VI. — ÉLOGE DE FABRICIUS, PAR PYRRHUS SON ENNEMI
Un an après que les Romains eurent vaincu et repoussé Pyrrhus jusqu'à Tarente. on envoya Fabricius pour continuer cette guerre. Celui-ci, ayant été auparavant chez Pyrrhus avec d'autres ambassadeurs, avoit rejeté l'offre que ce prince lui fit de la quatrième partie de son royaume pour le corrompre Pendant que les deux armées campoient on présence l'une de l'autre, le médecin de Pyrrhus vint la nuit trouver Fabricius , lui promettant d'empoisonner son maître, pourvu qu'on lui donnât une récompense. Fabricius le renvoya enchaîné à son maître et fit dire à Pyrrhus ce que son médecin avoit offert contre sa vie. On dit que le roi répondit avec admiration : « C'est ce Fabricius qui est plus difficile à détourner de la vertu que le soleil de sa course. *
VII. — Expédition de Flaminius contre Philippe, roi de Macédoine.
Titus Quintius Flaminius fut envoyé par le peuple romain contre Philippe, roi de Macédoine, qui, dans la chute de la ligue dos Achéens, étoit devenu le tyran de toute la Grèce; Flaminius, qui vouloit rendre Philippe odieux et faire aimer le nom romain, passa par la Thessalie avec toute sorte de précaution pour empêcher ses troupes de faire aucune violence ni aucun dégât. Cette modération toucha tellement toutes les villes de Thessalie, qu'elles lui ouvrirent leurs portes comme à leur allié, qui venoit pour les secourir. Plusieurs villes grecques, voyant avec quelle humanité et quelle douceur il avoit traité les Thessaliens, imitèrent leur exemple et se mirent entre ses mains. Ils le louoient déjà comme le libéraieur de toute la Grèce. Mais sa réputation et l'amour des peuples augmentèrent beaucoup quand on le vit offrir la paix à Philippe, à condition que ce roi demeureroit borné à ses États et qu'il rendroit la liberté à toutes les villes grecques. Philippe refusa ces offres; il fallwt décider par les armes. Flaminius donna une bataille, où Philippe fut contraint de s'enfuir. Huit mille Macédoniens furent tués, et les Romains eu prirent cinq mille. Après celte victoire, Flaminius ne fut pas moins modéré qu'auparavant. Il accorda la paix à Philippe, à condition que le roi abandonneroit toute la Grèce : qu'il payeroit la somme de.... talents pour les frais de la guerre; qu'il n'auroit plus désormais en mer que dix vaisseaux, et qu'il donneroit aux Romains en otage, pour assurance du traité de paix, le jeune Démétrius son fils aîné, quon auroit soin d'élever à Home selon sa naissance. Les Grecs, si heureusement délivrés de la guerre par le secours de Flaminius, ne songèrent plus qu'à goûter les doux fruits de la paix.
Ils s'assemblèrent de toutes les extrémités de la Grèce pour célébrer les jeux isthmiques. Flaminius y envoya un héraut pour publier, au milieu de cetie grande assemblée, que le sénat et le consul Flaminius affranchissaient la Grèce de toute sorte de tribut. Le héraut ne put être entendu la première fois, à cause de la grande multitude, qui faisoit un bruit confus.
Le héraut éleva davantage sa voix et recommença la nroclamation. Aussitôt le peuple jeta de grands cris de joie. Les jeux fu-ent abandonnés; tous accoururent en foule pour embrasser Flaminins. Ils l'appeloient le bienfaiteur, le protecteur et le libérateur de la Grèce. Il partit ensuite pour aller de ville en ville réformer les abus, rétablir la justice et les bonnes lois, rappeler les bannis et les fugitifs, terminer tous les différends, réunir les concitoyens et réconcilier les villes entre elles ; enfin, travailler en père commun à leur faire goûter les fruits de la liberté et de la paix. Une conduite si douce gagna tous les cœurs; ils reçurent avec joie les gouverneurs envoyés par Flaminius; ils allèrent au-devant d'eux pour se soumettre. Les rois et les princes opprimés par les Macédoniens ou par quelque autre puissance voisine eurent recours à eux avec confiance.
Flaminius, suivant son dessein de protéger les foibles accablés, déclara la guerre à Nabis, tyran des Lacédémoniens; c'étoit faire plaisir à toute la Grèce. Mais, dans une occasion où il pouvoit prendre le tyran, il le laissa échapper, apparemment pour être plus longtemps nécessaire aux Grecs et pour mieux affermir par la durée des troubles l'autorité romaine. Il fit même peu de temps après la paix avec Nabis, et lui abandonna la ville de Sparte; ce qui surprit étrangement les Grecs.
VIII. — Histoire d''un petit accident arrivé au duc de Bourgogne dans une promenade à Trianon.
Pendant qu'un jeune prince, d'une course rapide et d'un pied léger, parcourt les sentiers hérissés de buissons, une épine aiguë se fiche dans son pied. Aussitôt le soulier mince est percé, la peau tendre est déchirée, le sang coule; mais à peine le prince sentit la blessure; il vouloit continuer sa course et ses jeux. Mais le sage modérateur a soin de le ramener; il est porté en carrosse; les chirurgiens accourent en foule; ils délibèrent, ils examinent la plaie, ils ne trouvent en aucun endroit la pointe de l'épine fatale; nulle douleur ne retarde la démarche du blessé; il rit, il est gai. Le lendemain il se promène, il cour çà et là; il saute comme un faon. Tout à l'heure il part; il verra les bords de la Seine; puis il entrera dans la vaste forêt où Diane sans cesse perce les daims de ses traits.