‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 156 sur 236 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Télémaque , dans une assemblée des chefs de l'armée , combat la fausse politique qui leur inspiroit le dessein de surprendre Venuse, que les deux partis étoient convenus de laisser en dépôt entre les mains des Lucaniens. Il ne montre pas moins de sagesse à l'occasion de deux transfuges , dont l'un, nommé Achante, étoit chargé par Adraste de l'empoisonner; l'autre, nommé Dioscore , offroit aux alliés la tète d' Adraste. Dans le combat qui s'engage ensuite, Télémaque excite l'admiration universelle par sa valeur et sa prudence ; il porte de tous côtés la mort sur son passage, en cherchant Adraste dans la mêlée. Adraste, de son côté, le cherche avec empressement, environné de l'élite de ses troupes, qui fait un horrible carnage des alliés et de leurs plus vaillants capitaines. A cette vue , Télémaque indigné s'élance contre Adraste, qu'il terrasse bientôt, et qu'il réduit à lui demander la vie. Télélémaque l'épargne généreusement; mais, comme Adraste, à peine relevé, cherchoit à le surprendre de nouveau , Télémaque le perce de son glaive. Alors , les Dauniens tendent les mains aux alliés en signe de réconciliation , et demandent, comme l'unique condition de paix, qu'on leur permette de choisir un roi de leur nation.

Cependant les chefs de l'armée s'assemblèrent pour délibérer s'il falloit s'emparer de Venuse. C'étoit une ville forte, qu'Adraste avoit autrefois usurpée sur ses voisins, les Apuliens-Peucètes. Ceux-ci étoient entrés contre lui dans la ligue, pour demander justice sur cette invasion. Adraste, pour les apaiser, avoit mis cette ville en dépôt entre les mains des Lucaniens; mais il avoit corrompu par argent il la garnison lucanienne et celui qui la commandoit; de façon que la nation des Lucaniens avoit moins d'autorité effective que lui dans Vanuse; et les Apuliens, qui avoient consenti que la garnison lucanienne gardât Venuse, avoient été trompés dans cette négociation.

Un citoyen de Venuse, nommé Démophante, avoit offert secrète*

FÉNKI.ON — I* ]3

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ment aux alliés de leur livrer, la nuit, une des portes de la ville. Cet avantage étoit d'autant plus grand, qu'Adraste avoit rais toutes ses provisions de guerre et de bouche dans un château voisin de Venuse, qui ne pouvoit se défendre si Venuse étoit prise. Philoctète et Nestor avoient déjà opiné qu'il falloit profiter d'une si heureuse occasion. Tous les chevs, entraînés par leur autorité, et éblouis par l'utilité d'une si facile entreprise, applaudissoient à ce sentiment; mais Télémaque, à son retour, fit les derniers efforts pour les en détourner.

a Je n'ignore pas, leur dit-il, gue si jamais un homme a mérité d'être surpris et trompé, c'est Adraste, lui qui a si souvent trompé tout le monde. Je vois bien qu'en surprenant Venuse, vous ne feriez que vous mettre en possession d'une vilie qui vous appartient, puisqu'elle est aux Apuliens, qui sont un des peuples de votre ligue. J'avoue que vous le pourriez faire avec d'autant plus d'apparence de raison, qu'Adraste, qui a mis cette ville en dépôt, a corrompu le commandant et la garnison, pour y entrer quand il le jugera à propos. Enfin, je comprends, comme vous, que, si vous preniez Venuse, vous seriez maîtres, dès le lendemain, du château où sont tous les préparatifs de guerre qu'Adraste y a assemblés, et qu'ainsi vous finiriez en deux jours cette guerre si formidable. Mais ne vaut-il pas mieux périr que vaincre par de tels moyens? Faut-il repousser la fraude par la fraude? Sera-t-il dit que tant de rois, ligués pour punir l'impie Adraste de ses tromperies, seront trompeurs comme lui? S'il nous est permis défaire comme Adraste, il n'est point coupable, et nous avons tort de vouloir le punir. Quoi ! l'Hespérie entière, soutenue de tant de colonies grecques et de héros revenus du siège de Troie, n'a-t-elle point d'autres armes, contre la perfidie et les parjures d'Adraste, que la perfidie et le parjure? Vous avez juré, par les choses les plus sacrées, que vous laisseriez Venuse en dépôt dans les mains des Lucaniens. La garnison lucanienne, dites-vous, est corrompue par l'argent d'Adraste. Je le crois comme vous : mais cette garnison est toujours à la solde des Lucaniens; elle n'a point refusé de leur obéir; elle a gardé, du moins en apparence, la neutralité. Adraste ni les siens ne sont jamais entrés dans Venuse; le traité subsiste; votre serment n'est pjint oublié des dieux. Ne gardera-t-on les paroles données que quand on manquera de prétextes plausibles pour les violer ? Ne sera-t-on fidèle et religieux pour les serments que quand on n'aura rien à gagner en violant «a foi? Si l'amour de la vertu et la crainte des dieux ne vous touchent plus, au moins soyez touchés de votre réputation et de votre intérêt. Si vous montrez au monde cet exemple pernicieux, de manquer de parole et de violer votre serment pour terminer une guerre, quelles guerres n'exciterez-vous point par cette conduite impie? Quel voisin ne sera pas contraint de craindre tout de vous, et de vous détester? Qui pourra désormais, dans les nécessités les plus pressantes, se fier à vous? Quelle sûreté pourrez-vous donner quand vous voudrez êtro sincères, et qu'il vous importera de persuader à vos voisins votre sincérité? Sera-ce un traité solennel? vous en aurez foulé un aux pied.». Sera-ce un serment? hé! ne saura-t-on pas que vous comptez les dieu

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