‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 8 sur 236 · NOTICE SUR FENELON. VII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FENELON. VII

La voici; l'auteur, quand il l'a écrite, n'avait guère plus de vingt ans: a Divers petits accidents ont toujours retardé mon retour à Paris; mais enfin, monsieur, je pars, et peu s'en faut que je ne vole. A la vue de ce voyage, j'en médite un plus grand. La Grèce entière s'ouvre à moi, le sultan effrayé recule: déjà le Péloponèse respire en liberté, et l'Église de Corinthe va refleurir; la voix de l'Apôtre s'y fera encore entendre. Je me sens transporté dans ces beaux lieux et parmi ces ruines précieuses, pour y recueillir avec les plus curieux monuments l'esprit même de l'antiquité. Je cherche cet aréopage où saint Paul annonça aux sages du monde le Dieu inconnu; mais le profane vient après le sacré, et je ne dédaigne pas de descendre au Pirée où Socrate fait le plan de sa république. Je monte au double sommet du Parnasse; je cueille les lauriers de Delphes et je goûte les délices de Tempe.

a Quand est-ce que le sang des Turcs se mêlera avec celui des Perses dans les plaines de Marathon , pour laisser la Grèce entière à la religion, à la philosophie et aux beaux-arts, qui la regardent comme leur patrie?

Arva, beata Petamus arva, divites et insulas.

a Je ne t'oublierai pas, ô île consacrée par les célestes visions du disciple bien-aimé, ô heureuse Pathmos. J'irai baiser sur la terre les pas de l'Apôtre, et je croirai voir les cieux ouverts. Là je me sentirai saisi d'indignation contre le faux prophète qui a voulu développer les oracles du véritable, et je bénirai le Tout-Puissant qui, bien loin de précipiter l'Église comme Babylone, enchaîne le dragon et la rend victorieuse. Je vois déjà le schisme qui tombe; l'Orient, l'Occident qui se réunissent, et l'Asie qui voit renaître le jour après une si longue nuit; la terre sanctifiée par les pas du Sauveur et arrosée de son sang, délivrée de ses profanateurs et revêtue d'une nouvelle gloire; enfin les enfants d'Abraham, épars sur toute la terre et plus nombreux que les étoiles du firmament, qui, rassemblés des quatre vents, viendront en foule reconnoître le Christ qu'ils ont percé et montrer à la fin des temps une résurrection. En voilà assez, Monseigneur; et vous serez bien aise d'apprendre que c'est ici ma dernière lettre et la fin de mes enthousiasmes qui vous importuneront peut-être. Pardonnez-les à ma passion de vous entretenir de loin, en attendant que je puisse le faire de près. »

Quoi qu'il en soit de ce projet, pour le moins problématique, Fénelon resta trois ans sur la paroisse de Saint-Sulpice. Sur la fin, il fut chargé d'expliquer l'Écriture sainte le dimanche, et peut-être de faire quelque catéchisme. Une tradition de la paroisse lui attribue les litanies de l'enfant Jésus, et deux cantiques bien connus que l'on chante partout dans les églises françaises : Mon bicn-aimé ne parait pas encore, et : Au sang qu'un Dieu va répandre. Son oncle l'évêque avait fait d'inutiles démarches pour lui procurer la députation de la province ecclésiastique de Bordeaux à l'assemblée générale du clergé de 1675.

VHI NOTICE SUR FENELON.

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