NOTICE SUR FÉNELON. XXXVII
XIX. On peut dire en ce sens que l'âme passive et désintéressée ne veut plus même l'amour en tant qu'il est sa perfection et son bonheur; mais seulement en tant qu'il est ce que Dieu veut de nous.
XX. Les âmes transformées doivent, en se confessant, détester leurs fautes, se condamner et désirer la rémission de leurs péchés, non comme leur propre purification et délivrance, mais comme chose que Dieu veut et qu'il veut que nous voulions pour sa gloire.
XXI. Les saints mystiques ont exclu de l'état des âmes transformées les pratiques de vertu.
XXII. Quoique cette doctrine du pur amour fût la pure et simple perfection de l'Évangile marquée dans toute la tradition, les anciens pasteurs ne proposaient d'ordinaire, au commun des sujets, que les pratiques de l'amour intéressé, proportionnées à leur grâce.
XXIII. Le pur amour fait lui seul toute la vie intérieure et devient alors l'unique principe et Tunique motif de tous les actes délibérés et méritoires. »
On était au 25 mars. La cathédrale de Cambrai était en fête pour le jour de l'Annonciation , et Fénelon montait déjà les degrés de la chaire pour prêcher sur la solennité du jour. Tout à coup la porte s'ouvre; un homme épuisé fend la foule un papier à la main, se dirigeant vers l'archevêque. C'est son frère, le comte de Fénelon, arrivé en poste de Paris; ce papier, c'est la condamnation des Maximes des saints. Fénelon le lit, embrasse son frère, ne s'arrête point, et, sans parler de ce qu'il vient d'apprendre, change le sujet de son discours et prêche sur la soumission due à l'autorité de l'Église. Le comte de Fénelon n'avait pu se taire; la nouvelle circula tout bas dans l'église avec rapidité, et pendant que Fénelon, insensible en apparence à son malheur, se faisait à lui-même une leçon de soumission et de résignation, des larmes coulaient de tous les yeux.
Aussitôt que le bref fut accepté en France, il publia sa soumission en ces termes:
a Nous nous devons à vous sans réserve, mes très-chers frères, puisque nous ne sommes plus à nous, mais au troupeau qui nous est confié ; aussi nous nous regardons comme vos serviteurs pour l'amour de Jésus-Christ. C'est dans cet esprit que nous nous sentons obligé d'ouvrir ici notre cœur et de continuer à vous faire part de tout ce qui nous touche sur le livre intitulé: Explication des Maximes des saints. Enfin notre saint-père le pape a condamné ce livre avec les vingt-trois propositions qui en ont été extraites par un bref daté du 12 mars 1699, qui est maintenant répandu partout et que vous avez déjà vu.
« Nous adhérons à ce bref, mes chers frères, tant pour le texte du livre que pour les vingt-trois propositions, simplement, absolument et sans ombre de restriction. Ainsi nous condamnons tant le livre que les vingt-trois propositions, précisément dans la même forme et avec les mêmes qualifications, simplement, absolument et sans aucune restriction ; de plus, nous défendons sousla même peineàtous les fidèlesdece diocèse de lire et de garder ce livre.
« Nous nous consolerons, mes très-chers frères, de ce qui nous humi-