Luc, X. 16.—- 2. Matth., xvui, 17. — 3. / Tlm., vi
pour lui, tout dépend d'une promesse et d'une assistance de Dieu purement gratuite; il n'y a que sa parole expresse qui puisse nous découvrir quels sont ses conseils. D'où pourra donc venir à ce peuple, que Jésus-Christ a formé et qu'il s'est acquis, le droit qu'une pure imagination lui attribue, de se créer par lui-même ses conducteurs? Une concession si gratuite peut-eile être supposée sans ombre de preuve? Le silence de Jésus-Christ vaudra-t-il un titre formel? Oserat-on dire qu'il n'a rien réglé à cet égard? Mais en matière de choses divines, où l'homme n'a rien et ne peut rien de lui-même, le silence est un défaut de titre, qui exclut l'homme et qui lui interdit toute action. Jésus-Christ, quoique roi invisible, comme parle saint Paul >, n'en est pas moins roi immortel. Il veille bien plus que tous les rois de la terre sur les besoins de son royaume. Le besoin où il met les peuples d'avoir des pasteurs, et l'obligation qu'il leur impose de les suivre, ne prouvent pas qu'ils pussent se faire eux-mêmes des pasteurs, quand ils manqueroient; mais seulement C[ne Jésus-Christ ne les laissera jamais dans ce besoin, selon la comparaison que nous avons faite d'un prince qui soumet les peuples aux magistrats, sans leur donner un pouvoir formel de les établir eux-mêmes. Quoique la police civile ne soit que l'ouvrage des peuples, et qu'elle n'ait pour fondement que leur liberté même, vous voyez qu'ils n'ont plus le droit d'en disposer dès qu'ils sont dans la dépendance d'une puissance supérieure, qui est celle du prince : à combien plus forte raison le peuple est-il incapable de disposer du ministère de vie et de grâce, qui est le don d'en haut! Il ne peut que suivre à la lettre, et comme pas à pas, l'institution purement gratuite de Jésus-Christ, et s'arrêter dès qu'elle s'arrête. Quelle est donc cette idée profane, suivant laquelle on représente l'Église comme une société politique, qui use naturellement de ses droits dans toutes les choses où les lois positives ne l'ont pas restreinte? Ses lois, qu'elle a reçues de Jésus-Christ, ne sont pas comme les lois civiles, qui viennent borner après coup la liberté naturelle des citoyens : ce sont des lois qui sont nos seuls titres; des lois sans lesquelles nous n'avons ni liberté ni ombre de droit dans le royaume de Jésus-Christ ; des lois qui n'ont pas trouvé l'Église déjà formée et déjà libre, mais qui ont formé l'Église même, et de qui elle tient tout ce qu'elle a de liberté et de vie dans cet ordre surnaturel. Comment donc ose-t-on parler de liberté et de droit naturel, sans aucun titre évangélique, dans un royaume où tout est grâce et miséricorde?
Si nous considérons l'Église comme le corps mystique de Jésus- Christ, elle doit toujours conserver en elle l'image du corps naturel du Sauveur, qu'elle représente. Il faut que chaque membre, sans révolte ni confusion, conserve sa propriété et sa subordination naturelle; que le pied n'entreprenne point de faire de nouveaux yeux, ni que la main ne s'érige jamais en tête, c'est-à-dire que le troupeau n'entreprenne point de s'élever au-dessus des pasteurs et d'en établir de nouveaux par lui-même. La simple représentation mystique suffit pour rendre
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cet ordre nécessaire et immuable. Car qu'est-ce qui défigureroit davantage le corps mystique et représentatif de Jésus-Christ, qu'une révolution générale des membres qui n'auroient plus ni ordre ni dépendance? L'Église, qui est le corps des fidèles, seroit un monstre et non pas l'image du Sauveur.
Si vous ajoutez que tous les membres de l'Église , réellement animés parle Saint-Esprit, font entre eux un vrai tout et un corps vivant, dont l'unité est l'image de l'unité da Père et du Fils par le Saint-Esprit, lien éternel de tous les deux, vous comprenez encore plus fortement combien il est impossible que les autres membres, tels que les pieds et les mains, puissent jamais refaire une tète, des yeux, des oreilles et une bouche. C'est le Saint-Esprit qui anime et qui organise tout ce grand corps : il imprime à tout le corps un mouvement de soumission et de docilité pour les parties principales, qui tiennent lieu de la tête ; il imprime à ceux qu'il rend ainsi les chefs de tout le corps, le mouvement de sagesse, d'intelligence, d'autorité et de direction; il donne aux yeux de voir et d'éclairer tout le reste du corps; il donne aux oreilles d'entendre et d'être l'ouïe commune de tous les membres; il donne à la bouche de parler pour tous et à tous. Mais si cette tête se détruit, que deviendra le corps? le corps sans tête n'est plus qu'un tronc inanimé et un cadavre affreux. Il n'y a qu'une résurrection miraculeuse qui puisse le rétablir. Mais si les organes sont détruits , qui peut les refaire? Celui-là seul qui les a formés la première fois. Qui oseroit dire que Dieu ayant donné la vie aux jambes, aux bras et au tronc, c'est une suite nécessaire et comme un droit naturel que ces membres refassent une tête, des yeux, des oreilles, en un mot, une nouvelle organisation toutes les fois que la tête sera détruite? Qui ne voit, au contraire, que la destruction de la tête enferme nécessairement la mort de tout le corps; que supposer l'un c'est supposer l'autre; et que si le corps a la promesse de vivre toujours, il faut que ce soit par la tête toujours vivante que lui vienne son immortalité? Il faut donc que ce corps toujours vivant, toujours organisé, garde sans aucune interruption dans ses membres la proportion, la subordination et le concours mutuel que son auteur lui a donnés en le formant. Ainsi chaque membre doit conserver sa fonction propre, et jamais les pieds ne peuvent dégrader la tête pour en faire une autre. Voilà ce qu'on ne peut éviter de dire, quand on croit que l'Église, animée par le Saint- Esprit, est un vrai tout réel, un corps vivant avec ses organes. Mais qui le peut nier, sans contredire saint Paul et toute la religion chrétienne?
Il me reste encore à observer qu'il s'agit ici d'une grâce surnaturelle qui n'est point attachée au fidèle, supposé même que Dieu veuille le conserver dans la foi. Ainsi cette grâce que les protestants regardent comme appartenant au fidèle de droit naturel, bien loin de lui être duo par le titre de son élection, ne lui est ni nécessaire ni convenable. Voici comment. Il faut ou que Jésus-Christ ait donné à la succession inviolable des pasteurs la grâce surnaturelle de conduire et de soumettre le troupeau dans tous les siècles sans interruption, ou au trou-
peau la grâce surnaturelle de s'élever contre la séduction des pasteurs, et de redresser extraordinairement le ministère quand les pasteurs le corrompront. Voilà deux sortes de grâces que Jésus-Christ a pu donner selon son choix. Elles tendent toutes deux par diverses voies à une même fin, qui est de conserver l'Église. Pour savoir laquelle des deux Jésus- Christ a voulu donner, il s'agit non du raisonnement des hommes, mais de consulter sa pure institution. Ni l'une ni l'autre de ces deux grâces n'étoit due à ceux qu'elles regardent. Le corps des pasteurs n'étoit pas en droit d'exiger que Jésus-Christ lui donnât une grâce de perpétuité dans la foi, pour rendre son autorité et sa succession inviolables. Le corps du peuple n'étoit point aussi en droit d'exiger que Jésus-Christ lui donnât une grâce pour s'élever au-dessus du corps des pasteurs, quand ce corps se corromproit, et pour en former un autre en sa place. Si on veut encore parler de la nature et de ses droits, je soutiens qu'il n'étoit ni nécessaire ni naturel que Jésus-Christ donnât au troupeau la grâce de s'élever contre ses pasteurs égarés et d'en substituer de nouveaux. Il étoit bien plus naturel et plus convenable de donner au co-rps des pasteurs la grâce pour ainsi dire naturelle de leur fonction, qui est la grâce de l'incorruptibilité de leur ministère, pour en conserver la succession inviolable, que de donner au corps du peuple la grâce de l'apostolat pour ressusciter la pureté de l'Évangile, pour redresser l'Église tombée en ruine et désolation et pour dégrader ses pasteurs. Dans l'un de ces deux systèmes, qui est le nôtre, tout est naturel. La subordination et la proportion des membres est toujours gardée : la tête est toujours tête; les membres inférieurs lui sont toujours soumis et la forme donnée par Jésus-Christ se conserve. Dans l'autre, qui est celui des protestants, les pieds s'élèvent et deviennent tête. C'est ce qui ne doit jamais arriver dans le corps mystique de Jésus-Christ. Ceux qui sont mis à la tête par le Saint-Esprit se répareront perpétuellement et sans aucune interruption, les uns les autres, par l'imposition des mains. Mais se réparer insensiblement n'est pas faire une tête nouvelle : c'est seulement nourrir et perpétuer celle que Jésus-Christ, notre chef suprême et invisible, a donnée à son Église pour tenir sa place. Dieu, auteur de ce corps, l'entretient par un signe qu'il a établi et qui est l'imposition des mains attestée par l'Écriture. Mais comment oser dire, .sans révélation expresse, que les pieds ont un droit naturel de faire une tête nouvelle tout entière? Ce seroit un renversement universel dans les membres et dans les organes. Une telle révolution n'est ni naturelle ni possible.
Mais enfin le ministère pastoral est une grâce éminente dans le christianisme. Par conséquent la puissance de faire des pasteurs est ellemême une très-grande grâce. Car la grâce qui est la source des autres et qui donne la puissance de les multiplier est la plus précieuse de toutes. Nous sommes certains qu'elle est attachée au corps des pasteurs, qui est la tête de toute l'Église; et les protestants, en n'alléguant que le droit naturel, font assez voir qu'ils n'ont aucune preuve, dans l'Écriture, que Jésus-Christ l'aii attachée au simple choix du peuple, indépendamment de l'imposition des mains des pasteurs. C'est donc à eux
à ée "taire puisqu'il s'agit du don d'en haut et que l'Ecriture ne dit rien nour eux La nature même, qu'ils osent nous citer, nous donne pour ?Me quCne peut user d^s choses données au delà de la mesure et de° circonstances expressément marquées par le don.
ç^j^ ^p^ ni. Contradictions et inconvénients de la doctrine des protestants sur le ministère.
Le grand principe de MM. Claude et Jurieu est que Jésus-Christ a donné les clefs, non au corps des pasteurs, mais au corps de tou e rMse- que l^s apôtres ont d'abord formé les Églises, et qu;ensuite es°E-lises qui ont précédé l'établissement des pasteurs ordinaires leur ont confié les clefs. D'où ils concluent que le corps populaire peut encore disposer de ce ministère, que les pasteurs ont reçu de lui. Mais Toici ce qui les mène plus loin qu'ils n'ont voulu aller d abord.
S'il est vrai que Dieu ait attaché sa mission et les clefs au peuple fidèle, il s'ensuit que le peuple fidèle a un droit sans restriction pour en di poser. Ce droit est naturel, selon ces ministres. Il est abso u L'Écriture, qui le laisse à la liberté naturelle du peuple ne le restreint par aucune clause. Il suffit seulement en général, selon e comman- Tementde l'Apôtre», que toutes choses se ^-sent dans l^ghse ai c ordre comme M. Claude l'a remarqué'. Ainsi il n'y a qu à éviter la préc^itation, la confusion et le scandale dans ^f .choix des pas^urs Pour tout le reste, le peuple fidèle n'a aucune loi qui le g^ne n. qui ^mite son pouvoir'. Il est vrai que les apôtres ayant P- '^"^ ^^^^^^^t monie d'imposer les mains aux nouveaux pasteurs il ^s^ éd fixant de pratiquer cette cérémonie quand on le peut commodément Ma s enfin elle n'est pas nécessaire. Elle ne sert, comme dit M. Claude quà rendre la vocation plm piMique et plus majestueuse. Ainsi on pu^ s'en dispenser toutes les fois qu'on a de la peine à l'observer; et quand mTme on l'omettroit sans aucune tr%''" l'i.rrracrn diminueroit en rien ni le droit du peuple ma validité de «on ac ion
De là je conclus que le ministère est entièrement amovible et revocable au gré du peuple fidèle. Comme on fait des magistrats triennaux ou annuels, on peut faire des pasteurs de même. Ceux -emes qui on été établis perpétuels peuvent être révoqués ; comme l^s magistrats perpétuels que la république révoque, quand f «^^f ^^^^^ Pf, ."^ f//^ laisser continuer leur administration. Le peuple fidèle ne P^ut al'éner à perpétuité son droit naturel sur le ministère. Quelque cornm ..ion qu'il ait donnée, il conserve toujours son droit naturel de pourvoir le mieux qu'il peut à ses besoins spirituels. Ainsi, dès f ^ J°^ ,^f ^^" pasteur établi convient moins à son sa ut et à sa VefoUonq^^^J^ re . en voilà assez pour révoquer l'ancien et pour installer le nouveau C'est sur ces idées de liberté naturelle que M. ^ ^^^e pari a^^^ a Cette même Providence qui donne aux hommes la vie ^^turelle et qui leur ordonne d'entretenir et de conserver leur vie par les aliments
t. ICo" TT" kf> î P4yvDïiSP aux Prc>«ge>
qu'elle leur fcurnit, leur donne par cela même le droit d'employer des personnes pour ramasser les aliments et pour les préparer, afin qu'ils s'en puissent servir selon leur destination; et ce serait une extravagance que de demander à un homme quel droit il a de se faire apprêter l boire et à manger'. » Il suppose que le fidèle, en tant que fidèle, a naturellement le même droit de se faire conduire par les pasteurs qu'il 3roit les plus propres à son salut, qu'un homnn, en tant qu'homme, a .e droit de se faire servir, pour sa noîjriture, par les pourvoyeurs et par les cuisiniers qu'il juge les plus capables de bien servir sa table. A quelles comparaisons indécentes n'est-on pas réduit pour s'expliquer, quand on a des idées si humaines et si basses du ministère évangélique! Ce principe posé, rien ne peut arrêter le peuple, toutes les fois qu'il jugera utile de changer de pasteur. On pourra seulement lui représenter qu'il faut faire de tels changements avec ordre; mais il croira les faire avec ordre quand il les fera dans l'espérance que les nouveaux pasteurs feront mieux que les anciens. Il rendra leur ministère ou annuel, ou triennal, avec la même sagesse que la république romaine avait borné le temps des magistratures. Il comprendra qu'il est dangereux de changer de pasteur, comme un maître sait qu'il est dangereux de changer légèrement de maître d'hôtel et de cuisinier. Mais enfin c'est à lui à juger des cas où il vaut mieux changer de pasteur, que de prolonger le ministère de ceux qui sont en fonction. Jésus-Christ, qui, selon les protestants, a donné au peuple fidèle les clefs, ne l'a point assujetti par ses Écritures à les donner pour toujours à ceux qu'il en charge. Ainsi, sans attendre les cas extraordinaires, le peuple fidèle est en droit de reprendre les clefs et de les transférer aussi souvent qu'il le trouve à propos. Par là s'évanouit tout ce que la Confession de foi protestante a voulu établir pour retenir la puissance du peuple dans quelque borne. Elle appelle le ministère sacré et inviolable. Elle dit que c'est par une exception à la règle générale œ qu'il a fallu quelquefois, et même de notre temps, auquel l'état de l'Église étoit interrompu, que Dieu ait suscité gens d'une façon extraordinaire pour dresser l'Église de nouveau, qui étoit en ruine et désolation 2. » Ils ont voulu laisser entendre que l'autorité des pasteurs qui se succèdent les uns aux autres n'est pas un joug humain; mais que c'est d'ordinaire le joug de Jésus-Christ même 3, et que le peuple ne doit entreprendre de changer le ministère qu'à deux conditions : l'une, que Vétat de VÉglise soit interrompu ; l'autre, que Dieu en même temps suscite gens d'une façon extraordinaire pour la dresser de nouveau. Vous voyez que les docteurs protestants, qui ont besoin d'autoriser la révolte contre le ministère successif, pour ériger le leur, ont voulu qu'après eux on ne laissât pas de regarder comme sacré et inviolable ce ministère qu'ils avoient violé pour l'envahir. Ils ont craint d'avoir ouvert, par leur exemple, la porte à une licence populaire qui se tourneroit contre eux-mêmes, et ils ont voulu faire en sorte, par ces grands mots, qu'on