‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 89 sur 183 · C. Oui , cela est de mi · texte numérisé non relu

C. Oui , cela est de mi

A. \'ous reconnoissez néanmoins qu'il faut de la prudence pour choisir certains genres >ie vie et pour luir les occasions dangereuses. Ne voulez-vous pas qu'on veille et qu'on prie? Quand on aura veille et prié, ama-t-on évacué le mystère de la K^ee? Non, sans doute. Nous devons tout à Dieu; mus Dw u nous assujettit à un ordre axtérieur de moyens humains. Les apôtres n'ont point cherché la vaine pompe et les grâces frivo.es des orateurs païens; ils ne se sont poinl attachés aux raisonnements subtils «tes philosophes, qui faisoient tout dépendre de ces raisonnements dans lesquels ils s'évaporoient, comme dit saint Paul; il- se sont contentes de prêcher Jésus-Christ avec tente la force et toute la magnificence du langage ^!e l'Écriture. Il est vrai qu'ils n'avoient pas besoin d'aucune préparation pour ce ministère, parce que le Saint-Esprit, descendu visiblement sur eux, leur donnoit à l'heure même des paroles. La différence qu'il y adoncentre les apôtres et leurs successeurs est que leurs successeurs, n'étant pas inspirés miraculeusement comme eux, ont besoin de se préparer et de se remplir de la doctrine et de l'esprit des Écritures pour former leurs discours. Mais cette préparation ne doit jamais tendre à parler moins simplement que les apôtres. Ne serez-vous [tas content, pourvu que les prédicateurs ne soient pas plus ornés dans leurs discours que saint Pierre, saint Paul, saint Jacques, saint Jude et saint Jean?

C. Je conviens que je le dois être, et j'avoue que l'éloquence ne consistant, comme vous le dites . que dans l'ordre et dans la lo: ce des paroles par lesquelles on persuade et on touche, elle ne me scandalise plus comme elle le faisoit. J'avois toujours pris l'éloquence pour un art entièrement profane.

A. Deux sortes de gens en ont cette idée : les faux orateurs, et nous avons vu combien ils s'égarent en cherchant l'éloquence dans une vaine pompe de paroles; les gens de bien qui ne sont pas assez instruits, et pour coux-là vous voyez que . renonçant par humilité à l'éloquence comme à un faste de paroles, ils cherchent néanmoins l'éloquence véritable, puisqu'ils s'efforcent de persuader et de toucher.

C. J'entends maintenant tout ce que vous dites. Mais revenons à l'éloquence de l'Écriture.

.t. Pour la sentir, rien n'est plus utile que d'avoir le goût de la simplicité antique : surtout la lecture des anciens Grecs sert beaucoup à y réussir. Je dis les anciens; caries Grecs, que les Romains mépri- «oient tant avec raison et qu'ils appeloient Grseculi, avoient entière-

ment dégénéré. Comme je vous le disois hier, il fautconnoltre Hnmère, Platon, Xénophon et les autres des anciens temps; après cela l'Écriture ne vous surprendra plus. Ce sont presque les mêmes coutumes, les mêmes narrations, les mêmes images des grandes choses, les mêmes mouvements. La différence qui est entre eux est tout entière à l'honneur de l'Écriture : elle les surpasse tous infiniment en naïveté, en vivacité, en grandeur. Jamais Homère n'a approché de la sublimité de Moïse dans ses Cantiques, particulièrement le dernier, que tous les enfants des Israélites dévoient apprendre p.ir cœur. Jamais nulle ode grecque ou latine n'a pu atteindre à la hauteur des Psaumes. Par exemple, celui qui commence ainsi : Le Dieu des dieux, le Séiqnetir a parlé et il a appelé la terre1, surpasse toute imagination humaine. Jamais Homère ni aucun autie poëte n'a égalé Isaïe peignant la majesté de Dieu, aux yeux duquel les royaumes ne sont qu'un grain de poussière, l'univers qu'une tente qu'on dresse aujourd'hui et qu'on enlèvera demain; tantôt ce prophète a toute la douceur et toute la tendresse d'une églogue dans les riantes peintures qu'il fait de la paix; tantôt il s'élève jusqu'à laisser tout au-dessous de lui. Mais qu'y a-t-il dans l'antiquité profane de comparable au tendre Jérémie déplorant les maux de son peuple, ou à Nahum voyant de loin en esprit tomber la superbe Ninive sous les efforts d'une armée innombrable? On croit voir cette armée, on croit entendre le bruit des armes et des chariots; tout est dépeint d'une manière vive qui saisit l'imagination : il laisse Homère loin derrière lui. Lisez encore Daniel dénonçant à Balthazar la vengeance de Dieu toute prête à fondre sur lui; et cherchez, dans les plus sublimes originaux de l'antiquité, quelque chose qu'on [misse comparer à ces endroits-la. Au reste, tout se soutient dans l'Écriture, tout y garde le caractère qu'il doit avoir, l'histoire, le détail des lois, les descriptions, les endroits véhéments, les mystères, les discours de morale. Enfin il y a autant de différence entre les poètes profanes et les proph'tes qu'il y en a entre le véritable enthousiasme et le faux. Les uns, véritablement inspirés, expriment sensiblement quelque chose de divin; les autres, s'efforçant de s'élever au-dessus d'eux-mêmes, laissent toujours voir en eux la foiblesse humaine. Il n'y a que le second livre des Machabées, le livre de la Sagesse surtout à la fin, et celui de l'Ecclésiastique surtout au commencement, qui se sentent de l'enflure du style que les Grecs, alors déjà déchus, avoient répandu dans l'Orient, on leur langue s'étoit établie avec leurdominaiion. Mais j'aurais beau vouloir vous parler de ces choses, il faut les lire pour les sentir.

B. Il me tarde d'en faire l'essai. On devrait s'appliquer à cette étude plus qu'on ne fait.

C. Je m'imagine bien que l'Ancien Testament est écrit avec cette magnificence et ces peintures vives dont vous nous parlez. Mais vous ne dites rien de la simplicité des paroles de Jésus-Christ.

A. Cette simplicité de style est tout à fait du goût antique; elle est conforme et à Moïse et aux prophètes, dont Jésus-Christ prend assez

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