‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 154 sur 183 · Ibid., v · texte numérisé non relu

Ibid., v

« Qui peut inspirer à ces malheureux cet excès d'amour pour la vie ? » «. Du Subi., ch. \j.

358 LtTTRE SUR LI£S OCCUPATIONS

K» 11 laut avouer qu'il y a parmi les anciens peu d'auteurs excellent^, et que les modernes en ont quelques-uns dont les ouvrages sont précieux. Quand on ne lit point les anciens avec une avidité de savait, m par le besoin de s'instruire de certains faits, on se borne par goût à un petit nombre de livres grecs et latins. Il y en a fort peu d'excellents, quoique ces deux nations aient cultivé si longtemps les lettres. Il ne faut donc fias s'étonner si notre siècle, qui ne fait que sortir de la barbarie, a peu de livres fiançois qui méritent d'être souvent relit', avec un très-grand plaisir. Il me seroit facile de nommer beaucoup d'anciens, comme Aristophane, Plaute, Sénèque le Tragique, Lucain, et Ovide môme, dont on se passe volontiers. Je nommerois aussi sans peine un nombre assez considérable d'auteurs modernes qu'on goûte et qu'on admire avec raison; mais je ne veux nommer personne, de peur de blesser la modestie de ceux que je nommerois, et de manquer aux autres en ne les nommant pas.

Il faut, d'un autre côté, considérer ce qui est à l'avantage des anciens. Outre qu'ils nous ont donné presque tout ce que nous avons de meilleur, de plus il faut les estimer jusque dans les endroits qui ne sont pas exempts de défauts. Longin remarque ' « qu'il faut craindre la bassessedans un discours si poli et si limé.» Il ajoute que «le grand.... est glissant et dangereux.... Quoique j'aie remarqué, dit-il encore, plusieurs fautes dans Homère et dans tous les plus célèbres auteurs ; quoique je sois peut-être l'homme du monde à qui elles plaisent le moins, j'estime, après tout..., qu'elles sont de petites négligences qui leur ont échappé parce que leur esprit, qui ne s'étudioit qu'au grand, ne pouvoit pas s'arrêter aux petites choses... Tout ce qu'on gagne à ne point faire de fautes est de n'être point repris: mais le grand se fait admirer.» Ce judicieux critique croit que c'est dans le déclin de l'âge qu'Homère a quelquefois un peu sommeillé, par tes iongues narrations de l'Odyssée; mais il ajuue que cet affaiblissement est, après tout, la vieillesse d'Homère*. En effet, certains traits négligés des grands peintres sont fort au-dessus des ouvrages les plus léchés des peintres médiocres. Le censeur médiocre ne goûte point le sublime, il n'en est point saisi : il s'occupe bien plutôt d'un mot déplacé ou d'une expression négligée; il ne voit qu'à demi la beauté du plan général, l'ordre et la force qui régnent partout. J'aimeruis autant le voir occupé de l'orthographe, des points interrompants et des virgules. Je plains l'auteur qui est entre ses mains et à sa merci : Barbarus lias segetes3 ! Le censeur qui est grand dans sa censure se passionne sur ce qui est grand dans l'ouvrage: « II méprise, selon l'expression de Longin 4, une exacte et scrupuleuse délicatesse. » Horace est de ce goût:

Ve-rbum ubi plura nitent in carminé, non ego paucis

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