Du subi., ch. xxrx
Off'endar maculis, quas mit incuria fudit, Authumana pamm cavit natura '.
De plus, la grossièreté difforme de la religion des anciens, et le défaut de vraie philosophie morale où ils étoient avant Socrate, doivent, en un certain sens, faire un grand honneur à l'antiquité. Homère a dû sans doute peindre ses dieux comme la religion les enseignoit au monde idolâtre en son temps : il devoit représenter les hommes selon les mœurs qui régnoient dans la Grèce et dans l'Asie Mineure. Blâmer Homère d'avoir fidèlement peint d'après nature, c'est reprocher à M. Mignard , à M. de Troy, à M. Rigaud, d'avoir fait des portraits ressemblants. Voudroit-on qu'on peignît Momus comme Jupiter, Silène comme Apollon, Alecto comme Vénus, Thersite comme Achille ? Voudroit-on qu'on peignît la cour de notre temps avec les fraises et les barbes des règnes passés? Ainsi Homère ayant dû peindre avec vérité, ne t'aut-il pas admirer l'ordre, la proportion, la grâce, la force, la vie, l'action et le sentiment qu'il a donnés à toutes ses peintures? Plus la religion étoit monstrueuse et ridicule, plus il faut l'admirer de l'avoir relevée partant de magnifiques images; plus les mœurs étoient grossières, plus il faut être touché de voir qu'il ait donné tant de force à ce qui est en soi si irrégulier, si absurde et si choquant. Que n'auroit-il point t'ait si on lui eût donné à peindre un Socrate, un Aristide, un Tïmoléon, un Agis, un Cléomèr.e, un Numa, un Camille, un Brutus, un Marc Aurèle !
Diverses personnes sont dégoûtées de la frugalité des mœurs qu'Homère dépeint. Mais outre qu'il faut que le poète s'attache à la ressemblance pour cette antique simplicité, comme pour la grossièreté de la religion païenne, de plus rien n'est si aimable que cette vie df>s premiers hommes. Ceux qui cultivent leur raison et qui aiment la vertu peuvent-ils comparer le luxe vain et ruineux, qui est en notre temps la peste des mœurs et l'opprobre de la nation, avec l'heureuse et élégante simplicité que les anciens nous mettent devant les yeux?
En lisant Virgile, je voudrois être avec ce vieillard qu'il me montre :
Namque sub OEbaHœ memini me turribus altis, Qua niger humectât flacentia culta Galacsus, Coryrium vidisse senetn, oui pauca relicti Jugera ruris erant; nec fertilis illa juvencis,
Nec peœri opporluna scges
liegum œquabat opes animù; seraque revertens Nocte domurn, dupibus mensas onerabat inemptis Primus vere rosam, atque aulumno carpere poma; Et quum tristis hiems eliamnum frigore saxa Rumperet, et glacie cursus frenaret aquarum,
i. De art. poet., v. 351-353.
En lisant de beaux vers, je n'oserai me plaindre De quelque trait moins pur négligemment jeté, Tribut que le talent paye à l'humanité. Daru.
llle eu ma m mollis jam tum tnndebat acanthi. jEstatem increpitans seram zephyrosque mirantes'.
Homère n'a-t-il pas dépeint avec grâce 111e de Calypso et les jardins d'Alcinoûs, sans y mettre ni marbre ni dorure? Les occupation» de Nausicaa ne sont-elles pas plus estimables que le jeu et que les intrigues des femmes de notre temps? Nos pères en auroient rougi; et ou ose mépriser Homère pour n'avoir pas peint par avance ce» moeurs monstrueuses, pendant que le monde étoit encore assez beureux pour les ignorer !
Virgile, qui voyoit de près toute la magnificence de Rome, a tourné en grâce et en ornement de son poème la pauvreté du roi Ëvandre :
Talibus inter se dictis ad tecta subibanl
Pauptris Evandri , passimque armenta videbant
Romanoque foro et tautis mugire Carinis.
Ul ventum ad sedes ; Ha'c, inquit, limina victor
Alcides subiit, hxc illum regia cepit.
Aude, hospes, contemnere opes, et te qvoque dignum
Finge deo, rebusque veni non usper egenis.
Dixil ; et angusti subter fastigia tecti
Ingentem Mnean duxit, stratisque locavil
Ejjfultumfoliis et pelle Libystidis ursx 2.