Politique
Fénelon s'est occupé de politique depuis le moment où il a été précepteur. On peut dire qn'il l'a fait par devoir; c'était aussi son inclination. Il n'est pas douteux que si le duc de Bourgogne avait régné il eût fait de Fénelon son premier ministre. Dans le court intervalle qui sépara la mort des deux Dauphins, l'archevêque ne cessa d'envoyer soit au prince, soit au duc de Beauvilliers, des mémoires qui sentent le chef futur ou du moins le principal conseiller du gouvernement. On peut diviser ses écrits politiques en quatre classes: ses mémoires sur la situation intérieure de la France pendant le règne de Louis XIV, ses mémoires sur la politique étrangère, et principalement sur la succession d'Espagne; ses plans, mémoires, etc., adressés au duc de Bourgogne directement ou par l'intermédiaire du duc de Montpensier, et enfin le Télémaque. On a dit qu'il ne fallait pas voir dans le Télémaque un ouvrage politique, que c'était plutôt un traité de morale sous une forme attrayante. Louis XIV en jugea autrement; il y vit une censure de son gouvernement, et sinon un traité spécial de politique, au moins l'indication de tendances et de principes généraux très-opposés à ses idées et à sa conduite. En effet, presque tous les plans proposés au duc de Bourgogne se retrouvent en germe dans le Télémaque. Fénelon était très-réfléchi, très-conséquent avec lui-même; sa pensée et sa conduite suivaient toujours une voie régulière et constante à travers la diversité de ses situations et de ses occupations. Ses vues sur la succession d'Espagne et l'abdication de Philippe V, qu'il finit par proposer, n'auraient plus aujourd'hui qu'un intérêt très-secondaire; nous citerons un passage de son grand mémoire sur la situation de la France, pour montrer avec quelle énergie il s'avouait à lui-même les malheurs