‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 115 sur 183 · V. — Projet de poétique · texte numérisé non relu

V. — Projet de poétique

Une poétique ne me parottroit pas moins à désirer qu'une rhétorique. La poésie est plus sérieuse et plus utile que le vulgaire ne le croit. La religion a consacré la poésie à son usage, dès l'origine du genre humain. Avant que les hommes eussent un texte d'écriture divine, les sacrés cantiques, qu'ils savoient par cœur, conservoieut la mémoire de l'origine du monde et la tradition des merveilles de Dieu. Rien n'égale la magnificence et le transport des cantiques de Moïse; le livre de Job est un poème plein des figures les plus hardies et les plus majestueuses; le Cantique des Cantiques exprime avec grâce et tendresse l'union mystérieuse de Dieu époux avec l'ame de l'homme qui devient son épouse; les Psaumes seront l'admiration et la consolation de tous les siècles et de tous les peuples où le vrai Dieu sera connu et senti. Toute l'Ëcriture est pleine de poésie, dans les endroits mêmes où l'on ne trouve pas une trace de versification.

D'ailleurs la poésie a donné au monde les premières lois : c'est elle qui a adouci les hommes farouches et sauvages, qui les a rassemblés des forêts où ils étoient épais et errants, qui les a policés, qui a réglé les mœurs, qui a formé les familles et les nations, qui a fait sentir les douceurs de la société, qui a rappelé l'usage de la raison, cultivé la vertu et inventé les beaux-arts; c'est elle qui a élevé les courages pour la guerre, et qui les a modérés pour la paix.

Silvestres homines sacer interpresque deorum Cxdibus et viclu fœdo deterruit Orpheus ; Dictus ob hoc lenire tigres, rabidosque leones : Dictus etÂmphion, Thebanx condilor arcis , Saxa movere sono testudinis. etprece blanda Ducere quo vellet. Fuit hsec sapientia quondam , etc.

Sic honor et nomen divinis vatibus atque Carminibus venit. Post hos insignis Homerus, Tyrtêcusque mares animos in Marlia bella Versibus exacuit '.

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