NOTICE SUR FÉNELON. V
pu le connaître; à plus forte raison, il n'a pas connu M. Olier, mort
deux ans avant saint Vincent de Paul ; mais il a trouvé, dans le marquis Antoine de Fénelon , un ami, un disciple de ces deux hommes vénérables, et il a sucé, pour ainsi dire, leurs principes, il a été nourri de leurs maximes et de leurs exemples à l'école de M.Tronson, pendant tout le temps qu'il a fréquenté Saint-Sulpice comme élève ou comme prêtre de paroisse. Les grâces incomparables de l'esprit de Fénelon nous cachent trop le saint en lui, et nous empêchent de voir sa parenté incontestable avec saint Vincent de Paul. C'est seulement à la réflexion qu'on reconnaît qu'il l'a imité dans sa conduite et suivi dans sa doctrine. On n'a d'ailleurs pour s'en convaincre qu'à parcourir les Lettres spirituelles et les Conférences de saint Vincent de Paul, et à les rapprocher des Lettres spirituelles de Fénelon.
La plupart des biographes, et M. de Bausset lui-même, ont prétendu que Fénelon, pendant son séjour au séminaire de Saint-Sulpice, avait conçu la pensée de se consacrer aux missions du Canada, fondées par la congrégation; que M. Tronson y avait consenti, et que Fénelon était parti pour aller demander l'autorisation de l'évêque de Sarlat, frère de son père. Ils en donnent pour preuve une lettre adressée par M. Tronson en février 1667 à l'évêque de Sarlat. Dans sa lettre, M. Tronson parle à l'évêque de Sarlat du projet de son neveu comme d'une résolution bien arrêtée; il avoue que l'évêque a dû en être surpris; il s'excuse de ne pas lui en avoir parlé ; il déclare qu'après plusieurs épreuves il a trouvé une inclination si forte et des intentions si désintéressées qu'il n'a pas cru pouvoir s'y opposer plus longtemps. Le nom de mission du Canada et le mot même de mission ne se trouve pas dans la lettre; on peut même trouver singulier que M. Tronson parle d'intentions désintéressées, car on ne se fait pas missionnaire au Canada pour arriver aux honneurs ou à la fortune. M. Gosselin a supposé qu'il s'agissait dans la lettre de M. Tronson, non de Fénelon lui-même, mais d'un de ses frères qui alla en effet au Canada après être entré dans la société de Saint-Sulpice. Cette conjecture paraît d'autant plus fondée que Fénelon, né au mois d'août 1651, n'avait encore que quinze ans en février 1667. Prend-on à quinze ans la résolution de se faire missionnaire? Un directeur regarde-t-il une telle résolution, dans un enfant, comme définitive et inébranlable? M. Tronson ajoute cnpostscriptum: a J'ai cru, Monseigneur, devoir ajouter un mot sur le silence que nous avons gardé en cette affaire, que j'ai appris depuis ma lettre écrite vous avoir fait quelque peine. Premièrement je vous dirai que nous n'avons pas accoutumé de parler des personnes que nous dirigeons et confessons; nous leur donnons simplement avis sur ce qu'elles nous demandent.... » C'est fort bien, s'il s'agit d'une personne déjà formée et dont on soit seulement le confesseur ou le directeur; mais il s'agit ici d'un élève, et d'un élève de quinze ans. Fénelon à cet âge n'était pas dans les ordres; il ne pouvait partir pour le Canada que dans plusieurs années; pourquoi cette hâte dans la détermination et ce voyage de Sarlat? Comment le marquis de Fénelon et le supérieur de la société lui avaient-ils permis de quitter ses études pour aller faire sans néces-