‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 181 sur 183 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Le bouffon et le paysan

Un grand seigneur, voulant plaire à la populace, Assembla les fa'seurs de tours de passe-passe,

Leur promettant des prix, S'ils pouvoient inventer quelque nouveau spectacle. Un bouffon dit : a Chacun sera surpris En me voyant faire un miracle.»

Aussitôt on accourt; tout le peuple empressé Crie, pousse, se bat pour être bien placé. Le bouffon paroîl seul : on attend en silence. 11 met le nez sous son manteau, Imite le cri d'un pourceau; Et déjà tout le peuple pense Qu'en son sein il porte un cochon.

a Secouez vos habits, » dit-on.

Sans que rien tombe, il les secoue.

On l'admire, on le loue, a J'en ferai demain autant, S'écria d'abord un paisan.

— Qui, vous? — Oui, moi. » La suivante journée. On vit grossir l'assemblée.

Chacun, se prévenant en faveur du bouffon, De l'étourdi paisan se préparoit à rire.

3fc8 POÉSIES.

Le boulTun recommence à faire le cochon.

Derechef on l'admire.

Le paisan, comme l'autre, avait mis son manteau

En homme chargé d'un pourceau.

Hais qui l'eût soupçonné, voyant l'autre merveille T Un vrai cochon pourtant étoit dans son giron; Il le faisoit crier en lui pinçant l'oreille. Chacun, se récriant, soutint que le bouffon

Conlrefaisoit mieux le cochon.

On vouloit chasser le rustique.

Alors, en montrant l'animal :

a Faut-il donc, leur dit- il, que pour Juger si mai. De juger on se pique? »

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