‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 42 sur 236 · XLII NOTICE SUR FÉNELON · texte numérisé non relu

XLII NOTICE SUR FÉNELON

donne, quand il lui plaît, la concupiscence, qui naît spontanément de notre nature corrompue, la plus forte dans le moment présent l'emporte par nécessité. Si les deux forces se font équilibre parfait, l'âme demeure immobile.

Ces deux propositions doctrinales remontent à Jansénius et à Baïus.

Troisième proposition, empruntée aux écrits d'Edmond Richer, syndic de la faculté de théologie de Paris au commencement du dix-septième siècle : l'Église a l'autorité de prononcer des excommunications pour l'exercer par les premiers pasteurs, mais du consentement au moins présumé de tout le corps. D'où il suit que la vérité peut se trouver exclusivement dans les simples fidèles, et que les simples prêtres ou même les simples fidèles sont juges de la foi concurremment avec les évêques.

Il va sans dire que les jansénistes se défendaient d'admettre ces trois propositions, ou du moins la seconde et la troisième; mais la seconde résultait logiquement de la première, et la troisième dirigeait, peutêtre à leur insu, toute leur conduite.

C'étaient des révoltés contre l'autorité de l'Église, qui pourtant étaient partisans sincères de l'autorité qu'ils méconnaissaient. Ils s'épuisaient en subtilités inutiles pour mettre d'accord leur théorie et leur pratique. Quoique partisans de l'autorité du pape et de l'unité de l'Église, et ennemis dogmatiques de la liberté humaine, ils parlaient le plus souvent, et ils agissaient toujours en libéraux.

Fénelon était en tout dti parti de ces intolérants de principe qui pratiquent par bonté la tolérance, et de ces aristocrates qui laissent prendre à leurs inférieurs une liberté à laquelle, suivant eux, ils n'ont pas droit. Il était donc l'ennemi des principes jansénistes, qu'il combattit toujours, et le protecteur des jansénistes, qui étaient nombreux dans son diocèse, et qui y trouvaient, comme les protestants, une protection généreuse. En 1703, il publia une instruction pastorale où il anéantissait la distinction du fait et du droit, imaginée par les jansénistes pour couvrir leurs contradictions. En 1709, quand Port-Royal fut détruit, il écrivit au duc de Chevreuse : « Un coup d'autorité tel que celui-là ne peut qu'exciter la compassion publique pour ces filles etl'indignation contre leurs persécuteurs. » En 1713, quand parutla bulle Unigenitus, portant condamnation des cent une propositions extraites des Réflexions morales , il la publia dans son diocèse avec une belle instruction sur l'unité romaine. On sait que douze évêques refusèrent d'accepter la constitution, que le cardinal de Noailles, tout en condamnant le livre, fit des réserves sur la bulle. Fénelon ne fut préoccupé que de sauver l'unité de l'Eglise. Nous citerons cette belle page, qui exprime si éloquemment cette conviction de toute sa vie, à laquelle il fit tant de sacrifices.

a 0 Église romaine! ô cité sainte! ô chère et commune patrie de tous les vrais chrétiens! il n'y a en Jésus-Christ ni Grec, ni Scythe, ni barbare, ni Juif, ni gentil ; tout est fait un seul peuple dans votre sein, tous sont concitoyens de Rome et tout catholique est romain. La voilà cette grande tige qui a été plantée de la main de Jésus-Christ. Tout rameau qui

NOTICE ÎUR FÉNELON. XLin

en a été détaché se flétrit, se desssèche et tombe. 0 mère, quiconque est enfant de Dieu est aussi le vôtre; après tant de siècles vous êtes encore féconde. 0 épouse! vous enfantez sans cesse à votre époux dans toutes les extrémités de l'univers; mais d'où vient que tant d'enfants dénaturés méconnoissent aujourd'hui leur mère, s'élèvent contre elle et la regardent comme une marâtre? D'où vient que son autorité leur donne tant de vains ombrages? Quoi! le sacré lien de l'unité, qui doit faire de tous les peuples un seul troupeau et de tous les ministres un seul pasteur, sera-t-il le prétexte d'une funeste division? Serions-nous arrivés a ces derniers temps où le Fils de l'homme trouvera à peine de la foi sur la terre? Tremblons, mes très-chers frères, tremblons que le règne de Dieu dont nous abusons ne nous soit enlevé et ne passe à d'autres nations qui en porteront les fruits. Tremblons, humilions-nous, de peur que Jésus-Christ ne transporte ailleurs le flambeau de la pure foi, et qu'il ne nous laisse dans les ténèbres dues à notre orgueil. 0 Église! d'où Pierre confirmera à jamais ses frères, que ma main droite s'oublie ellemême si je vous oublie jamais! que ma langue se sèche et devienne immobile, si vous n'êtes pas jusqu'au dernier soupir de ma vie le principal objet de ma joie et de mes cantiques! »

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