Tim., m, J5. — 2 Ephes.. v, 27. — 3. Matth. xvr
laer cet ordre si nécessaire, et servir de pierre fondamentale pour l'unité jusqu'à la fin des siècles.
VII. Je crois que quand on aperçoit des abus, des superstitions et des scandales dans cette Égl'^se, on doit se souvenir que cette Église naissante même n'étoit pas exempte de cet inconvénient; que les sectes qui ont prétendu établir la réforme souffrent tous les jours l'ignorance, les abus grossiers, les vices contagieux, et qu'elles tolèrent les erreurs les plus énormes sur la religion. Il faut, selon la parole de Jésus-Cbrist, laisser croître le mauvais grain avec le bon, de peur qu'on n'arrache le bon et le mauvais; il faut souffrir l'un pour conserver l'autre jusqu'à la moisson. Souvent une critique âpre et hautaine , un zèle amer, une prévention contre l'Église, nous grossit les objets. Il falloit demeurer en esprit de paix et de charité dans le sein de l'ancienne Église , pour lui aider à faire une réforme modérée. Quand on se sépare d'elle, on veut la combattre et non la réformer. La réforme la plus pressée est celle de corriger la présomption des réformateurs, qui veulent être les juges de l'Église et de l'Écriiare parleurs propres sens, pour corriger tout à leur mode. Pour moi, je ne veux me mêler que de la réforme de ma personne, pour m'humilier et pour me corriger de mes défauts. Je laisse à l'Église le soin de réformer les abus dont je ne suis pas responsable ; je comprends môme qu'elle ne peut le faire que peu à peu, et qu'elle est toujours à recommencer.
VIII. Je ne saurois craindre aucun reproche de Jésus-Christ au jour de son jugement pour avoir pris avec une religieuse simplicité, selon la tradition de l'Église, les paroles par lesquelles le Sauveur a institué l'eucharistie. Que Luther lasse dire à Jésus-Christ : « Ceci est du pain où mon corps se trouve caché ; » que Calvin lui lasse dire : a Ceci est la propre substance de mon corps, qu'on recevra, quoiqu'elle n'y soit point, et que ce ne soit que du pain; » que Zuingle lui fasse dire : « Ce n'est point mon corps, et ce n'en est que la figure; » pour moi, je ne veux rien faire dire à Jésus-Christ, et je me borne à croire que ceci, c'est-à-dire ce qui étoit du pain, n'est plus ce qu'il etoit, et que la parole toute-puissante du Fils de Dieu, qui fait ce qu'elle dit, a changé la substance de ce pain en celle du corps de Jésus-Christ rompu sur la croix, et de son sang répandu pour notre salut. Les dons de l'amoui de Dieu sont réels. Comme le Fils a pris par son incarnation une chair' réelle et non en figure, de même il nous a donné réellement et non en simple figure cette même chair dans l'eucharistie. La loi nouvelle réalise les dons qui n'étoient qu'en figure dans l'ancienne loi. C'est ainsi que l'eucharistie est plus précieuse et plus salutaire même que ce pain miraculeux qu'on nomme la manne.
IX. Luther peut donner une contorsion aux paroles de Jésus-Christ pour lui faire dire : a Ceci contiendra mon corps au seul moment où vous le mangerez; » pour moi, je ne veux point restreindre les paroles générales et absolues du Sauveur. Il a dit, sans restriction : a Ceci est mon corps; » qu'on le mange ou qu'on ne le mange point, sa parole demeure vraie à la lettre. Qu'y a-t-ilde plus odieux que d'attaquer l'ancienne Église, de lui faire un crime d'avoir pris religieusement et à
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la lettre les paroles de Jésus-Christ dans Tinstitution de ce sacrement?
X. L'Église naissante, qui accomplissoit les prophéties pour la gloire et pour le règne de Jésus-Christ, donnoit l'eucharistie aux petits enfants sous la seule espèce du vin ; elle la donnoit souvent aux absents pendant les persécutions, et aux mourants sous la seule espèce du pain. Faut-il s'en étonner? Les protestants qui n'admettent dans l'eucharistie que du pain figure du corps, et que du vin figure du sang de Jésus-Christ, peuvent souff"rir avec impatience qu'on ne leur laisse que Tune des deux figures, et qu'on les prive de l'autre; c'est retrancher la moitié des figures et du sacrement qu'elles composent. Mais cette sainte antiquité, qui avoit, comme les catholiques de nos jours, des idées de réalité sur ce mystère, ne craignoit point de donner indifféremment l'eucharistie sous les deux espèces ou sous l'une des deux seulement. Jésus-Christ «ressuscité d'entre les morts, ne meurt pluSj » dit l'Apôtre'; son corps immortel ne peut plus être séparé de son sang. La séparation des deux espèces n'est faite que pour représenter dans le sacrifice la séparation violente qui fut faite de cette chair et de ce sang pour nous sur la croix. D'ailleurs, nous savons que la chair, maintenant inséparable du sang, est avec lui sous l'espèce du pain, et que le sang, inséparable de la chair, est avec elle sous l'espèce du vin. Pouvons-nous craindre d'être privés de quelque fruit du sacrement , quand nous recevons sous une seule espèce Jésus-Christ tout entier, lui qui est l'unique source de toutes les grâces? Que craignons-nous, puisque nous imitons l'Église naissante, qui accomplissoit si glorieusement les promesses de son époux ?
XI. Je crois que l'oblation et la manducation de Jésus-Christ dans l'eucharistie est un vrai, propre et propitiatoire sacrifice. J'entends l'Apôtre qui dit: «Nous avons un autel, duquel n'ont pas le pouvoir de manger ceux qui servent encore au tabernacle judaïque*. t> Voilà un autel et une victime que l'on mange sous la loi nouvelle. Il est vrai que c'est précisément la même victime qui a été immolée sur la croix; il est vrai que c'est la même unique oblation par laquelle la victime se présente à jamais à son Père en notre faveur, soit qu'elle le fasse elle seule dans le sanctuaire céleste, soit qu'elle le fasse ici-bas par les mains des prêtres : mais l'eucharistie y ajoute la manducation réelle de la victime, ce qui est d'un prix infini en soi. C'est ce que l'Église a toujours nommé le sacrifice de l'autel.
XII. Jésus-Christ a donné à ses ministres la puissance de lier et de délier les pécheurs, en sorte que tous les péchés qu'ils remettront icibas seront remis au ciel, et que tous ceux qu'ils retiendront seront retenus '. Cette rémission n'est pas moins nécessaire pour les péchés secrets que pour les péchés publics : les premiers sont souvent encore plus énormes. Les ministres de Jésus-Christ peuvent-ils juger s'il faut les remettre ou les retenir, si le pécheur ne les déclare pas ou en public, ou du moins en secret? La confession secrète n'est donc qu'un
2. 1. Rom., VI, 9. :=:^Eebr., xm, 10 — S. Matth., xyjf; 1B; Joan. xs 23 FÉifELoif — m 21
adoucissement par rapport à la nécessité de soumettre les péchés au ]uffement des ministres de Jésus^Christ. De là vient que cette règle a toujours été conservée par l'Église avec tant de fruits : plus elle est numiliante, pius elle est salutaire. Eh! de quoi avons-nous besoin dans la pénitence, sinon de confondre notre orgueil, qui est la source de tous nos péchés ? Qu'y a-t-il de plus efficace que ce remède pour nous corriger? Peut-on croire que Jésus-Christ nous a laissés manquer d'un remède si nécessaire, et 'que les hommes l'ont suppléé par leur industrie ? Peut-on s'imaginer qu'une discipline si capable de révolter l'orgueil et d'irriter l'amour-propre ne soit qu'une invention humaine? XIII. Je n'ai aucune peine à' admettre avec l'Eglise sept sacrements. Je' comprends qu'un sacrement est un signe ou cérémonie institué par l'autorité divine , et à laquelle quelque grâce a été attachée. Pourquoi refuserois-je de croire sur une autorité si décisive, 1° que nous sommes purifiés du péché originel dans le baptême, et que d enfants corrompus du vieil homme, nous devenons les enfants de 1 homme nouvpau, cui est Jésus-Christ; 2° que nous sommes affermis en lui par la conCrmation, pour ne rougir point de son Evangile et pour porter patiemment la croix du nom chrétien; 3° que la rémission de nos péchés nous est donnée au nom de Jésus-Christ quSand lous les confessons en esprit de pénitence; 4° que Jésus-Christ dans l'eucharistie est le pain descendu du ciel pour donner la vie au monde'; 5° que ■'extrême-onction, comme saint Jacques l'enseigne*, efface les péchés et fortifie contre les tentations du dernier combat; 6° qu'ilya, comme <:a;nt Paul le dit à Timothée», une grâce attachée au ministère qui est confié aux pasteurs par l'imposition des mains; 7° que l'assistance et la bénédiction de l'Église répandent une grâce dans le mariage pour unir en Jésus-Christ les deux époux malgré les a tribulations de la chair, . et pour préparer une postérité chrétienne ?
XIV. Je vois, par l'histoire des Machabées, que la prière pour les morts était en usage solennel dans la synagogue , longtemps avant Jésus-Christ; je vois qu'elle a été continuée par l'Eglise chrétienne d^s ses commencements les plus purs. Cette prière ne peut pas être faite en vain ni d'une façon aveugle. L'Eglise, en demandant le soulagement des fidèles, suppose visiblement qu'ils sont dans quelque peine dont ils peuvent être soulagés par son intercession. C'est, dit saint Augustin < qu'il y a des chrétiens qui n'ont pas vécu assez mal pour être exclis du rovaume du ciel, ni assez bien pour y entrer d'abord, parce que cr rien n'y entre avec la moindre tache ^ : » ils ont besoin d'expier certains péchés qui ne vont point a à la mort. y> Ce pénible retardement de leur bonheur est un purgatoire où ils passent a comme par le feu« t. L'Église a toujours cru que ses prières pouvoient contribuer à leur soulagement et à l'avancement de leur repos. Peut-on refuser .* à l'épouse du FUs de Dieu de s'unir à elle dans une si pieuse de- '^ mande?