‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 84 sur 139 · De lib. arb., lib. m, cap. xxv, n. 76, t. I · texte numérisé non relu

De lib. arb., lib. m, cap. xxv, n. 76, t. I

a. contemnit. » Voilà le véritable culte, que les païens n'ont jamais connu, et que les Juifs mêmes n'ont connu que très-confusément, quoique le fondement en fût posé dans leur loi.

Saint Augustin parle ainsi : ce Teipsum non propter te debes diligere, « sed propter illum ubi dilectionis tuae rectissimus finis est.... Totam oc dilectionem sui et illius (proximi) refert in illam dilectionem Dei, « quae nullum a se rivulum duci extra patitur, cujus derivatione mioc nuatur '. Omnis homo, in quantum homo est, diligendus est propter oc Deum, Deus vero propter seipsum. Et si Deus omni homine amplius <c diligendus est , amplius quisque débet Deum diligere quam seipsum ^ »

Ce Père dit encore ces mots : « Quidquid praecipitur est charitas ^. » Il dit encore ainsi la même vérité : a Non autem prsecipit Scriptura a nisi cbaritatem, nec culpat nisi cupiditatem ; et eo modo informat <£ mores hominum *. » On entend, selon ce Père, tout le sens des Écritures dès qu'on sait aimer : « lUe tenet et quod patet et quod latet in « divinis sermonibus, qui cbaritatem tenet in moribus ^ » En effet, ce commandement de l'amour est ce grand commandement qui comprend tous les autres. Il contient lui seul la loi et les propbètes. C'est l'onction qui enseigne tout. Aussi saint Augustin dit-il ces mots : a Quisquis igitur Scripturas divinas, vel quamlibet earum partem,in- « tellexisse sibi videtur, ita ut in eo intellectu non aedificet istam ge- « minam cbaritatem Dei et proximi, nondum intellexit ^ » Il remarque que l'amour tenoit lieu d'Ecriture aux solitaires dans les déserts ; a Multi per haec tria, etiam in solitudine, sine codicibus vivunt. » Mais voulez-vous savoir comment cette science de l'amour s'apprend? On n'y pénètre point par des raisonnements subtils; c'est en mourant à l'amour-propre. Les savants, vivant en eux-mêmes, l'ignorent grossièrement : oc In tantum vident, in quantum moriuntur huic saeculo; in a quantum autem buic vivunt, non vident*. » Les savants raisonnent, et ne meurent point à eux-mêmes; il faudroit, au contraire, mourir à soi sans raisonner, pour voir le tout de Dieu et le rien de toute créature. Si les hommes mouroient à eux pour vivre à Dieu, les cieux, pour ainsi dire, leur seroient aussitôt ouverts, les vallées se combleroient, les montagnes seroient aplanies, et toute chair verroit le salut de Dieu.

La religion judaïque n'étoit que le commencement imparfait de cette adoration en esprit et en vérité, qui est l'unique culte digne de Dieu. Retranchez de la religion judaïque les bénédictions temporelles, les figures mystérieuses, les cérémonies accordées pour préserver le peuple du culte idolâtre, enfin les polices légales, il ne reste que l'amour; ensuite développez et perfectionnez cet amour; voilà le christianisme, dont 1p judaïsme n'étoit que le germe et la préparation.

Tout homme qui ne sera point indisposé par i'amour-propre, et qui

1. De doct. christ., lib. I, cap. xxn, n. 21, t. III, part. i.

2. Ibid., cap. xxvn, n. 28. — 3. Enchirid. ad Laurent., cap. cxxi, n. 32. 4. De doct. christ., lib. III, cap. x, n. 15. — 5. Serm. cccl, n. 3, t. V.

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