‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 51 sur 236 · Mort de Fénelon · texte numérisé non relu

Mort de Fénelon

L'abbé de Langeron était mort en 1710. Quinze mois après, c'était le tour du duc de duc de Bourgogne. Le duc de Chevreuse mourut le 5 novembre 1712, Beauvilliers le 31 août 1714. Fénelon s'écria : « Tous mes liens sont rompus. » Rien ne le retenait plus ici-bas.

Fénelon faisait une visite dans son diocèse. Sa voiture versa; personne ne fut blessé, mais Fénelon vit le péril et eut dans sa faible machine toute la commotion de cet accident. Il se coucha dans la soirée. On était au 1er janvier 1715. Sa maladie était une fièvre continue; elle ne dura que six jours, avec des douleurs très-aiguës. Les deux derniers jours et les deux dernières nuits, il demanda avec instance à ceux qui l'environ^ert de lui réciter les textes de l'Écriture les plus convenables $

Lit NOTICE SUR FÉNELON.

l'état où il se trouvait. « Répétez, répétez-moi ces divines paroles, » disait-il. Il les répétait lui-même selon ses forces. Il avait auprès de lui l'abbé de Fénelon; deux autres de ses neveux, l'abbé de Peaumont et le marquis de Fénelon, accoururent en poste de Paris. Us amenaient avec eux Chirac, alors au duc d'Orléans, et qui fut depuis le premier médecin de Louis XV. Mais on vit bien que tout remède était inutile. Tous les amis de l'illustre mourant, son chapitre, son clergé, tout le diocèse assiégeait la porte du palais. Lui seul était calme, consolant ceux qui l'entouraient, d'une voix douce, tant qu'il put parler, se montrant reconnaissant de leur affection, ayant toujours le nom de Dieu sur les lèvres et récitant avec ses aumôniers la prière des agonisants. Il mourut en saint, comme il avait vécu, aussi illustre par secvertus que par son génie. Sa mort arriva le 7 janvier 1715.

Voici la lettre qu'il écrivit au P. Le Tellier, confesseur du roi, la veille de sa mort :

« Je viens de recevoir l'extrême-onction. C'est dans cet état, mon révérend père, où je me prépare à aller paroître devant Dieu, que je vous prie instamment de représenter au roi mes véritables sentiments.

a Je n'ai jamais eu que docilité pour l'Église et qu'horreur pour les nouveautés qu'on m'a imputées. J'ai reçu la condamnation de mon livre avec la simplicité la plus absolue.

« Je n'ai jamais été un seul moment en ma vie sans avoir pour la personne du roi la plus vive reconnoissance, le zèle le plus ingénu, le plus profond respect et rattachement le plus inviolable.

« Je prends la liberté de demander à Sa Majesté deux grâces qui ne regardent ni ma personne ni aucun des miens.

« La première est qu'il ait la bonté de me donner un successeur pieux, régulier, bon et ferme contre le jansénisme, lequel est prodigieusement accrédité sur cette frontière.

« La seconde est qu'il ait la bonté d'achever avec mon successeur ce quin'apu ê!re achevé avec moi pour messieurs de Saint-Sulpice. Je dois à Sa Majesté le secours que je reçois d'eux. On ne peut rien de plus vénérable. Si Sa Majesté veut bien faire entendre à mon successeur qu'il vaut mieux qu'il conclue avec ces messieurs ce qui est déjà si avancé, la chose sera bientôt finie.

o Je souhaite à Sa Majesté une longue vie, dont l'Église aussi bien que l'État ont infiniment besoin. Si je puis aller voir Dieu, je lui demanderai souvent ces grâces. Vous savez, mon révérend père, avec quelle vénération.... Fr., archev. de Cambrai

a A Cambrai, 6 janvier 1715. »

14 — Avertissement sur cette édition.

La grande édition complète des œuvres de Fénelon forme plus de cinquante volumes in-octavo, parce qu'on a recueilli toutes les lettres, tous les mandements qu'on a pu trouver ; tous les textes écrits par Fénelon sur des feuilles volantes pour servir de matière aux thèmes et aux versions

NOTICE SUR FÉNELOr?. LIT!

du duc de Bourgogne. Il est bon , il est même nécessaire qu'il y ait des éditions complètes où se trouve et se conserve pour la postérité tout ce qu'a pu écrire un grand homme. Souvent la phrase en apparence la plus insignifiante jette sur un point d'histoire ou sur une question épineuse, un jour inattendu; et toutes les fois qu'on a pu rassembler assez de variantes pour montrer comment un maître se corrige et s'améliore lui-même, on a rendu un véritable service aux lettres. C'est ainsi que dans les arts du dessin, on recueille avec un soin pieux les esquisses successives qui font, pour ainsi dire, l'histoire du tableau dansla pensée même du peintre. Personne ne méritait mieux que Féneîon cet honneur des œuvres complètes. Ce noble et excellent esprit, toujours occupé de sa tâche, toujours prêt à la remplir, et toujours semblable à lui-même, se retrouve tout entier aussitôt qu'il prend la plume; rien ne fait disparate, ni pour le fond, ni pour le style, et la moindre lettre écrite négligemment pour répondre à la question d'un ami, a toute la pénétrante éloquence de ses ouvrages de longue haleine. Cette grande âme ne s'oubliait et ne se relâchait jamais. C'est un bonheur étrange de le constater en parcourant ses œuvres complètes. Jamais écrivain ne s'est plus complètement donné que Fénelon. Aucun livre ne met le lecteur en communication plus intime avec l'auteur.

Il fallait pourtant faire un choix; car les œuvres en cinquante volumes ne sont que pour les plus savantes bibliothèques. Nous avons sacrifié dans la polémique tout ce que le temps a sacrifié, ce qui devai son intérêt aux préoccupations du moment; et nous avons gardé ce qui touche aux questions éternelles , qui seront éternellement discutées entre les hommes. Nous avons fait de même pour la correspondance; ce qui tenait trop essentiellement à ia vie de correspondants obscurs, et les lettres, en très-grand nombre, qui faisaient double emploi, ont disparu. Nous n'avons pas trop de regret à une foule de mandements pour ordonner des prières, ou pour prescrire les devoirs du carême; à des réflexions s-ir la politique extérieure qui ne contenaient ni des faits trèsnouveaux. n; des réflexions très-originales. Nous avons surtout éloigné avec grand si in des ouvrages para-ites, qui n'avaient que faire dans les œuvres de Fénelon, tels que la Politique de Ramsay, ou les Vies des anciens philosophes. Malgré tous ces retranchements, nous offrons, en quatre volâmes, au public lettré, tout ce qu'il y a d'important dans Fénelon; un Fénelon complet, dans des œuvres choisies.

Comme ces ouvrages ont été composés pour la plupart sans préméditation, pour répondre à une lettre, pour éclaircir un doute, pour remplir une o^l.gation courante, on n'est pas très-bien renseigné sur leur Hile. Nous étions donc tout autorisés à les disposer suivant l'ordre des matières. Sans nous astreindre à une classification bien rigoureuse, nous avons donné successivement les œuvres littéraires, l'éducation et la critique, la politique, la philosophie, la théologie et les lettres spirituelles. Nous souhaitons bien passionnément de concourir, non pas à populariser le nom de Fénelon, mais à populariser ses écrits. Il est de ceux qu'on ne lit jamais sans devenir meilleur; et son trait distinctif, son caractère le plus éminent, est de rendre, sans effort, la vertu

Page 1