‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 45 sur 236 · NOTICE SUR FÉNELON. XLV · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FÉNELON. XLV

« L'armée peut à peine faire quelque mouvement, parce qu'elle n'a d'ordinaire du pain que pour tin jour.

a. Nos places qu'on a cru les plus fortes n'ont rien d'achevé; on a vu même, par les exemples de Menin et de Tournai, que le roi y a été indignement trompé pour la maçonnerie , qui ne valoit rien. Chaque place manque même de munitions; si nous perdions encore une bataille, les places tomberoient comme un château de cartes.

a Les peuples ne vivent plus en hommes, et il n'est plus permis de compter sur leur patience, tant elle est mise à une épreuve outrée. Ceux qui ont perdu leurs blés de mars n'ont plus aucune ressource; les autres, un peu plus reculés, sont à la veille de les perdre. Comme ils n'ont plus rien à espérer, ils n'ont plus rien à craindre.

a Les fonds de toutes les villes sont épuisés; on en a pris pour le roi les revenus de dix ans d'avance . et on n'a point de honte de leur demander avec menaces d'autres avances nouvelles qui vont au double de celles qui sont déjà faites. Tous les hôpitaux sont accablés; on en chasse les bourgeois pour lesquels seuls ces maisons sont fondées, et on les remplit de soldats. On doit de très-grandes sommes à ces hôpitaux, et au lieu de les payer, on les surcharge de plus en plus chaque jour.

« Les François qui sont prisonniers en Hollande y meurent de faim, faute de payement de la part du roi. Ceux qui sont revenus en France avec des congés n'osent retourner en Hollande, quoique l'honneur les y oblige, parce qu'ils n'out ni de quoi faire le voyage ni de quoi payer ce qu'ils doivent chez les ennemis. Nos blessés manquent de bouillon, de linge et de médicaments; ils ne trouvent pas même de retraite, parce qu'on les envoie dans des hôpitaux'qui sont accablés d'avance pour le roi, et sont pleins de soldats malades. Qui est-ce qui voudra s'exposer dans un combat à être blessé, étant sûr de n'être ni pansé ni secouru? On entend dire aux soldats , dans leur désespoir, que si les ennemis viennent ils poseront les armes bas. On peut juger par là de ce qu'on doit craindre d'une bataille qui décideroit du sort de la France.

« On accable tout le pays par la demande des chariots; on tue tous les chevaux de paysans : c'est détruire le labourage pour les années prochaines, et ne laisser aucune espérance pour faire vivre ni les peuples ni les troupes. On doit juger par là combien la domination françoise devient odieuse à tout le pays.

« Les intendants font maigre eux presque autant de ravages que les maraudeurs; ils enlèvent jusqu'aux dépôts publics; ils déplorent hautement la honteuse nécessité qui les y réduit. Ils avouent qu'ils ne sauroient tenir les paroles qu'on leur fait donner. On ne peut plus faire le service qu'en escroquant de tous côtés; c'est une vie de bohèmes, et non pas de gens qui gouvernent. Nonobstant la violence et la fraude, on est souvent contraint d'abandonner certains travaux très-nécessaires, dès qu'il faut une avance de deux cents pistoles pour les exécuter dans le plus pressant besoin.

« La nation tombe dans l'opprobre, elle devient l'objet de la déri-

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