‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 5 sur 236 · IV NOTICE SUR FENELON · texte numérisé non relu

IV NOTICE SUR FENELON

dans la disgrâce, à M. Tronson, qui en était le supérieur. Le marquis de Fénelon, son oncle, avait pour ami et pour directeur M. Olier, fondateur et premier supérieur de Saint-Sulpice. Après avoir été élevé dans la congrégation, Fénelon est mort en ia recommandant au roi, et en déclarant qu'il ne connaissait rien dans l'Église de plus vénérable et de plus apostolique. Il est également difficile de savoir où il aurait contracté des relations avec les jansénistes dans sa jeunesse; ce n'est ni chez son oncle, ni à Saint-Sulpice, puisque M. Olier était disciple de saint Vincent de Faul, qui a été très-constamment et très-énergiquement l'adversaire du jansénisme. On sait en effet qu'étant président du conseil de conscience, ce qui le mettait à la tête du clergé, il prit l'initiative de la condamnation du livre de Jansénius, et la fit demander au pape par quatre-vingt-huit évêques de France; à son exemple, la congrégation de Saint-Sulpice a toujours été opposée au jansénisme, avec modération pour les personnes, mais avec décision et fermeté pour les doctrines.

Loin d'avoir sacrifié ses opinions a son ambition et flotté entre les partis. Fénelon a sacrifié au contraire sa fortune à ses convictions et gardé toute sa vie la forte empreinte de l'enseignement reçu dans sa jeunesse. Quiconque a lu attentivement les écrits de Fénelon, avouera qu'on peut résumer en deux mots sa théorie : dans la doctrine, il est profondément hostile au jansénisme; dans la morale, il est enclin à la fois à l'austérité et à la spiritualité. Son histoire est pleinement d'accord avec ses œuvres; elle nous le montre sans cesse en liaison avec les jésuites, qui se rapprochaient de lui par la lutte commune contre le jansénisme, et par un commun amour pour la mysticité; mais il était lié avec eux sans se donner à eux; il était de leur opinion sans être de leur parti; il gardait son indépendance, comme il le fit voir dans la question des cérémonies de la Chine, et comme il le montre encore bien mieux dans tout le tissu de sa morale et de sa direction spirituelle. Ces opinions et cette situation sont précisément conformes à l'enseignement etàlaconduite de Saint-Sulpice que le duc de Saint-Simon est assez excusable d'avoir mal connus. S'il n'y avait pas toujours quelque danger à généraliser dans des matières si délicates, on pourrait dire que la congrégation de Saint-Sulpice était avec les jésuites contre les jansénister dans la doctrine, et avec les jansénistes contre les jésuites dans la morale1. Elle mêlait à l'austérité de ses principes un goût décidé pour la spiritualité. M. Olier, fondateur de la congrégation, a laissé une Vie de Marie du Saint-Sacrement. Saint Vincent de Paul, dont M. Olier était le disciple, fut à la fois le promoteur des sévérités contre le jansénisme, et de la canonisation de saint François de Sales. Fénelon n'avait que neuf ans quand saint Vincent de Paul mourut, et par conséquent il n'a

1. « Je suis sûr que, si les jansénistes n'avaient attaqué les jésuites que sur la morale, ils auraient eu presque tout le monde de leur côté. Il n'y a personne, quelque méchant qu'il soit, qui ose se déclarer en faveur de la méchante moitié. Vous savez que Messieurs de Saint-Sulpice font profession ouverte de n'être point jansénistes pour la doctrine; cependant pour ce qui est de la morale, ils en usent tout autrement, et je crois qu'en cela ils ont pris le bon parti. »

(Lettres critiques de Richard Simon, t. iv. n (88, éd. d'Amsterdam, 1730.)

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