‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 130 sur 139 · SUR L'AUTORITÉ DE UEGLISE · texte numérisé non relu

SUR L'AUTORITÉ DE UEGLISE

Lettre pbemière. — Il n'y a qu^une véritable Église : celui qui la cherche sincèrement doit prier beaucoup et se défier de ses pensées.

Il n'y a qu'une seule vraie religion, et qu'une seule Église épouse de Jésus-Ciirist : il n'en a voulu qu'une ; les hommes ne sont pas en droit d'en faire plusieurs. La religion n'est pas l'ouvrage du raisonnement des hommes ; c'est à eux à la recevoir telle qu'elle leur a été donnée d'en haut. Ud homme peut raisonner avec un autre homme; mais avec Dieu il n'y a qu'à prier, qu'à s'humilier, qu'à écouter, qu'à se taire, qu'à suivre aveuglément. Ce sacrifice de notre raison est le seul usage que nous puissions faire de notre raison même, qui est foible et bornée. Il faut que tout cède quand la raison suprême décide. Encore une fois, Jésus- Christ n'a voulu qu'une seule Église et qu'une seule religion : il n'y a donc plus qu'à comparer ensemble l'Église nouvelle avec l'ancienne, et celle qui livre l'homme à son orgueil, en le faisant juge, quoiqu'il soit visiblement incapable de juger, avec celle qui use de l'autorité qui lui est promise par son époux, pour fixer les esprits incertains, pour guider les ignorants, pour humiher les superbes, et pour les réunir tous.

Je viens au besoin de prier. C'est la prière qui finiroit toutes les disputes. Heureux les hommes que la vanité ne rend point jaloux de leur liberté, qui sont sincèrement neutres entre leur pensée et celle d'autrui, qui se défient de la leur, et qui sont souvent recueillis en silence devant Dieu, pour écouter l'esprit de grâce! Dès qu'on a au dedans de soi cet esprit humble et pacifique; on est bien avancé : on sent d'abord, sans controverse, que c'est dans le sein de l'Église catholique qu'on devient petit, et qu'on apprend à mourir à soi pour vivre dans la dépendance.

Lettre II. — Nécessité d'une autorité visible pour réunir et fixer toiw les esprits.

Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous fasse sentir combien les hommes les plus éclairés ont besoin d'humilier leur esprit sous une autorité visible. Les mystères nous sont proposés pour dompter notre raison et pour la sacrifier à la suprême raison de Dieu. La religion n'est qu'humilité; on n'est digne de la trouver, on ne la pratique même qu'autant qu'on s'abaisse intérieurement, qu'on reconnolt sa foiblesse, et qu'on croit sans comprendre. Quand on entre dans le détail des points contestés, on voit d'abord que nos frères séparés de nous ont voulu justifier leur séparation, en nous imputant des erreurs et des idolâtries dont nous sommes infiniment éloignés. Ce détail démontre

408 LETTRES SUR L'eGLISE.

l'injustice du schisme et la nécessité de se réunir. Mais, de plus, il faut toujours revenir au point principal; c'est celui d'une autorité visible qui parle et qui décide, pour soumettre, pour réunir et pour fixer tous les esprits dans une même explication des saintes Écritures : autrement ce livre divin, qui nous a été donné pour nous humilier, ne serviroit qu'à nourrir notre vaine curiosité, notre présomption, la jalousie de nos opinions et l'ardeur des disputes scandaleuses. Il n'y auroit qu'un seul texte des saintes Écritures ; mais il y auroit autant de manières de les expliquer, autant de religions que de têtes. Que diroit-on d'une république qui auroit des lois écrites, mais où tous les particuliers seroient libres de s'élever au-dessus des décisions des magistrats sur la police? Chacun, le livre des lois en main, voudroit corriger les jugements des magistrats, et on disputeroit au lieu d'obéir, et pendant la dispute, le livre des lois, loin de réunir et de soumettre les esjirits, seroit lui-même le jouet des vaines subtilités de tous les citoyens. Une teile république serait dans l'état le plus ridicule et le plus (iéplorable.

Mais comment peut-on croire que Jésus-Christ, ce divin législateur de l'Église, l'ait abandonnée à ce désordre, que le moins prudent de tous les hommes n'auroit pas manqué de prévoir et de prévenir ? Il faut donc une autorité qui vive, qui parle, qui décide, qui explique le texte sacré, et qui soumette tous ceux qui veulent l'expliquer à leur mode : quand on est présomptueux, on supporte impatiemment le joug de cette autorité; mais dès qu'on le secoue, on tombe dans la licence monstrueuse des opinions, dans la multitude honteuse des religions opposées, et enfin dans cette indifférence entre les sectes, qui dégénère en irréligion dans les nations du Nord.

Lettre III. — Nécessité d'écouter VÊglise : plus on travaille à se réformer soi-même, moins on veut réformer r Église.

On ne peut être plus touché, M...., que je le suis de la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous ne sauriez désavouer que Dieu frappe à la porte de votre cœur. Il vous fait sentir qu'il ne doit jamais y avoir qu'une seule Église, qu'elle a les promesses de son époux, qu'en vertu de ces promesses elle nous enseigne toute vérité nécessaire au salut, et qu'elle nous préserve de toute erreur qui nous excluroit du royaume céleste. Il n'y a plus qu'à écouter, qu'à suivre cette Église partout où elle sera, sans crainte de s'égarer. C'est en nous écoutant nous-mêmes par curiosité, par présomption, par goût de critique et d'indépendance, que nous tombons dans l'illusion. La séparation est contre l'ordre établi par Jésus-Christ. Voyez les sociétés séparées; elles se vantoient de se séparer pour réformer le culte et pour purifier la religion. Qu'ont-elles fait, après tant de disputes scandaleuses et de guerres sanglantes? Elles ont réduit presque tout le Nord à l'incertitude, à l'indiff'érence , et enfin à l'irréhgion. Les branches séparées se sèchent et tombent : la tige que Ton croypit morte reverdit ; elle porte des fruits abondants.

Si vous voulez une sérieuse réforme, ne la commencez point au dehors, comme les protestants, par une critique acre et hautaine; tournez-la contre vous-même; humiliez-vous profondément; détiez-vous de vos foibles lumières; travaillez à mourir à vos goûts naturels; n'écoutez point les délicatesses de votre amour-propre; rabaissez votre cœur noble, fier et élevé; ne comptez point sur votre courage. Voulez-vous trouver Dieu? rentrez souvent au dedans de vous en silence, pour l'y écouter : faites taire votre imagination, pour vous occuper de la présence de Dieu, pour lui demander l'accomplissement de vos devoirs et la correction de vos défauts. Oh! l'heureuse et solide réforme! plus vous vous réformerez ainsi, moins vous voudrez réformer l'Église. Si le véritable esprit de prière entre dans votre cœur et parvient à le posséder, vous trouverez le trésor enfoui dans la terre, vous goûterez la manne cachée : vous ne craindrez plus que de n'être pas pauvre avec votre époux; vous serez incapable de craindre jamais de manquer des vrais biens avec lui; vous sentirez sa toute-puissance, son amour infini sans cesse occupé de vos besoins. Si vous ne voulez pas m'en croire, essayez-le: vous le verrez. Ne manquez point à Dieu, il ne vous manquera jamais. Je prie le Maître d'agir et au dedans et au dehors, pour vous procurer tout dans les bornes du nécessaire. Vous ne serez jamais si riche que quand vous renoncerez aux richesses superflues pour votre salut. Vous ne serez jamais tant honoré que quand vous aurez fait ce sacrifice. Vous n'aurez que la gloire à craindre en cet état.

Lettre IV. — Exhortation à demeurer ferme parmi les combats à soutenir contre les anciens préjugés, et contre les affections de la nature : ces combats seront suivis du plus parfait repos.

Je ne m'étonne nullement de l'état violent où vous vous trouvez, a Le règne de Dieu, dit le Saint-Esprit *, souffre violence, v On ne renaît point sans douleur. Vous auriez tort, si vous ne sentiez pas une extrême peine à quitter tout ce qui vous étoit le plus cher, et à vous renoncer vous-même. On ne meurt point sans le sentir; mais celui qui vous afflige sera lui-même votre consolateur. La vérité vous délivrera: alors vous serez véritablement libre 2; vous goûterez la consolation de sacrifier à Dieu vos anciens préjugés.

Il est vrai que la religion catholique vous donnera, contre votre amour-propre, des leçons d'humilité dont vous aurez un peu à souffrir, parce que la religion où vous avez été nourri flattoit votre présomption naturelle, et vous rendoit juge de la parole de Dieu même. Mais vous sentirez la vérité de ces paroles de Jésus-Christ : « Apprenez de moi que 'e suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes '. » Vous trouverez un repos intérieur à vous rabaisser et à vous corriger, que vous n'avez jamais trouvé à vous croire et à vous enorgueillir. Le grand point est de vous accoutumer avoua

I. Matth., XI, 13. - 2. Jean, vni, 32, 36.-3. Matth., xi, 2».

recueillir, à chercher le royaume de Dieu qui est au dedans de vous % et à vous taire pour écouter l'esprit de grâce. Il vous montrera les défauts à corriger et les vertus à acquérir par le principe de l'amout de Dieu.

Lettre V. — Nécessité d'écouter l'Église : selon la promesse de Jésus- Christ même, la véritable Église ne peut jamais tomber dans l'erreur; tout quitter pour suivre Jésus-Christ.

J'entre de tout mon cœur, M...., dans toutes vos peines; elles doivent être très-grandes. Que ne voadrois-je point faire et souffrir pour vous les épargner ! Mais Dieu ne nous a mis en ce monde que pour y souffrir et pour y mériter le royaume du ciel par notre patience. Heureux ceux que le monde croit malheureux, et qui n'ont point de part à ses vaines joies! heureux ceux auxquels il est donné d'être attachés à la croix du Fils de Dieu ! Cette doctrine est insupportable à l'amourpropre; mais on ne peut en douter sans ébranler la foi chrétienne, et elle devient douce par l'onction de l'amour de Dieu. J'avoue qu'il est facile de parler des croix, et difficile de les porter avec un courage humble et désintéressé. Mais que puis-je faire, sinon de vous dire les vérités de l'Évangile, comme je voudrois qu'on me les dît dans une épreuve aussi violente que la vôtre? Voici les principales réflexions que je vous prie de faire.

I. Jésus-Christ parle ainsi : ce Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et comme un publicain'. » Remarquez qu'il ne dit pas : « Si quelqu'un n'écoute pas l'Église de son pays, ou celle d'entre les diverses Églises à laquelle il se trouve attaché par sa naissance et par ses préjugés. » Il ne suppose point plusieurs Églises, entre lesquelles chacuu soit libre de choisir à sa mode : il n'en suppose qu'une seule, qu'il veut être à jamais son unique épouse. Elle doit être tout ensemble unique, universelle et subsistante dans tous les siècles; elle doit parler à toutes les nations qui sont sous le ciel, et faire entendre sa voix d'un bout de l'univers à l'autre.

Ce n'est point une Église invisible et composée des seuls élus, que . chacun mette où il lui plaît, suivant les préjugés, et que personne ne puisse montrer au doigt : c'est la cité élevée sur le sommet de la mon- : tagne, que tous les peuples voient de loin; chacun sait le lieu où il I peut la trouver, la voir et la consulter : elle répond, elle décide, on I l'écoute, on la croit. Malheur à quiconque refuse de lui obéir! Il doit être retranché de la société des enfants de Dieu, comme un païen et \ comme un publicain.

I II. Un père terrestre, quoique très-imparfait, ne peut souffrir qu'au-

• cun de ses enfants divise sa famille , sous prétexte de la réformer selon

ses idées. Croyez-vous que notre Père céleste, qui aime tant l'union,

et qui veut que ce soit à cette marque qu'on reconnoisse ses enfants,

souîfre sans indignation que quelqu'un d'entre eux soit assez présomp-

l. Matth., xvni. 17. — 2. Luc, xvn, 24.

LETTRES SUR l'ÉGLISE. 411

tueux et assez dénaturé peur diviser sa famille, qu'il a voulu, par le mérite de son propre sang, consommer à jamais dans l'unité? L'époux ne veux qu'une seule épouse; il a horreur de la pluralité. Le schisme, qui fait plusieurs Églises malgré Jésus-Christ , qui n'en veut qu'une seule, est donc le plus grand de tous les crimes : c'est celui de Coré, de Dathan et d'Abiron , qui voulurent partager le sacré ministère. La terre doit engloutir et le feu du ciel consumer ceux qui déchirent l'épouse unique pour en faire plusieurs.

in. En vain nos frères séparés soutiendront que l'ancienne Église étoit tombée en ruine et en désolation par son idolâtrie, en sorte qu'il a fallu en former une autre à sa place. Si l'Église visible avoit pu être un seul jour trompeuse et idolâtre , Jésus-Christ se seroit bien gardé de dire absolument et sans restriction, pour toutes les nations et pour tous les siècles: a Si quelqu'un n'écoute pas l'Église.» Il auroit induit par là ses enfants en erreur. Il n'eût pas manqué de dire, tout au contraire : «ç Si quelqu'un écoute l'Église pendant les siècles d'erreur et d'idolâtrie où elle tombera, qu'il soit pour vous comme un païen et comme un publicain. y^ Cette défense expresse d'écouter l'Église devroit, selon le pLm de nos frères séparés, avoir été faite pour presque tous les siècles, puisque, de leur propre aveu, le monde a été pendant presque tous les siècles, depuis les apôtres jusqu'à la prétendue réforme des protestants, sans avoir aucune autre Église que celle qui enseignoit, qui administroit les sacrements, qui disoit la messe, qui honoroit les images et qui prioit les saints, comme nous le faisons. Loin de dire : « Gardez-vous bien d'écouter l'Église dans ces siècles d'aveuglement, » Jésus-Christ dit au contraire, pour tous les jours sansexception, jusqu'à celui où iî reviendra juger le monde : a Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. » Il assure ailleurs que cette Église, loin de tomber en idolâtrie, et de rendre par là le schisme nécessaire, a sera fondée sur la pierre, en sorte que les portes de l'enfer, » c'est-à-dire les conseils de l'erreur, a ne prévaudront point contre elle '. » C'est promettre précisément que ce que nos frères prétendent être arrivé n'arrivera jamais. Jésus-Christ dit encore, en quittant son Église naissante pour monter au ciel : « Allez, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle», d C'est au corps des pasteurs qu'il s'adresse, pour leur confier le ministère de l'instruction et de l'administration des sacrements. Il parle d'une Église visible, qui a un corps de pasteurs avec des peuples conduits par eux. Il s'agit d'une Église qu'on voit, qu'on entend, qu'on croit, qui enseigne, qui décide, qui baptise. IV. Enfin l'événement s'accorde parfaitement avec la promesse de Jésus-Christ. Il avoit promis que l'ivraie se mêleroit avec le bon grain dans le champ du souverain père de famille : c'est ce qui est arrivé. Il s'est glissé dans l'Église des relâchements et des abus dont elle gémit, et qu'elle travaille à réformer. Mais la réforme ne doit jamais se faire

Matth., XVI, 18. — 2. Ibid., xvui, 1», 20.

par la séparation. Au contraire, Notre-Seigneur crie : «c Laissez ces deux espèces de grain,» savoir, le pur froment et l'ivraie, « croître ensemble jusqu'à la moisson, » qui est la consommation des siècles, a de peur qu'en arrachant le mauvais grain, vous ne déraciniez aussi le bon'. 3> C'est avec cette patience, ce ménagement, ce zèle pour conserver l'unité, qu'il faut travailler de concert à une douce et pacifique réforme.

Pour la chute de l'Église dans l'idolâtrie, Jésus-Christ a répondu qu'elle n'arriveroit jamais; aussi n'est-elle jamais arrivée. L'Église n'a jamais adoré du pain; elle n'adore que le corps de Jésus-Christ, sur sa parole expresse, prise simplement à la lettre. Elle ne connoît aucun autre médiateur que Jésus-Christ : elle prie seulement nos frères du ciel, comme nos frères de la terre, de prier pour nous par notre commun et unique médiateur Jésus-Christ. Elle n'honore les images que comme de simples peintures, par rapport aux mystères qu'elles nous présentent. Il est donc clair comme le jour que nos frères séparés ont calomnié l'Égiise pour justifier leur séparation, en l'accusant d'impiété et d'idolâtrie. Si elle n'est ni idolâtre ni impie, le schisme qu'ils ont fait avec tant d'animosité et de scandale est le crime de Coré, de Dathan et d'Abiron : puisqu'ils refusent d'écouter l'Église, avec laquelle Jésus-Christ enseigne tous les jours, chacun d'eux doit être regardé comme un païen et comme un publicain.

V. ISe dites point que vous n'avez pas fait le schisme, que vous .»,«j trouvez fait; que vous êtes bien fâché que vos ancêtres l'aient fait, «t que vous ne sauriez le défaire. Ne le faites point pour votre personne: c'est tout ce que je vous demande au nom de Jésus-Christ. ISe ratifiez point, ne confirmez point, ne continuez point par votre choix \j> schisme si injuste et si contraire à la règle de Jésus-Christ.

VL Si vous voulez voir quelles sont les suites du schisme, jetez les yeux sur les Églises de nos frères qui se sont séparés de nous avec tant de hauteur et d'insulte, se vantant d'être les réformateurs du christianisme. Qu'ont-ils réformé? Pendant que l'Église romaine, malgré les foiblesses inséparables de l'humanité, a travaillé depuis plus d'un siècle à une sérieuse réforme du clergé et des peuples, les Églises protestantes, semblables à des branches arrachées de leur tige, n'ont fait que se dessécher visiblement. Qu'en reste-t-il dans tout le Nord, sinon une multitude monstrueuse de sectes opposées? Que voit-on de tous côtés? Une curiosité efi"rénée, une présomption que rien n'arrête, une incertitude qui ébranle tous les fondements du christianisme même, une tolérance qui tombe, sous prétexte de paix, dans l'indiff'érence de rebgion, et dans l'irréligion la plus incurable.

VIL Nous ne sommes point parfaits, je l'avoue, et je vous en avertis par avance; mais nous gémissons de ne l'être pas. Vous verrez parmi nous des scandales; mais nous les condamnons, et nous désirons de les corriger. Il y en a eu jusque dans la plus pure antiquité : faut-il s'étonner qu'il en paroisse encore dans ces derniers siècles? Mais, si

l. Matth., xra, 29, 30.

vous trouvez dans »otre très -nombreuse Eglise beaucoup de chrétiens qui n'en ont que le nom , et qui la déshonorent, vous y trouverez pour votre consolation des âmes recueillies, simples, mortes à elles-mêmes, qui sont détachées, non-seulement des vices grossiers, mais encore des plus subtiles imperfections, qui vivent de foi et d'oraisons, dont toute la conversation est déjà au ciel . qui usent du monde comme n'en usant point, et qui sont jalouses contre leur amour-propre, pour donner tout à l'amour de Dieu. Si vous ne voulez pas me croire, essayez-le avec confiance en Dieu. Venez, goûtez et voyez combien le Seigneur est doux!

VIII. J'avoue que vous avez un très-rigoureux sacrifice à faire; mais écoutez Jésus-Christ : a Celui, dit-il', qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. » Voudriez-vous vous rendre indigne de Jésus-Christ pour contenter votre famille? Voudriez-vous faire comme ce jeune homme qui, après avoir cru en Jésus-Christ et avoir été aimé de lui, l'abandonna, triste et découragé, parce que Jésus- Christ lui proposa de renoncer à ses richesses? La chair et le sang ne révèlent point ce sacrifice; il n'y a que la grâce qui puisse l'inspirer. Écoutez encore la vérité même : a Celui qui hait son âme, » c'està-dire sa vie, a pour ce monde, la sauve pour l'éternité^. » Voudriezvous pr férer une vie si courte, si fragile, si épineuse, au royaume de Dieu, qui est déjà si proche de vous? Les martyrs ont souffert la mort pour la vérité : refuserez- vous de souffrir pour elle les douces croix d'une vie frugale et retirée? Les tourments des martyrs n'étoient-ils pas plus terribles que les peines qui sont attachées à la vertu, et que l'espérance du ciel adoucit? Après tout, que sacrifierez-vous à Dieu? les délicatesses d'une vie molle, les vanités mondaines, les ragoûts de l'amour-propre, qui se tournent en peines et en remords. Abandonnezvous sans ressource à Dieu, et il ne vous abandonnera jamais. Cherchez par préférence son royaume, et les secours temporels vous viendront comme par surcroît. Souvenez-vous qu'un pain descendu du ciel a nourri pendant quarante ans au désert le peuple de Dieu. Les oiseaux du ciel ne sèment ni ne moissonnent; Dieu en a soin. Vous oubliera-t-il? «Quand même, dit Dieu ', une mère oublieroit son fils unique, le fruit de ses entrailles, pour moi, je ne vous oublierai jamais. « Vous avez des parents et desamis qui vous procureront un asile; vous n'aurez que la gloire à craindre dans un si courageux sacrifice. Enfin souvenez-vous que nous avons été « enrichis, » comme dit l'apôtre, a de la pauvreté de Jésus-Christ. » Oserai-je ajouter que, s'il m'étoit permis, je donnerais tout ce que j'ai, et qui n'est pas plus à moi qu'à vous, pour assurer en vous l'ouvrage de celui à qui tout appartient?

Je suis, M , avec un zèle et un respect à toute épreuve, votre, etc.

1, Matth., X, 37. — 2. Joan., xii, 25. - 3. Is., xux, 15.

Page 1