Horat., De art. poet., v
Les Grecs sont nos guides fidèles ;
Feuilletez jour et nuit ces antiques modèles. Daru.
1. « Il va naître un chef-d'œuvre qui doit effacer l'Iliade. » (Propert., lib. 11,
«leg ult.)
Il n'en dut pas moins être tenté d'imiter le grand et sage Virgile. Ce poète vouloit en mourant brûler son Enéide, qui a instruit et charmé tous les siècles. Quiconque a M, comme ce poète, d'une vue nette, le grand et le parfait, ne peut ie flatter d'y avoir atteint. Rien n'achève de remplir son idée et de contenter toute sa délicatesse. Rien n'est ici-bas entièrement parfait
.... JVt/u'i est ab omni Parte beatum '.
Ainsi, quiconque a vu le vrai parfait sent qu'il ne l'a pas égalé; et quiconque se flatte de l'avoir égalé ne l'a pas vu assez distinctement. On a .un esprit borné avec un cœur foible et sain, quand on est bien content de soi et de son ouvrage. L'auteur content de soi est d'ordinaire content tout seul :
Quin sine rivait teque et tua solus amares'.
Un tel auteur peut avoir de rares talents; mais il faut qu'il ait plus d'imagination que de jugement et de saine critique. Il faut, au contraire, pour former un poète égal aux anciens, qu'il montre un jugement supérieur à l'imagination la pius vive et ta plus féconde. Il faut qu'un auteur résiste à tous ses amis, qu'il retouche souvent ce qui a été déjà applaudi, et qu'il se souvienne de cette règle :
Nonnumque prematut in annum3.
b' Je suis charmé d'un auteur qui s'efforce de vaincre les anciens. Supposé même qu'il ne parvienne pas à les égale", le public doit louer ^es efforts, l'encourager, espérer qu'il pourra atteindre encore plus haut dans la suite, et admirer ce qu'il a déjà d'approchant des anciens modèles ■
Féliciter audet ».
Je voudrois que tout ie Parnasse le comblât d'éloges :
Proxima Phœbi Versibus Me facit *....
i. Horat., Od., lib. II, od. xvi, v. 27-28.
Jamais, ô mon ami, le ûonheur n'est parfait. daru.