De doet. christ., lib. IV, p
de pierreries, se sert de ces armes parce qu'elles sont propres au combat, sans penser à leur prix. » Il ajoute que Dieu avoit permis que saint Cyprien eût mis des ornements affectés dans sa lettre à Donat, « afin que la postérité pût voir combien la pureté de la doctrine chrétienne l'avoit corrigé de cet excès etl'avoit ramené à une éloquence plus grave et plus modeste '. » Mais rien n'est plus touchant que les deux histoires que saint Augustin nous raconte, pour nous instruire de la manière de prêcher avec fruit.
Dans la première occasion il n'étoit encore que prêtre. Le saint évêque Valère le faisoit parler pour corriger le peuple d'Hippone de l'abus des festins trop libres dans les solennités2. Il prit en main le livre des Écritures; il y lut les reproches les plus véhéments. Il conjura ses auditeurs, par les opprobres, parles douleurs de Jésus-Christ, par sa croix, par son sang, de ne se perdre point eux-mêmes, d'avoir pitié de celui qui leur parloit avec tant d'affection, et de se souveni'r du vénérable vieillard Valère, qui l'avoit chargé, par tendresse pour eux, de leur annoncer la vérité, « Ce ne fut point, dit-il, en pleurant sur eux que je les fis pleurer; mais pendant que je parlois leurs larmes prévinrent les miennes. J avoue que je ne pus point alors me retenir. Après que nous eûmes pleuré ensemble, je commençai à espérer fortement leur correction. » Dans la suite il abandonna le discours qu'il avoit préparé, parce qu'il ne lui paroissoit plus convenable à la disposition des esprits. Enfin il eut la consolation de voir ce peuple docile et corrigé dès ce jour-là.
Voici l'autre occasion où ce Père enleva les cœurs. Écoutons ses paroles5 : a. Il faut bien se garder de croire qu'un homme a parlé d'une façon grande et sublime, quand on lui a donné de fréquentes acclamations et de grands applaudissements. Les jeux d'esprit du plus bas genre et les ornements du genre tempéré attirent de tels succès: mais le genre sublime accable souvent par son poids, et ôte même la parole; il réduit aux larmes. Pendant que je tâchois de persuader au peuple de Césarée en Mauritanie, qu'il devoit abolir un combat des citoyens..., où les parents, les frères, les pères et les enfants, divisés en deux partis, combattoient en public pendant plusieurs jours de suite, en un certain temps de l'année, et où chacun s'efforçoit de tuer celui qu'il attaquoit; je me servis, selon toute l'étendue de mes forces, des plus grandes expressions, pour déraciner des cœurs et des mœurs de ce peuple une coutume si cruelle et si invétérée. Je ne crus néanmoins avoir rien gagné pendant que je n'entendis que leurs acclamations : mais j'espérai quand je les vis pleurer. Les acclamations montroient que je les avois instruits, et que mon discours leur faisoit plaisir; mais leurs larmes marquèrent qu'ils étoient changés. Quand je les vis couler, je crus que cette horrible coutume, qu'ils avoient reçue de leurs ancêtres, et qui les tyrannisoit depuis si longtemps, seroit abolie....
i. De doct. christ., lib. IV, n. 31 ; t. III, p. 76.