‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 83 sur 139 · Luc, xu · texte numérisé non relu

Luc, xu

2, De spir. et litt., cap. xxxju, n. 58, t. X. — 3. Matth., xvi, 'i*. 4. ^erem., n, 20.

fait et un en soi, qui est véritablement infini, est modifié par des bornes qui sont des imperfections ; et qu'un homme qui se trompe, qui ment, qui est un scélérat, n'est qu'une seule et même chose avec un autre homme sage, éclairé, vertueux, qui connolt et dit la pure vérité; en un mot, on tombe sans pudeur dans les plus insensées contradictions, plutôt que d'avouer qu'il y a un créateur à qui nous devons tout l'amour que nous avons follement pour nous-mêmes. Il ne s'agit point de notre esprit ; ce n'est point lui qui rend les hommes incrédules. L'esprit, s'il étoit sans passion, sans orgueil, sans mauvaise volonté, iroit simplement à reconnoître que nous ne nous sommes pas faits et que nous devons le moi qui nous est si cher à celui qui nous l'a donné : mais il faudroit sortir des bornes étroites de ce moi pour entrer dans l'infini de Dieu, où nous ne nous aimerions plus qu'en notre rang pour l'amour de lui. C'est le désespoir de l'amour-propre ; c'est ce qui révolte les démons et les hommes; c'est la rage de l'enfer, dont on voit le commencement sur la terre : ainsi, c'est leur mauvaise volonté qui fait inventer aux hommes tant de subtilités odieuses pour se faire illusion et pour se dérober la vue deDieu.ocVidete, fratres, » dit saint Paul, a ne forte sit aliquo vesa trum cor malum incredulitatis, discedendo a Deo vivo '.x> Il dit ailleurs : a Qui corrumpitur secundum desideria erroris '. t> Rendez l'homme simple, docile, humble, détaché de lui-même, prêt à porter le joug et à se corriger; tous les doutes disparoîtront, la lumière de Dieu sera éclatante, !a raison sera aidée par la grâce; mais, dans l'état présent, la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne la comprennent pas : Dieu vient dans sa propre famille, et les siens ne le reçoivent pas : l'homme ose être jaloux de Dieu, comme Dieu se doit à lui-même d'être jaloux de l'homme. L'homme ne veut raisonner sur Dieu que pour se faire juge de la Divinité, que pour tirer une vaine gloire de cette recherche curieuse, que pour s'élever au-dessus de ce qui doit le rabaisser. a Quomodo». disoit Jésus-Christ aux Juifs-, « vos potestis credere, qui a gloriam ab invicem accipitis, et gloriam quae a solo Deo est non quaetf ritis? }> Laissons les vices grossiers; l'orgueil suffit pour causer l'impiété la plus dangereuse. Ajoutons à toutes ces réflexions la véritable idée de la religion chrétienne. En quoi consiste cette rehgion? elle n'est que l'amour de Dieu, et l'amour de Dieu est précisément cette religion. Dieu ne veut point d'autre culte intérieur que son amour suprême, a Nec colitur ille nisi amando, t> dit sans cesse saint Augustin*. Dieu n'a aucun besoin de nos biens. Il compte pour rien les temples visibles, lui qui remplit l'univers, ou, pour mieux dire, dans l'immensité duquel l'univers n'est qu'un point. Il ne veut ni la graisse ni le sang des victimes, ni l'encens des hommes profanes; il veut non ce qui est à nous, mais nos cœurs; il veut que nous le préférions à nous. C'est ce sacrifice qui coûte le plus cher à l'homme et dont Dieu est jaloux : ! a Melior est autem,» dit saint Augustin*, oc quumobhviscitursuipraecha- \ « ritate incommutabilis Dei, vel seipsum penitus in illius comparatione

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