Ouaesl. disp. de Veritate, qoaest. xiv, art. xi, ad. l
manque point. Jésus-Christ est venu apporter sur la terre le feu de son amour ; et que veut-il , sinon qu'il brûle ' ? Craindrons-nous que l'amour n'aime point? Est-il permis de croire que le bien infini et infiniment communicatif se refuse à ceux qui ne s'en rendent pas indignes? Saint Augustin ne dit-il pas, au contraire, que Dieu fait tout pour nous sauver, excepté de nous ôter le libre arbitre ? a Vult autem Deus omnes -i homines salvos fieri , et in agnitionem veritatis venire, non sictamen t*ut eis adimat liberum arbitrium, quod vel bene Tel maie utentes jusittissimejudicentur. Quod quum fit, infidèles, etc. ^ » C'est nommément pwir tous les infidèles qu'il décide ainsi. Qui accuserons-nous donc? eu Dieu, qu'on ne peut, sans égarement, cesser de croire infiniment bon, compatissant, libéral, prévenant et plein de tendresse pour ses enfants; ou les hommes qui sont, de leur propre aveu, vains, indociles, présomptueux, ingrats, follement idolâtres d'eux-mêmes et ennemis du joug de la Divinité? Ne blasphémons point contre Dieu, pour excuser notre indignité qui ne peut être déguisée : ne cherchons que dans notre orgueil et notre mollesse la source de nos égarements. Dieu veut que nous le préférions à nous, que nous ne nous aimions que pour l'amour de lui et de son amour. Cette parole foudroyante consterne l'amour-propre et le pousse jusqu'au désespoir : «Si quis vult post me a venire, abneget semeptisum^. » Il n'en faut pas davantage pour aigrir, pour irriter le genre humain, pour le rendre ennemi de Dieu et pour lui rendre Dieu même insupportable. « Dixisti : Non serviam*. » On veut être son propre dieu; on n'en admet aucun autre. On sent bien que le Dieu jaloux ne peut être admis sans déposséder l'homme de lui-même. Il faut mourir à soi pour vivre à Dieu. Il faut se perdre pour se retrouver. Il faut renverser et briser l'idole du mot. Il faut mettre Dieu dans la place suprême qu'on occupoit follement, et se rabaisser jusqu'à la place où l'on n'avoit point de honte de mettre Dieu. Au lieu qu'on ne vouloit Dieu que pour soi, marchandant avec lui pour voir si on le croiroit et si on se résoudroit à le servir , il faut au contraire ne s'aimer plus que pour Dieu, ne voulant plus de paix ni de bonheur qu'en lui et pour sa gloire. C'est ce sacrifice de tout l'homme qui fait frémir et qui révolte un cœur idolâtre de soi. Jésus-Christ a exterminé l'idolâtrie extérieure ; mais l'intérieure repousse encore de tous côtés t nonseulement on ne cherche point avec 'piété et application, mais encore on ne craint rien tant que de trouver ce qu'on ne veut pas voir. On invente les plus extravagantes subtilités, de peur de voir un Dieu infiniment aimable, qui ne nous off"re un médiateur que pour nous ramener à son amour. On dit avec les épicuriens que les atomes, par un 3oncours fortuit, ont fait un ouvrage où l'art le plus merveilleux éclate, et que ces atomes ont décliné, je ne sais comme Dt, tout exprès, pour faire ce qu'ils n'aurûient jamais pu produire par un mouvement simple et droit. On va jusqu'à dire, avec Spinosa, qu'un être infiniment par-