‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 29 sur 236 · NOTICE SUR FENELON. XXIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FENELON. XXIX

mystiques ou parfaits distinguent trois états : le premier, et le moins excellent, où l'on est uni à Jésus-Christ homme-Dieu; le second où or est uni à Jésus-Christ uniquement comme personne divine; et le troi sième où on est uni à Dieu seul, à l'essence seule, sans plus considérer les personne^. Dans cette union essentielle, non-seulement l'âme n'aperçoit plus la personne de Jésus-Chnist, mais elle n'aperçoit même plus les attributs divins; et non-seulement elle ne voit plus en Dieu que l'essence pure de Dieu, mais elle ne voit rien en dehors de Dieu, it ne se voit plus elle-même. Elle perd son altérité1. «Elle commence recouler à son Dieu comme un fleuve à son origine; elle est toute perdue et abîmée en Dieu; elle perd la vue aperçue de Dieu, et toute lonnaissance distincte, pour petite qu'elle soit 2. » « L'anéantissement, pour être parfait, s'étend sur le jugement, inclinations, actions, désirs, pensées, sur toute la substance de la vie. L'âme doit être morte à ses souhaits, efforts, perceptions, voulant comme si elle ne voulait pas, comprenant comme si elle ne comprenait pas, sans avoir même de l'inclination pour le néant3. » «Dès les premiers degrés, elle se trouve dansun état d'impuissance de faire des demandes àDieu4. » «Ellene saurait lui rien demander ni rien désirer de lui, à moins que ce ne fût luimême qui lui en donnât le mouvement ; non qu'elle rejette et méprise les consolations divines, mais c'est que ces sortes de grâces ne sont plus guère de saison pour une âme aussi anéantie qu'elle Test, et qui est établie dans la jouissance du centre5. » « Une réflexion de l'àme sur ses actions suffirait pour l'empêcher de recevoir la vraie lumière. Il faut qu'elle marche sans réflexions sur elle-même et sur les perfections de Dieu6. » Une telle union, qui va jusqu'à la destruction de la conscience individuelle, ressemble à l'unification, cette dernière formule du panthéisme alexandrin. Il est naturel que, perdant le sentiment du moi, l'âme parfaite en perde aussi l'amour, et « devienne indifférente même au bonheur d'aimer Dieu '. » Elle est donc prête à souscrire à sa damnation éternelle. « Elle entre dans les intérêts de la justice de Dieu, consentant de tout son cœur à tout ce que Dieu fera d'elle, soit pour le temps, soit pour l'éternité8. » Quand une fois cet acte de pur amour, ou d'abandon absolu à Dieu, ou, comme auraient dit les alexandrins, d'unification à Dieu, est accompli, il est irrévocable, impérissable, éternel, a L'épouse ne répète pas à chaque instant à l'époux : « Je suis à toi 9. » a Vous avez donné un diamant à un ami : il est à lui, sans que vous renouveliez le don, tant que vous ne le révoquez pas 10. » a Le voyageur marche ; et sans avoir besoin de dire toujours : Je vais à Rome, il continue son voyage en vertu de la première résolution qu'il a faite d'y aller", d « L'amour pur est un

i. Rusbroc, De l'Ornement des noces spirituelles, p. 3.

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