‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 186 sur 236 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Lorsque l'aurore parut, Alcinous et Ulysse se levèrent, et tous deux ils sortirent pour se rendre au lieu de l'assemblée qu'on devoit tenir devant les vaisseaux. Quand ils y furent arrivés avec les Phéaciens, on s'assit sur des sièges de pierre bien polie.

Minerve prit alors la figure d'un des hérauts d'Alcinous; elle alla par la ville, et, pour disposer le retour d'Ulysse, s'approchant des principaux Phéaciens, elle leur disoit: a HAtez-vous, venez au conseil, écoutez-y les paroles de cet étranger qui arriva hier au palais du roi : il a longtemps erré sur les flots de la. mer, et je trouve qu'il ressemble aux immortels. » Par ces paroles, Minerve les excite, et leur inspire de la diligence et de l'intérêt. La place et les sièges sont bientôt rem-

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plis : tout le monde regarde avec étonnement le prudent fils de Laërte. Pallas lui avoit donné une grâce toute divine : elle le faisoit paroîtie plus grand et plus Tort, afin que par sa taille et par son air il attirât l'estime et l'attention des Phéaciens, et pour qu'il réussît dans le î jeux militaires qu'on devoit lui proposer pour éprouver sa vigueur et son adresse.

Lorsque tout le monde fut placé, Alcinoûs prit la parole, et dit : a Ecoutez-moi . chefs des Phéaciens : je ne connois point cet étranger ; j'ignore d'où il est venu, et si c'est de l'Orient ou de l'Occident; il nous conjure de lui fournir les secours et les moyens de retourner dans sa patrie. Tse nous démentons point en cette occasion : jamais nous n'avons fait soupirer longtemps après leur retour aucun de ceux qui ont abordé dans notre lie. Qu'on mette donc en mer un de nos meilleurs vaisseaux, et choisissons promptement parmi le peuple cinquante-deux jeunes gens des plus habiles à manier la rame ; qu'ils préparent tout, et qu'ils viennent ensuite dans mon palais pour y manger et se disposer à partir : je fournirai toutes les provisions nécessaires.

« Pour vous, qui êtes les plus considérables des Phéaciens, venez m'aider à traiter honorablement ce nouvel hôte. Que personne ne s*en dispense, et qu'on appelle Démodocus, cet excellent musicien, qui a reçu du ciel une voix si mélodieuse, et qui charme tous ceux qui l'entendent. » En finissant ces mots, le roi se lève et marche le premier; les autres le suivent. Un héraut va prendre Démodocus. Les cinquante -deux hommes choisis se rendent aussitôt sur le rivage, lancent à l'eau un excellent vaisseau, dressent le mât, y attachent des voiles, rangent les rames, et les lient avec des nœuds de cuir. Quand tout fut prêt, ils se rendirent au palais d'Alcinoûs. Les portiques, les cours, les salles furent bientôt remplis. Le roi fit égorger douze moutons, huit cochons et deux bœufs. On les dépouilla, et le festin fut promptement préparé. Le héraut amène Démodocus : il étoit aveugle; mais les Muses, qui le chérissoient, lui avoient donné une voix délicieuse. Pontonoùs le place sur un siège d'argent, au milieu des conviés, et l'appuie contre une colonne élevée, à laquelle il attacha sa lyre au-dessus de sa tête, en lui montrant comment il la pourroit prendre au besoin. Il met devant lui une table, la couvre de viandes, et pose dessus une coupe remplie de vin, afin que Démodocus pût boire quand il voudroit. Les conviés profitèrent delà bonne chère; et quand ils furent rassasiés, les Muses inspirèrent à leur favori de chanter les aventures et la gloire des héros les plus célèbres. Il commença par un événement qui avoit mérité l'attention des dieux mêmes : c'est la querelle fameuse survenue entre Achille et Ulysse dans les festins d'un sacrifice , sous le rempart de Troie. Agamemnon paroissoit ravi que les chefs des Grecs fussent divisés. Apollon le lui avoit prédit, lorsque, prévoyant les malheurs qui menaçoient la Grèce et les Troyens, il se rendit dans le superbe temple de Python, pour y consulter l'oracle.

Démodocus ravit de joie et d'admiration tous les assistants. Uiysse, attendri, prit son manteau, l'approcha de son visage, et se cacha pour que les Phéaciens ne le vissent pas répandre .des larmes. Dès que DÔt

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