère, pourquoi a-t-on osé dégrader ces anciens pasteurs et en établir de nouveaux? Le ministère, selon les protestants, « est sacré et inviolable. » Il faut un cas extrême, tel que celui où ils représentent les sacrements «« abâtardis, falsifiés et anéantis du tout, » pour pouvoir « susciter extraordinairement » de nouveaux ministres. Ce cas extrême n'étoit point arrivé dans le dernier siècle: je m'en rapporte à M. Jurieu même, qui suppose toujours un ministère conservé, les sacrements validement administrés, et la doctrine des points fondamentaux gardée dans l'enceinte de son Église universelle. Donc lentreprise qu'une petite troupe de laïques a faite hors de ce cas d'extrême nécessité pour transférer le ministère, sans observer même l'ordination qui est si autorisée par les apôtres, ne peut passer que pour une invasion sacrilège.

Que croirons-nous de cette réforme, qui prétend avoir le ministère institué par Jésus-Christ, sans avoir reçu dans son origine le sacrement de l'ordination, qui est le fond et l'essence même de l'institution du ministère? A Dieu ne plaise que nous souffrions jamais qu'on abandonne ainsi l'Écriture, pour fonder le sacré ministère sur les subtilités d'une vaine philosophie, qui allègue le droit naturel dans des choses toutes surnaturelles et de pure grâce!

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