‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 7 sur 236 · VI NOTICE SUR FÉNELON · texte numérisé non relu

VI NOTICE SUR FÉNELON

site absolue un voyage long et difficile? Nous savons que Fénelon ayant prêché à quinze ans avec beaucoup de succès, le marquis de Fénelon, que la vaine gloire ne touchait pas, résolut aussitôt d'ôter son neveu du collège du Plessis pour le mettre à Saint-Sulpice. C'est donc au moment même où il entrait dans la maison qu'il en serait parti pour faire ce voyage à Sarlat? Et quelles sont ces épreuves dont parle M. Tronson, et qui lui suffisent pour déclarer que les résolutions de cet enfant sont irrévocables? C'est à peine s'il le connaît, s'il a eu le temps de raisonner avec lui. « Après ces épreuves, dit-il dans sa lettre, son inclination se trouvant toujours également forte et ses intentions paraissant désintéressées, je me suis vu hors d'état de passer outre; ayant employé inutilement tout ce que je pouvais, et ne croyant pas dans ces dispositions avoir droit de faire d'autre violence à son désir. » Il y a méprise, on n'en saurait douter, et ce n'est pas de Fénelon qu'il s'agit. Fénelon passa au séminaire tout le temps de son noviciat; s'il fit un voyage à Sarlat à cette époque, ce fut pour son agrément ou pour profiter des conseils de son oncle ; sa famille n'eut pas à combattre en lui la résolution de partir pour le Canada ; il reçut les ordres sacrés et entra immédiatement comme prêtre dans la communauté qui l'avait préparé pour le sacerdoce. Saint-Simon dit expressément qu'il ne se mit pas parmi eux. « II les cultivoit avec grand soin, sans toutefois être tenté de quelque chose d'aussi étroit pour ses vues que de se mettre parmi eux. » C'est qu'il prend la congrégation de Saint-Sulpice pour un ordre religieux, tandis que ce n'est pas autre chose qu'une association volontaire reconnue par l'État et l'Église, mais qui n'engage pas la liberté de ceux qui la composent. L'association comptai; plusieurs maisons en France; elle avait en outre un établissement au Canada: ses membres se destinaient au ministère spirituel et surtout à renseignement de la théologie; ils étaient soumis dans chaque maison à la direction d'un supérieur qui reconnaissait lui-même l'autorité de M. Tronson, sans que celui-ci prît aucun titre ou eût, comme supérieur général, aucun rang dans l'Église. M. Olier, le fondateur de la congrégation, avait été en même temps curé de Saint-Sulpice; les prêtres qu'il dirigeait plus spécialement étaient alors ses collaborateurs, et quand il résigna sa cure entre les mains de l'abbé de Saint-Germain des Prés, qui en était le collateur, il resta à leur tête comme supérieur, et ils restèrent comme auxiliaires dans la paroisse. C'est là, c'est au milieu d'eux, dans ces conditions d'abnégation et de dévouement, que Fénelon se consacra pendant plusieurs années aux fonctions du ministère spirituel.

C'est apparemment vers ce temps-là qu'il songea à se consacrer aux missions du Levant. Du moins, M. de Bausset place à cette époque une lettre qu'd écrivit à Sarlat et que nous allons citer. M. de Bausset conjecture qu'elle est adressée à Bossuet. évêque de Condom depuis 1669. Peut-être ne faut-il y voir qu'un accès d'enthousiasme juvénile, ou même une légère réminiscence de la rhétorique. S'il en était ainsi, le second projet d'émigration attribué à Fénelon ne serait pas plus authentique que le premier.

La lettre est datée de Sarlat, le 9 octobre, sans indication d'année.

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