NOTICE SUR FENELON. IX
en outre la puissante pénétration de son esprit, et cette faculté d'interprétation et de direction qui en a fait un des maîtres de la vie spirituelle. Commencé en 1681. il parut en 1687 seulement. «C'était, dit M. Villemain, un chef-d'œuvre de délicatesse et de raison, que n'a point égalé l'auteur d'Emile et le peintre de Sophie.» Cet ouvrage fonda solidement la réputation de Fénelon, et elle se répandit à la cour et dans tout le clergé. «Je ne donne pas ces petites choses pour granles, » disait Fénelon; c'est qu'il faisait dès lors ce qu'il fit toute sa vie, de grandes choses simplement, et sans les croire grandes.
Pendant qu'il était absorbé par ses fonctions et par les écrits qu'il composait à l'occasion de ses fonctions, il ne s'occupait ni de sa fortune ni du monde. Il voyait rarement l'archevêque de Paris, si rarement que M. de Harlay en fut blessé. «Vous voulez être oublié, monsieur l'abbé, lui dit-il, vous le serez. » Sansbiens par lui-même, il n'avait d'autre fortune que le prieuré de Carenac, de trois mille livres de rente, que son oncle de Sarlat lui avait donné en 1681. Son autre oncle, le marquis Antoine, était mort le 8 octobre 1683, et ses cendres reposaient dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice. Mais il cultivait les quelques amis qu'il avait connus chez lui, et parmi eux Bossuet et le duc de Beauvilliers. Bossuet ayant été transféré à Meaux en 1681; Fénelon allait le voir fréquemment à sa maison de campagne de Germiny. lui portait ses travaux, recevait ses avis et ses corrections, et le regardait alors comme son maître. Dans l'année de la révocation de l'édit de Nantes (1685), quand les populations naguère encore protestantes furent tout à coup violemment privées de leurs pasteurs, on organisa des missions catholiques pour préparer, achever ou consolider les conversions. Il était naturel que l'auteur du Traité du ministère des pasteurs (ce livre n'était pas encore imprimé, mais il était connu de quelques amis), que le supérieur des Nouvelles catholiques fût un des ouvriers appelés à féconder l'œuvre de Mme de Maintenon et de Louis XIV. Bossuet proposa au roi l'abbé de Fénelon, qui fut chargé de diriger les missions du Poitou et de la Saintonge.
4. — Musions du Poitou. Opinions de Fénelon sur les rapports de V Église et de l'État.
Le nouveau missionnaire désira choisir ses coopérateurs. Il demanda et on lui donna l'abbé de Langeron. le plus ancien, le plus cher de ses amis, l'abbé Bertier, depuis évêque de Blois, l'abbé Milon, aumônier du roi, et qui fut évêque de Condom, l'abbé Fleury, depuis sous-précepteur du duc de Bourgogne. L'abbé Fleury avait déjà publié l'Histoire du droit français, le Catéchisme historique, les Mœurs des israélites, les Mœurs des chrétiens, la Vie de la vénérable Marguerite d'Arbouse; il était abbé du Loc-Dieu, ancien avocat au parlement de Paris, et avait été précepteur d'un des fils du prince de Conclu, e! du comte de Vermandois; il fut depuis membre de l'Académie française, prieur d'Argenteuil, confesseur de Louis XV; son principal titre de gloire est son Histoire ecclèsiastiaua.