‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 9 sur 236 · Fénelon est nommé supérieur des Nouvelles catholiques · texte numérisé non relu

Fénelon est nommé supérieur des Nouvelles catholiques

Le talent de Fénelon, qui perçait malgré l'obscurité de ses fonctions, le nom de sa famille, les liaisons qu'il avait contractées dans la société de son oncle, le désignèrent à François de Harlay, archevêque de Paris depuis 1670, et lui valurent la place de supérieur des Nouvelles catholiques et des filles de la Madeleine de Traisnel. M. de Harlay, se souvenant d'avoir été archevêque de Rouen à vingt-six ans, ne fut pas effrayé de la jeunesse de Fénelon , qui en avait alors vingt-sept. C'était un poste au-dessous de sa naissance et de son mérite, mais qui exigeait beaucoup de dévouement et d'habileté. Fénelon le conserva pendant plus de dix ans. 11 quitta aussitôt la communauté des prêtres de Saint- Sulpice, et fut s'établir chez le marquis son oncle, à qui le roi avait accordé un logement dans l'abbaye de Saint-Germain des Prés.

On était alors en 1678. Ces dix années furent bien remplies pour Fénelon. Il composa le Traité de l'éducation des filles, un Abrégé de la rie de Charhmagne, qui malheureusement a été perdu, la Réfutation du système du P. Malebranche sur la Grâce, et le Traité du ministère des pasteurs. Il fit ces deux derniers ouvrages à la prière de Bossuet Le P. Malebranche était à cette époque le seul grand philosophe de la France. Ses livres n'étaient pas seulement étudiés par les savants; les gens du monde lisaient avec avidité ces écrits plutôt hardis que puissants, remplis des remarques les plus fines et des idées les plus chimériques, dans lesquels on admirait un rare talent d'observation et d'analyse, une grande pureté et une élévation constante de sentiments, de la grâce, et un style toujours élégant et limpide, parfois éloquent, semé de traits dignes d'un grand maître. Malebranche avait une école, surtout parmi les femmes, et quoique son orthodoxie ne fût pas suspecte, il avait une manière de mêîer la théologie et la philosophie, et d'interpréter saint Augustin par Descartes, qui pouvait aisément égarer ses disciples. Bossuet lui fit l'honneur de le craindre. Fénelon le réfuta dans la partie de sa doctrine qui traite de la nature et de la grâce; c'est le point où la philosophie touche de plus près à la théologie, et risque le plus de s'en séparer. Dans le Traite du ministère des pasteurs, Fénelon prit corps à corps un adversaire plus puissant et plus redoutable que Malebranche : il entreprit de montrer que le protestantisme n'a pas le caractère le plus essentiel et le plus nécessaire d'une religion, parce qu'il ne remplace pas les lumières individuelles par une autorité dont le ministère soit efficace et la mission incontestable; genre de polémique nouveau, mais pressant, qui substituait les questions de pratique aux questions théoriques, et qui laissant de côté la métaphysique et l'histoire, allait chercher dans l'âme même des protestants et dans les besoins de leurs cœurs, les forces destinées à les convertir. Les nouvelles fonctions de Fénelon lui indiquèrent ce sujet et lui fournirent cette méthode. Elles lui inspirèrent aussi son Traité de l'éducation des filles. Elles lui donnèrent cette abondance d'observations et cette expérience précoce qui font de cet ouvrage de sa jeunesse un livre si remarquable par la sûreté et la maturité. Il y porta

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