‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 80 sur 139 · I)ê grat. »* Ub. ar:j., cap. iv, n. 9, t. X · texte numérisé non relu

I)ê grat. »* Ub. ar:j., cap. iv, n. 9, t. X

dans le cœur dun homme, et la perfection qui doit se développer dans ce même homme pour le sanctifier. Il y a une grande disproportion entre l'arbrisseau qu'on plante et l'ombre qu'on en veut tirer un jour contre les ravons du soleil. Le germe qui prépare un petit enfant est infiniment éloigné de l'homme parfait qui en résultera dans la suite. « Sed hoc quoque accipiet, si hoc quod accepit bene usa fuent. »

Il ne faut point demander par quel chemin un homme peut passer de ses premières dispositions pour la foi , qui sont si imperceptibles et si éloignées, jusqu'à la foi la plus vive, la plus épurée et la plus parfaite : il ne faut pas même demander en détail en quoi consistent ces dispositions que Dieu met de loin en nous, sans nous les faire remarquer Ne vous embarrasseroit-on pas si on vouloit vous faire chercher après coup au fond de votre cœur et anatomiser toutes les premières pensées et les dispositions les plus reculées de votre esprit, qui vous ont mené insensiblement à certains principes d'honneur, aux maximes de sagesse et aux sentiments de piété dont vous étiez peut-être si loin dans votre jeunesse? Pourriez-vous retrouver maintenant tous les chemins détournés et insensibles par lesquels vous êtes enfin parvenu à ce but-? Vous n'y avez pas pris garde dans ce temps : comment pourriezvous, après tant d'années , rappeler tout ce qui vous échappoit dans l'occasion même?

Tout homme qui a négligé et compté pour rien toutes les bonnes dispositions que Dieu mettoit au dedans de lui est encore bien plus éloigné de les pouvoir rappeler distinctement. Tout son soin a été de les laisser tomber, de les ignorer, de les oublier, de fermer les yeux, de peur de les voir; comment voulez-vous qu'il les rassemble pour les tourner contre lui-même" Il n'y a que Dieu seul qui puKse les remettre dans leur ordre, à son jugement, pour convaincre chaque homme, par elles, de tout ce qu'il a pu et n'a pas voulu connoitre pour son salut. On peut encore moins expliquer par quel détail une venté connue eût mené chaque homme à une autre vérité plus avancée. Il n y a que celui qui avoit fait cet ordre et cet enchaînement de grâces qui puisse expliquer son plan avec les liaisons secrètes de toutes ses parties Nul homme ne sait jamais à quoi un premier pas le mèneroit de proche en proche, ni ce qu'une disposition suivie opéreroit pour d'autres dispositions éloignées et inconnues. Nous sommes un fond impénétrable à nous-mêmes : cet enchaînement est si impossible à démêler dans notre cœur pour toutes les choses les plus naturelles et les plus ^familières de la vie, qu'il n'est nullement permis de vouloir qu on le détaïue pour les opérations les plus intimes et les plus mystérieuses de la grâce. Le moins qu'on puisse donner au Maître suprême des cœurs, est de supposer qu'il a des moyens d'insinuation, de préparation, de persuasion, que l'esprit humain ne peut ni pénétrer ni suivre pour en embrasser toute l'étendue : il suffit de connoître Dieu infiniment sage, infiniment bon, infiniment propre à manier nos volontés, pour conclure, sans en concevoir toutes les circonstances, quil convaincra chacun de nous de lui avoir donné des moyens proportionnes pour arriver de proche en proche à la vérité et au salut. Nous devons san:*

doute à Dieu de croire en gros cette vérité si digne de lui, sans la pouvoir expliquer en détail.

IV. On ne manquera pas de dire que les inspirations intérieures ne suffisent pas pour croire en Jésus-Christ; que la foi vient par l'ouïeet qu'on ne peut pas ouïr à moins que les évangélistes ne soient en' voyés'.

Mais je soutiens que si les dispositions intérieures répondoient aux grâces reçues, Dieu achèveroit au dehors, par sa providence, ce qu'il a commencé au dedans par l'attrait de sa grâce. Dieu feroit sans doute des miracles de providence pour éclairer un homme, et pour le mener comme par la main à l'Évangile, plutôt que de le priver d'une lumière dont ses dispositions le rendroient digne. Un homme qui aimeroit déjà Dieu plus que soi-même, et qui s'oublieroit pour ne chercher que la vérité, auroit déjà trouvé dans son cœur la vérité même. La grâce de Jésus-Christ opéreroit déjà en lui comme elle opéroit dans les justes de l'ancienne loi, ou dans les descendants de Noé, ou dans Job et dans les autres adorateurs du vrai Dieu. En ce cas, ce seroit Jésus-Christ opérant par sa grâce médicinale dans le cœur de cet homme, qui le conduiroit à Jésus-Christ même extérieurement, pour croire en lui et pour l'adorer. Cet homme se trouvant dans les dispositions du centenier Corneille, Dieu lui enverroit le même secours. Saint Augustin assure que Corneille avait déjà reçu le Saint-Esprit avant d'être baptisé. Il fut néanmoins assujetti à apprendre de saint Pierre ce qu'il devoit espérer, croire et aimer pour être sauvé. C'est suivant ces principes que saint Augustin dit que Dieu n'abandonne et ne laisse endurcir que ceux qui l'ont mérité, qu'il ne prive personne du bien suprême : « Neminem quippe a fraudât divina justitia, sed multa donat non merentibus gratia^ » C'est dans cet esprit que le saint docteur dit des gentils : « Non eos « dixerit veritatisignaros, sed quod veritatem in iniquitate detinuerint.... a Quoniam rêvera, sicut magna ingénia queerere perstiterunt, sicinve- « nire potuerunt.... Percreaturam Creatorem cognoscere potuerunt^. » Ce Père ajoute que les gentils qui ont la loi écrite dans leurs cœurs, comme parle l'Apôtre, appartiennent à l'Évangile; il assure même que ces mfidèles qui meurent dans l'impiété ont une grâce intérieure pour parvenir à la foi, et qu'ils l'ont rejetée : a Seipsos fraudant magno et a summo bono, malisque pœnalibus implicant, experturi in suppiiciis a potestatem ejus, cujus in donis misericordiam contempserunt ^ » Il va jusqu'à parler ainsi : « lUe igitur reus erit ad damnationem sub potes- « tate ejus, qui contempserit ad credendum misericordiam ejus^ » Vous voyez que l'incrédule n'est coupable qu^à cause qu'il a reçu sans fruit une miséricorde réelle, ou grâce pour croire. De là vient 'que ce Père revient toujours à inculquer cette vérité fondamentale : a Quum vero a ubique sit praesens, qui multis modis percreaturam sibi Domino ser- « vientem, aversum vocet, doceat credentem :... non tibi deputatur ad « culpam, quod invitus ignoras; sed quod negiigis qucerere quod igno-

«- B(ym.,ï, 14. 15. — 2. Op. imp. cont. Jul., lib. I, n. 38, t. X.

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