‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 54 sur 183 · LVII. — LOUIS XI ET LE CARDINAL BESSARION · texte numérisé non relu

LVII. — LOUIS XI ET LE CARDINAL BESSARION

Un savant qui n'est pas propre aux affaires vaut encore mieux qu'un esprit inquiet et artificieux qui ne peut souffrir ni la justice ni la bonne foi.

louis. — Bonjour, monsieur le cardinal. Je vous recevrai aujourd'hui plus civilement que quand vous vîntes me voir de la part du pape. Le cérémonial ne peut plus nous brouiller; toutes les ombres sont ici pêle-mêle et incognito; les rangs sont confondus.

bessarion. — J'avoue que je n'ai pas encore oublié votre insulte, quand vous me prîtes par la barbe, dès le commencement de ma harangue.

louis. — Cette barbe grecque me surprit, et je voulois couper court pour la harangue, qui eût été longue et superflue.

bessarion. — Pourquoi cela? Ma harangue étoit des plus belles : je l'avois composée sur le modèle d'Isocrate, de Lysias, d'Hypéride et de Périclès.

louis. — Je ne connois point tous ces messieurs-là. Vous aviez été voir le duc de Bourgogne mon vassal, avant que de venir chez moi; il auroit bien mieux valu ne lire pas tant vos vieux auteurs, et savoir mieux les règles du siècle présent : vous vous conduisîtes comme un pédant qui n'a aucune connoissance du monde.

bessarion. — J'avois pourtant étudié à fond les lois de Dracon, celles de Lycurgueet deSolon, les Lois et la République de Platon, tout ce qui nous reste des anciens rhéteurs qui gouvernoient le peuple ; enfin les meilleurs scoliastes d'Homère, qui ont parlé de la police d'une république.

louis. — Et moi je n'ai jamais rien lu de tout cela; mais je sais bien qu'il ne falloit pas qu'un cardinal, envoyé par le pape pour faire rentrer le duc de Bourgogne dans mes bonnes grâces, allât le voir avant que de venir chez moi.

bessarion. — J'avois cru pouvoir suivre Vusteron proteron des Grecs; je savois même, par le philosophe, que ce qui est le premier quant à l'intention est te dernier quant à l'exécution.

louis. — Oh! laissons là votre philosophie : venons au fait.

bessarion. — Je vois en vous toute la barbarie des Latins, chez qui la Grèce désolée, après la prise de Gonstantinople, a essayé en vain de défricher l'esprit et les lettres.

louis. — L'esprit ne consiste que dans le bon sens, et point dans le grec; la raison est de toutes les langues. Il falloit garder l'ordre et mettre le seigneur devant son vassal. Les Grecs, que vous vantez tant, n'étoient que des sots, s'ils ne savoient pas ce que savent les hommes les plus grossiers. Mais je ne puis m'empêcher de rire quand je me souviens comment vous voulûtes négocier : dès que je ne convenois pas de vos maximes, vous ne me donniez pour toute raison que des passages de Sophocle, de Lycophron et de Pindare. Je ne sais comment j'ai retenu ces noms , dont je n'avois jamais ouï parler qu'à vous : mais je les ai retenus à force d'être choqué de vos citations. Il étoit question des places de la Somme, et vous me citiez un vers de Ménandre ou de Callimaque. Je voulois demeurer uni aux Suisses et au duc de Lorraine contre le duc de Bourgogne; vous me prouviez, par le Gorgias de Platon, que ce n'étoit pas mon véritable intérêt. Il s'agissoit de savoir si le roi d'Angleterre serait pour ou contre moi; vous m'alléguiez l'exemple d'Épaminondas. Enlin vous me consolâtes de n'avoir jamais guère étudié. Je disois en moi-même : « Heureux celui qui ne sait point tout ce que les autres ont dit, et qui sait un peu ce qu'il faut dire! »

bessarîon. — Vous m'étonnez par votre mauvais goût. Je croyois que vous aviez assez bien étudié : on m'avoit dit que le roi votre père vous avoit donné un assez bon précepteur, et qu'ensuite vous aviez pris plaisir en Flandre, chez le duc de Bourgogne., à faire raisonner tous les jours les philosophes.

louis. — J'étois encore bien jeune quand je quittai le roi, mon père, et mon précepteur: je passai à la cour de Bourgogne, où l'inquiétude et l'ennui me réduisirent à écouter un peu quelques savants. Mais j'en fus bientôt dégoûté; ils étoient pédants et imbéciles; comme vous, ils n'entendoient point les affaires; ils ne connoissoient point les divers caractères des hommes; ils ne savoient ni dissimuler, ni se taire, ni s'insinuer, ni entrer dans les passions d'autrui, ni trouver des ressources dans les difficultés, ni deviner les desseins des autres; ils ■étoient vains, indiscrets, disputeurs, toujours occupés de mots et de aits inutiles, pleins de subtilités qui ne persuadent personne, inca-

pables d'apprendre à vivre et de se contraindre. Je ne pus souffrir de tels animaux.

bess\rion. — Il est vrai que les savants ne sont pas d'ordinaire trop propres à l'action, parce qu'ils aiment le repos dos muses; il est vrai aussi qu'ils ne savent guère se contraindre, ni dissimuler, parce qu'ils sont au-dessus des passions grossières des hommes, et de la flatterie que les tyrans demandent.

louis. — Allez, grande barbe, pédant hérissé de grec: vous perde/: le respect qui m'est dû.

bessarion. — Je ne vous en dois point. Le sage, suivant les stoïciens et toute la secte du Portique, est plus roi que vous. Vous ne l'avez jamais été que par le rang et par la puissance; vous ne le fûtes jamais, comme le sage, par un véritable empire sur vos passions. D'ailleurs, vous n'avez plus qu'une ombre de royauté; d'ombre à ombre je ne vous cède point.

louis. — Voyez l'insolence de ce vieux pédant I

bessarion. — J'aime encore mieux être pédant que fourbe, tyran et ennemi du genre humain. Je n'ai pas fait mourir mon frère; je n'ai pas tenu en prison mon fils; je n'ai employé ni le poison ni l'assassinat pour me défaire de mes ennemis; je n'ai point eu une vieillesse affreuse, semblable à celle des tyrans que la Grèce a tant détestés. Mais, il faut vous excuser: avec beaucoup de finesse et de vivacité, vous aviez beaucoup de choses d'une tête un peu démontée. Ce n'étoit pas pour rien que vous étiez fils d'un homme qui s'étoit laissé mourir de faim, et petit-fils d'un autre qui avoit été renfermé tant d'années. Votre fils même n'a la cervelle guère assurée; et ce sera un grand honneur pour la France, si la couronne passe après lui dans une branche plus sensée.

louis. — J'avoue que ma tête n'étoit pas tout à fait bien réglée; j'avois des foiblesses, des visions noires, des emportements furieux: maisj'avois de la pénétration, du courage, de la ressource dans l'esprit . des talents pour gagner les hommes et pour accroître mon autorité; je savois fort bien laisser à l'écart un pédant inutile à tout, et découvrir les qualités utiles dans les sujets les plus obscurs. Dans les langueurs mêmes de ma dernière maladie, je conservai encore assez de fermeté d'esprit pour travailler à faire une paix avec Maximilien. 11 attendoit ma mort et ne che.rchoit qu'à éluder la conclusion : par mes émissaires secrets, je soulevai les Gantois contre lui; je le réduisis à faire malgré lui un traité de paix avec moi, où il me donnoit, pour mon fils, Marguerite avec trois provinces. Voilà mon chef-d'œuvre de politique dans ces derniers jours où l'on me croyoit fou. Allez, vieux pédant, allez chercher vos Grecs, qui n'ont jamais su autant de politique que moi : allez chercher vos savants, qui ne savent que lire et parler de leurs livres, qui ne savent ni agir ni vivre avec les hommes.

bessarion. — J'aime encore mieux un savant qui n'est pas propre aux affaires, et qui ne sait que ce qu'il a lu, qu'un esprit inquiet, artificieux et entreprenant, qui ne peut souffrir ni la justice ni la bonne foi. et qui renverse tout le genre humain.

LVIII. — LOUIS XI ET LE CARDINAL BALUE. Un prince fourbe et méchant rend ses sujets traîtres et infidèlet.

louis. — Comment osez-vous, scélérat, vous présenter encore devant moi après toutes vos trahisons?

ball'e. — Où voulez-vous donc que je m'aille cacher ? Ne suis-je pas assez caché dans la foule des ombres? Nous sommes tous égaux ici-bas.

louis. — C'est bien à vous à parler ainsi, vous qui n'étiez que le fil: d'un meunier de Verdun '

balue. — Hé! c'étoit un mérite auprès de vous que l'être de bar i.'i naissance: votre compère le prévôt Tristan, votre médecin Coictiei „ votre barbier Olivier le Diable, étoient vos favoris et vos ministres. Janfredy, avant moi, avoit obtenu la pourpre par votre faveur. Ma naissance valoit à peu près celle de ces gens-là.

louis. — Aucun d'eux n'a fait des trahisons aussi noires que vous.

balue. — Je n'en crois rien. S'ils n'avoient pas été de malhonnêtes gens, vous ne les auriez ni bien traités ni employés.

louis. — Pourquoi voulez-vous que je ne les aie pas choisis pour leur mérite?

balue. — Parce que le mérite vous étoit toujours suspect et odieux; parce que la vertu vous faisoit peur, et que vous n'en saviez faire aucun usage; parce que vous ne vouliez vous servir que d'àmes basses et vénales, prêtes à entrer dans vos intrigues, dans vos tromperies, dans vos cruautés. Un homme honnête, qui auroit eu horreur de tromper et de faire du mal, ne vous auroit été bon à rien, à vous qu> ne vouliez que tromper et que nuire, pour contenter votre ambition sans bornes. Puisqu'il faut parler franchement dans le pays de vérité, j'avoue que j'ai été un malhonnête homme; mais c'étoit par là que vous m'a\iez préféré à d'autres. Ne vous ai-je pas bien servi avec adresse pour jouer les grands et les peuples? Avez-vous trouvé un fourbe plus souple que moi pour tous les personnages?

louis. — Il est vrai; mais en trompant les autres pour m'obéir, il ne falloit pas me tromper moi-même : vous étiez d'intelligence avec le pape pour me faire abolir la Pragmatique, contre les véritables intérêts de la France.

balue. — Hé! vous êtes- vous jamais soucié ni de la France ni de ses véritables intérêts? Vous n'avez jamais regardé que les vôtres. Vous vouliez tirer parti du pape, et lui sacrifier les canons pour votre intérêt : je n'ai fait que vous servir à votre mode.

louis. — Mais vous m'aviez mis dans la tête toutes ces visions, contre l'intérêt véritable de ma couronne même , à laquelle étoit attachée ma véritable grandeur.

balue. — Point: je voulois que vous vendissiez chèrement cette pancarte crasseuse à la cour de Rome. Mais allons plus loin. Quand même je vous aurois trompé, qu'auriez-vous à me dire?

louis. — Comment! à vous dire? Je vous trouve bien plaisant. Si nous étions encore vivants, je vous remettrois bien en cage.

balue. — Oh! j'y ai assez demeuré. Si vous nie fâchez, je ne dirai plus mot. Savez-vous bien que je ne crains guère les mauvaises humeurs d'une ombre de roi? Quoi donc? vous croyez être encore au Plessis-lez-Tours avec vcs assassins?

louis. — Non-, je sais que je n'y suis pas, et bien vous en vaut. Mais enfin je veux bien vous entendre, pour la rareté du fait. Ça, prouvezmoi par vives raisons que vous avez dû trahir votre maître.

balue. — Ce paradoxe vous surprend; mais je m'en vais vous le vérifier à la lettre.

louis. — Voyons ce qu'il veut dire.

balue. — N'est-il pas vrai qu'un pauvre fils de meunier, qui naja mais eu d'autre éducation que celle de la cour d'un grand roi, a dû suivre les maximes qui y passoient pour les plus utiles et pour les meilleures, d'un commun consentement?

louis. — Ce que vous dites a quelque vraisemblance.

balue. — Mais répondez oui ou non, sans vous fâcher.

louis. — Je n'ose nier une chose qui paroît si bien fondée, ni avouer ce qui peut m'embarrasser par ses conséquences.

balue. — Je vois bien qu'il faut que je prenne votre silence pour un aveu forcé. La maxime fondamentale de tous vos conseils, que vous aviez répandue dans toute votre cour, étoit de faire tout pour vous seul. Vous ne comptiez pour rien les princes de votre sang; ni la reine, que vous teniez captive et éloignée; ni le Dauphin, que vous éleviez dans l'ignorance et en prison; ni le royaume, que vous désoliez par votre politique dure et cruelle, aux intérêts duquel vous préfériez sans cesse la jalousie pour l'autorité tyrannique : vous ne comptiez même pour rien les favoris et les ministres les plus affidés dont vous vous serviez pour tromper les autres. Vous n'en avez jamais aimé aucun; vous ne vous êtes jamais confié à aucun d'eux que pour le besoin; vous cherchiez à les tromper à leur tour, comme le reste des hommes; vous étiez prêt à les sacrifier sur le moindre ombrage, ou pour la moindre utilité. On n'avoit jamais un seul moment d'assuré avec vous; vous vous jouiez du la vie des hommes. Vous n'aimiez personne: qui vouliez-vous qui vous aimât? Vous vouliez tromper tout le monde : qui vouliez-vous qui se livrât à vous de bonne foi et de bonne amitié, et sans intérêt? Cette fidélité désintéressée, où l'aurions-nous apprise? La méritiez- vous ? l'espériez-vous? la pouvoit-on pratiquer auprès de vous et dans votre cour? Auroit-on pu durer huit jours chez vous avec un cœur droit et sincère? N'étoit-on pas forcé d'être un fripon dis qu'on vous approchoit ? N'étoit-on pas déclaré scélérat dès qu'on parvenoit à votre faveur, puisqu'on n'y parvenoit jamais que par la scélératesse? Ne deviez-vous pas le tenir pour dit? Si on avoit voulu conserver quelque honneur et quelque conscience, on se serait bien gardé d'être jamais connu de vous : on serait allé au bout du monde, plutôt que de vivre à votre service. Dès qu'on est fripon, on l'est pour tout le monde. Voudriez-vous qu'une âme que vous avez gangrenée, et à qui vous n'avez inspiré que scélératesse pour tout le genre humain, n'ait jamais que vertu pure et sans tache, que fidélité désintéressée et héroïque pour

vous seul? Étiez-vous assez dupe pour le penser? Ne comptiez-vous pas que tous les hommes seroient pour vous comme vous pour eux? Quand même on auroit été bon et sincère pour tous les hommes, on auroit été forcé de devenir faux et méchant à votre égard. En vous trahissant, je n'ai donc fait que suivre vos leçons, que marcher sur vos traces, que vous rendre ce que vous nous donniez tous les jours, que faire ce que vous attendiez de moi, que prendre pour principe de ma conduite le principe que vous regardiez comme le seul qui doit animer tous les hommes. Vous auriez méprisé un homme qui auroit connu d'autre intérêt que le sien propre. Je n'ai pas voulu mériter votre mépris; et et j'ai mieux aimé vous tromper, que d'être un sot selon vos principes.

louis. — J'avoue que votre raisonnement me presse et m'incommode. Mais pourquoi vous entendre avec mon frère le duc de Guyenne et avec le duc de Bourgogne, mon plus cruel ennemi?

balue. — C'est parce qu'ils étoient vos plus dangereux ennemis que je me liai avec eux, pour avoir une ressource contre vous, si votre jalousie ombrageuse vous portoit à me perdre. Je savois que vous compteriez sur mes trahisons et que vous pourriez les croire sans fondement; j'aimois mieux vous trahir pour me sauver de vos mains que périr dans vos mains, sur des soupçons, sans vous avoir trahi. Enfin j'étois bien aise, selon vos maximes, de me faire valoir dans les deux partis, et de tirer de vous, dans l'embarras des affaires, la récompense de mes services, que vous ne m'auriez jamais accordée de bonne grâce dans un temps de paix. Voilà ce que doit attendre de ses ministres un prince ingrat, défiant, trompeur, qui n'aime que soi.

louis. — Mais voici tout de même ce que doit attendre un traître qui vend son roi : on ne le fait pas mourir quand il est cardinal; mais on le tient onze ans en prison, on le dépouille de ses grands trésors.

balue. — J'avoue mon unique faute: elle fut de ne vous tromper pas avec assez de précaution et de laisser intercepter mes lettres. Remettez-moi dans l'occasion; je vous tromperai encore selon vos mérites; mais je vous tromperois plus subtilement, de peur d'être découvert.

LIX. - LOUIS XI ET PHILIPPE DE COMM1NES. Les foiblesses et les crimes des rois ne sauroient être cachés.

louis. — On dit que vous avez écrit mon histoire.

commines. — Il est vrai, sire; et j'ai parlé en bon domestique.

louis. — Mais on assure que vous avez raconté bien des choses dont je me passerois volontiers.

commines. — Cela peut être ; mais en gros j'ai fait de vous un portrait, fort avantageux. Voudriez-vous que j'eusse été un flatteur perpétuel, au lieu d'être un historien?

louis. — Vous deviez parler de moi comme un sujet comblé des grâces de son maître.

commines. — C'eût été le moyen de n'être cru de personne. La re-

connoissance n'est pas ce qu'on cherche dans un historien; au contraire, c'est ce qui le rend suspect

louis. — Pourquoi faut-il qu'il y ait des gens qui aient la démangeaison d'écrire? Il faut laisser les morts en paix et ne flétrir point leur mémoire.

commines. — La vôtre étoit étrangement noircie; j'ai taché d'adoucir les impressions déjà faites; j'ai relevé toutes vos bonnes qualités: je vous ai déchargé de toutes les choses odieuses qu'on vous imputoit sans preuves décisives. Que pouvois-je faire de mieux?

louis. — Ou vous taire, ou me défendre en tout. On dit que vous avez représenté toutes mes grimaces, toutes mes contorsions lorsque je par.lois tout seul, toutes mes intrigues avec de petites gens. On dit que vous avez parlé du crédit de mon prévôt, de mon médecin, de mon barbier et de mon tailleur; vous avez étalé mes vieux habits. On dit que vous n'avez pas oublié mes petites dévotions, surtout à la fin de mes jours; mon empressement à ramasser des reliques; à me faire frotter, depuis la tête jusqu'aux pieds, de l'huile de la sainte ampoule ; et à faire des pèlerinages où je prétendois toujours avoir été guéri. Vous avez fait mention de ma barrette chargée de petits saints et de ma petite Notre-Dame de plomb , que je baisois des que je voulois faire un mauvais coup; enfin de la croix de Saint-Lô, par laquelle je n'osois jurer sans vouloir garder mon serment, parce que j'aurois cru mourir dans l'année si j'y avois manqué. Tout cela est fort ridicule.

commines. — Tout cela n'est-il pas vrai? pouvois-je le taire?

louis. — Vous pouviez n'en rien dire.

commines. — Vous pouviez n'en rien faire.

louis. — Mais cela étoit fait, et il ne falloit pas le dire.

commines. — Mais cela étoit fait, et je ne pouvois le cacher à la postérité.

louis. — Quoi! ne peut-on pas cacher certaines choses?

commines. — Hé! croyez-vous qu'un roi puisse être caché après sa mort comme vous cachiez certaines intrigues pendant votre vie? Je n'aurois rien sauvé pour vous par mon silence, et je me serois déshonoré. Contentez-vous que je pouvois dire bien pis et être cru ; mais je ne l'ai pas voulu faire.

louis. — Quoi! l'histoire ne doit-elle pas respecter les rois?

commines. — Les rois ne doivent-ils pas respecter l'histoire et la postérité, à la censure de laquelle ils ne peuvent échapper? Ceux qui veulent qu'on ne parle pas mal d'eux n'ont qu'une seule ressource, qui est de bien faire.

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