LETTRE A BOSSUET
S)ir la campagne de Gcrmigny.
De myrte et de lauiinr, de jasmins et de roses.
De lis, de fleur d'orange en son beau sein éclose»,
Germigny se couronne, et srme les plaisirs.
Taisez-vous, aquilons, dont l'insolente rage
Attaque le printemps, caché dans son bocage;
Zéphyrs, portez-lui .seuls mes plus tendres soupirs.
0 souffles amoureux, allez caresser Flore;
Qu'en ce rivage heureux à jamais elle ignore
La barbare saison qui vient pour ta lernir.
Loin donc les noirs frimas, loin ia neige et la glacel
Verdure, tendres fleurs, que rien ne vous etface '
0 jours doux et sereins, gardez-vous de finir!
Que par les feux naissants d'une vermeille aurore
Le sombre azur des cieux chaque matin s'y doie ;
Que l'air exhale en paix les parfums du printemps;
Que le fleuve, jaloux des beaux lieux qu'il arrose,
Leur garde une onde pure, et que jamais il n'ose
Abandonner ses flots au caprice des vents.
Hiver, cruel hiver, dont frémit la nature,
Ah! si tu flètrissois celle vive peinture!
Hâtez-vous dune, forêts, montagnes d'alentour;
Défendez votre gloire, arrêtez son audace;
Tremblez, Nymphes, tremblez, c'est Tempe qu'il menace;
Des Grâces et des Jeux c'est le riant séjour.
Voilà, monseigneur, ce qu'un de mes amis vous envoie; il vous prie d'en faire part à Germigny, pnur le consoler dans les disgrâces de la saison. Nous avons reçu votre lettre, partie de Meaux le même jour que vous étiez parti de Paris. Nous avons senti et admiré sa diligence. On travaille à profiter de l'avis. Je saurai de M. l'abbé Fleury s'il travaille à la traduction, pour ne mettre point ma faux en moisson étrangère. Je ne sais aucune nouvelle. Ce n'en est pas une de vous dire, monseigneur, que je suis tout ce que je dois être, et que je n'oseroii lire, à cause que vous avez défendu à mes lettres tout compliment.
Paris, dimanche, 7 décembre lebl ou iohl.