‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 41 sur 236 · NOTICE SUR FÉNELON. XLI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FÉNELON. XLI

miner de près, et demanda quelques changements. Refuser son approbation, après l'avoir donnée à Châlons en 1695, c'était s'avouer coupable; et l'accorder, c'était l'être, si le livre était vraiment janséniste. Ses théologiens le tranquillisèrent, et Bossuet, son ami de tous les temps, son oracle, son maître, qui alors était si intimement un à lui dans la poursuite du quiétisme, écrivit un Avertissement destiné à être mis en tête du livre, et qui parut séparément sous ce titre: Justification des Réflexions morales sur le Nouveau Testament. Bossuet relève avec soin tous les passages du livre du P. Quesnel qui contredisent formellement les opinions attribuées aux jansénistes, et tout en blâmant a avec franchise,» dit-il, quelques expressions échappées au pieux auteur, il s'attache à démontrer que l'archevêque de Paris a formellement repoussé et condamné le jansénisme en plusieurs circonstances.

On peut penser que. quand le livre du P. Quesnel fut condamné, l'auteur, poursuivi, traqué, emprisonné, les adhérents persécutés, on ne manqua pas d'invoquer ces vingt-deux années pendant lesquelles ie livre s'était publiquement vendu à un nombre incalculable d'exemplaires avec l'approbation de deux évêques, l'approbation réitérée, après plusieurs examens, de l'archevêque de Paris, et surtout, l'apologie du livre expressément écrite par Bossuet. Les adversaires répondirent que le livre avait paru par parties, qu'il n'avait été complet qu'en 1693, que sur les cent une propositions condamnées, il ne s'en trouvait que cinq dans l'édition de 1671, et cinquante-trois dans l'édition de 1687. Il n'en était pas moins certain que Bossuet et M. de Noailles avaient approuvé l'édition de 1699, où se trouvaient toutes les propositions censurées. Ainsi Bossuet avait adhéré, sans le savoir, au jansénisme, grande leçon de modestie pour les théologiens, et surtout de charité. Il n'y a peutêtre pas un docteur qui ne soit hérétique dans quelques-unes de ses pages. La bonne intention couvre tout, et le silence, et la sage indulgence de l'Église.

Les condamnations pontificales ne tardèrent pas à intervenir. La première fut portée à propos d'un pamphlet janséniste intitulé Cas de conscience. Le bref de Clément XI est du 12 février 1703. Bossuet le publia; l'archevêque de Paris, alors cardinal, le publia également. Il ne fut pas aussi docile dans la suite; il hésita sans cesse entre les deux partis, toujours faible et irrésolu, quoique toujours parfaitement consciencieux et honorable. C'est à partir du bref de 1703 que Fénelon fut obligé d'intervenir, en vertu des devoirs de son ministère.

Pour que l'on puisse comprendre le sens et l'importance de la querelle, nous résumerons la doctrine janséniste dans les trois propositions suivantes. C'est le bénéfice ae l'histoire; rien n'est plus compliqué qu'une querelle philosophique ou religieuse pendant qu'elle dure; tout se simplifie et s'éclaircit pour la postérité, parce que les questions de personnes et les habiletés de la discussion disparaissent.

Première proposition. La volonté ne peut être déterminée que par la grâce ou par la concupiscence.

Seconde proposition. De ces deux délectations , la grâce, que Dieu

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