Imtit., liv. IV, ch. xa
3i6 DU MINISTERE DES PASTEURS.
ils se retranchent à soutenir que le ministère appartient au peuple fidèle. Chaque société, disent-ils, a naturellement le droit de pourvoir à ses besoins, et de choisir elle-même ses conducteurs. L'Église est dans son droit naturel, Jésus-Christ ne l'en a dépouillée par aucune loi. A'nsi les peuples, étant mal conduits par des pasteurs qui enseignoien» l'idolâtrie, ont eu droit de faire d'autres pasteurs qui leur prêchassent la pureté de l'Évangile.
Il est donc manifeste, de leur aveu, que c'est ici comme le centre et le nœud de toutes les controverses. Voici un point qui suffit pour décider sur les deux Églises. Si le ministère appartient au peuple fidèle, en sorte qu'il ait un plein droit de dégrader les anciens pasteurs et d'en mettre d'autres en leur place, les protestants pourront dire qiie les auteurs de leur réforme n'ont fait qu'user de leur droit; mais si le ministère est successif, selon l'institution de Jésus-Christ, en sorte que le corps des pasteurs ait à jamais, par cette institution, une puissance sur le peuple indépendante du peuple même; s'il est vrai que nul ne puisse jamais être pasteur sans avoir été ordonné par ceux qui ont l'ordination successive, en remontant jusqu'aux apôtres; il faudra avouer qu'indépendamment du détail de la doctrine, la réforme n'est tout entière elle-même qu'une usurpation du ministère, et une révolte des peuples contre les pasteurs.
Pourquoi donc aff"ecter de mépriser cette question fondamentale? pourquoi répondre par un air dédaigneux à des raisons précises? On ne cache jamais bien sa foiblesse par la hauteur. Est-ce donc une question indifférente, et indigne des docteurs protestants, que de savoir la forme que Jésus-Christ a donnée à son Église? S'il a donné la disposition du ministère au peuple, il n'en faut pas davantage à la prétendue réforme; elle est victorieuse pour la principale question, et l'Église catholique ne doit plus alléguer son autorité. Mais si, au contraire, Jésus-Christ a rendu le ministère essentiellement successif et indépendant du peuple, c'en est fait de cette réforme; l'édifice est en ruine de toutes parts. « Vous voulez toujours, me répondra quelque protestant, nous attirer dans cette question, pour éluder l'examen de la doctrine que nous faisons par l'Écriture. » Ehl ne savent-ils pas en leur conscience que chaque jour nous allons au-devant d'eux pour examiner, l'Écriture en main, tout le détail des controverses? C'est nous qui les cherchons : ils refusent de nous écouter. Diront-ils encore que nous craignons l'éclaircissement? Mais au moins mettons cet article du ministère avec les autres : il n'est pas moins important. Qui est-ce qui fuit le jugement de l'Écriture, ou ceux qui n'ont pour eux qu'un raisonnement de philosophie sur une prétention de droit naturel pour toute société humaine , ou ceux qui offrent de montrer par l'Écriture l'institution formelle de Jésus-Christ ? On nous accuse d'aimer mieux traiter cette question que les autres. Mais outre qu'on a encore plus écrit parmi nous sur les autres que sur celle-là, d'où vient que les protestants se sentent si fatigués de cette question? Nous invitons avec empressement nos frères à examiner une question qui suffit seule { our décider sur les deux Églises, et qui par conséquent abrège des dise us-
sions infinies pour ceux qui ne peuvent passer leur vie dans l'étude. Cette méthode est naturelle. Voilà l'effet d'une sincère charité. Bien loin de fuir, c'est aller au but par le chemin le plus court et le plus praticable. C'est ainsi qu'il faut soulager les esprits, et chercner des moyens, pour éclaircir la vérité, qui soient proportionnés à tous les simples. Mais nos frères eux-mêmes, d'où vient qu'ils craignent et supportent impatiemment cette question si courte et si décisive? Appréhendent-ils de trouver que Dieu, par une seule question claire et sensible, répande sur toutes les autres une lumière qui ouvre trop tôt leurs yeux? appréhendent-ils de voir si clair dans cette question, qu'il sera nécessaire de croire sans voir, et de se soumettre humblement sur toutes les autres? Qu'ils sachent que la crainte de reconnoître qu'on s'est trompé est la plus incurable et la plus funes e de toutes les erreurs.
Chàp. II. -- Le ministère des pasteurs n'est en rien dépendant du droit naturel des peuples.
Il faut faire justice aux auteurs protestants. Quoiqu'ils prétendent que le ministère soit à la dispoation du peuple fidèle, ils ne veulent pourtant pas qu'il soit une simple commission humaine, que le peuple donne. Ils conviennent que le ministère est divin, et que c'est la volonté de Dieu qui le communique. Ainsi, au lieu que nous soutenons que la mission divine est attachée à l'imposition des mains des pasteurs, ils prétendent qu'elle est attachée à l'élection populaire. C'est ce que M. Claude a développé nettement en répondant aux Préjugés, ce Dieu a mis sa volonté, dit-il sur ce sujet, en dépôt entre les mains des hommes; et cela même qu'il a institué le ministère ordinaire dans l'Église contient une promesse d'autoriser les vocations légitimes qu'on feroit des personnes à cette charge. Nous sommes d'accord sur ce point. Il ne s'agit que de savoir qui est le dépositaire de cette volonté, ou les seuls pasteurs, ou tout le corps de l'Eglise. Ceux de la communion romaine prétendent le premier, et nous prétendons le second '. »
Il est certain qu'on ne peut bien proposer l'état de la question qu'en l'expliquant ainsi. Mais cette explication suffit pour renverser tout ce que ce ministre a dit sur le droit naturel des peuples. Le ministère est une commission divine: les ministres de Jésus-Christ sont ses envoyés. Il faut que chacun d'eux puisse dire personnellement : « C'est Jésus-Christ qui m'envoie; c'est Jésus-Christ qui me fait parler. » Si les protestants soutiennent que Jésus-Christ confie son ministère à ceux que le peuple choisit, c'est à eux à montrer qu'il l'a voulu et qu'il l'a promis. Où est donc cette promesse, dont parle M. Claude, pour les pasteurs qui n'ont jamais eu l'imposition des mains? 11 n'est plus question d'un droit naturel pour lequel le peuple n'ait pas besoin d'un titre formel et positif; il est question d'une promesse du Sauveur. Sans doute, si le ministère n'est pas une simple commission du peuple et