‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 50 sur 236 · NOTICE SUR FENELON. LI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FENELON. LI

considérant pas les biens de l'Église comme le patrimoine particulier d'un év'êque. Il avait en outre à Cambrai quelques rares visiteurs attirés par l'éclat de sa réputation, tels que le P. Quirini, depuis cardinal, le maréchal de Munich, qui a joué un si grand rôle en Russie, le roi détrôné d'Angleterre Jacques III, et d'autres qui venaient lui demander de les diriger, de les convertir ou de les affermir dans leur conversion. De ce nombre furent l'évêque de Cologne, d'abord très-peu dévot, malgré son titre, et que Fénelon convertit, ordonna et consacra: et M. de Ramsay, gentilhomme jacobite dont il fut l'ami et le maître et qui s'est immortalisé par sa piété envers sa mémoire. M. de Ramsay fut un instant précepteur des enfants de Jacques III. Il a laissé plusieurs ouvrages, qu'on publie assez ordinairement avec ceux de Fénelon et qui perdent beaucoup à ce voisinage.

Nous avons parlé des écrits de Fénelon, à mesure qu'ils se sont présentés, et nous n'avons pas à y revenir ici. Il composa ses Lettres sur la religion pour répondre au désir du duc d'Orléans, qui goûtait son esprit et qui, curieux de tout, eut aussi de la curiosité pour les matières de théologie naturelle. Sa lettre à l'Académie est un des derniers écrits qu'il composa. Ses longues controverses théologiques, ses travaux sur la politique, ses malheurs, le gouvernement de son diocèse dans les circonstances les plus difficiles, lui avaient laissé tout son attrait pour les études purement littéraires, et il trouvait, pour parler à l'Académie, un langage digne des plus grands maîtres, une sûreté de goût, une abondance d'idées, qui ,1e placent, comme juge dans l'art de bien dire, à côté des Quintilien et des Cicéron. Il était, sur la fin de sa vie, en correspondance avec Lamothe, alors dans le feu de sa querelle contre les anciens. Lamothe crut un instant l'avoir pour lui, parce que Fénelon aimait les anciens d'un amour passionné, mais intelligent, et s'asservissait à leur goût et à leurs exemples, non à leurs doctrines et à leurs règles. Fénelon écrivait beaucoup et publiait peu, si ce n'est pour les besoins de la polémique. La première partie de son Traité de l'existence de Dieu est la seule qui ait été publiée de son vivant. Jamais auteur ne le fut moins, et c'est ce qui fait le charme de ses écrits : Fénelon s'y est peint lui-même.

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