Fénelon est nomme précepteur au duc de Bourgogne
Fénelon avait trente-huit ans en 1689 et, malgré l'éclat des missions du Poitou, il était encore supérieur des Nouvelles converties. M. de Harlay exécutait sa menace, il l'oubliait. Le duc de Beauvilliers fut nommé gouverneur du duc de Bourgogne le 16 août 1689, et dès le lendemain il demandait au roi l'abbé de Fénelon pour précepteur. Fénelon était nommé à cette grande place avant même de savoir la nomination de son ami. Bossuet écrivait le 18 août à la marquise de Laval cette lettre charmante :
« Hier, madame, je ne fus occupé que du bonheur de l'Église et de l'État; aujourd'hui que j'ai eu le loisir de réfléchir avec plus d'attention sur votre joie, elle m'en a donné une très-sensible. Monsieur votre père3, un ami de si grand mérite et si cordial, m'est revenu dans l'esprit. Je me suis représenté comme il seroit à cette occasion, et à un si grand éclat d'un mérite qui se cachoit avec tant de soin. Enfin, madame, nous ne perdrons pas M. l'abbé de Fénelon, vous pourrez en jouir, et moi, quoique provincial, je m'échapperai quelquefois pour l'aller embrasser »
Faire l'éducation d'un prince appelé à régner est en tout temps une grande tâche. Mais pour comprendre à quel point le choix de Louis XIV transformait la carrière de Fénelon, il faut se rappeler qu'à cette époque la cour était tout. On n'était quelque chose que par elle et à condition d'eu faire partie. Au dehors, tout le monde était en respect devant les habitants de ce séjour privilégié et mystérieux, qui rece-
1. A Seignelay, 26 février 1686. — 2. A Bossuet, 8 mars 1686. 3. Le marquis Antoine de Fénelon.